ARTHUR RIMBAUD
PATTI SMITH ET LA COMMUNE

mardi 19 septembre 2017

Il peut sembler surprenant d’associer le poète français, une chanteuse américaine et la Commune de 1871. Et pourtant le premier voyage de Patti Smith à Charleville, lieu de naissance de Rimbaud, date de 1973 et elle a été faite marraine du projet du nouveau musée Rimbaud en 2011 — année du 140e anniversaire de la Commune. Elle vient de racheter la maison du hameau de Roche, à une quarantaine de kilomètres de Charleville-Mézières, lieu où fut achevée l’écriture d’Une saison en enfer en 1873.

Nous avons rencontré Alain Tourneux qui fut longtemps conservateur des musées de Charleville-Mézières ; à ce titre il avait la responsabilité du musée Rimbaud. Actuellement il est président de l’association Les Amis de Rimbaud.

Pouvez-vous nous présenter votre association ?

L’association Les Amis de Rimbaud (association loi 1091) a été créée en 1929 par Jean-Paul Vaillant qui, en son temps, a largement contribué à mieux faire connaître Arthur Rimbaud dans les Ardennes.

Grâce aux nombreuses relations qu’il avait dans le domaine des lettres, Jean-Paul Vaillant a beaucoup oeuvré pour que cette association connaisse rapidement un rayonnement national. Parmi les présidents qui se sont succédé il faut citer Paul Claudel, Georges Duhamel, Jean Paulhan et plus près de nous les professeurs d’université Pierre Brunel et James Lawler.

Les Amis de Rimbaud ont pour objectif principal de faire connaître l’œuvre et la vie du poète né à Charleville en 1854. À une première revue intitulée Bateau ivre a succédé Rimbaud vivant dont le n° 54/55 paraîtra cet été.

Il y a quelques années cette association a changé son intitulé pour devenir Les Amis de Rimbaud / Association Internationale, elle possède en effet des correspondants dans une dizaine de pays se répartissant en Europe, Amérique et Asie.

Une profonde réorganisation est actuellement en cours, l’ouverture d’un nouveau site Internet en témoignera dès la rentrée 2017, une attention toute particulière sera portée au parcours des utilisateurs et à l’accessibilité de l’internaute, ce site devrait ainsi permettre d’aller à la rencontre de nouveaux membres.

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Le moulin de Roche

La maison ardennaise que vient d’acquérir Patti Smith a-t-elle une valeur historique ?

Depuis 1973, Patti Smith est venue à plusieurs reprises dans les Ardennes ; en 2004, elle a voulu découvrir Roche, hameau aujourd’hui rattaché au village de Chuffilly pour former la commune de Chuffilly-Roche située au sud-est de Charleville-Mézières.

A Roche, subsistent quelques rares vestiges de la ferme ayant appartenu à la famille maternelle d’Arthur Rimbaud. Vitalie Cuif, épouse du capitaine Frédéric Rimbaud possédait cette ferme qui avait été exploitée par son père ; elle y retournait fréquemment quand elle habitait Charleville, ses vraies attaches étaient là.

Arthur Rimbaud, son frère et ses sœurs y ont séjourné, l’écriture d’Une saison en enfer est liée à la ferme de Roche. Après son retour d’Afrique et après l’amputation d’une jambe à l’hôpital de Marseille, c’est là qu’il résida au début de l’été 1891 avant de retourner à l’hôpital où il meurt en novembre de la même année.

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La maison construite à l’emplacement de la ferme Rimbaud, place Arthur Rimbaud. « Sur ces lieux, Rimbaud a espéré, désespéré et souffert. »

Malheureusement cette ferme a été démolie par les troupes allemandes en 1917. Une douzaine d’années plus tard, une petite maison a été construite à l’emplacement de la ferme par Mme de Carfort, admiratrice du poète ; c’est cette maison qui a été acquise par Patti Smith en février 2017, cela alors qu’elle était en vente depuis plusieurs mois.

A proprement parler, cette maison n’a pas vraiment de valeur historique, elle est construite sur les soubassements de l’ancienne ferme et elle se situe à quelques mètres du seul mur ancien existant encore ; aujourd’hui, elle acquiert ainsi une grande valeur symbolique. Très respectueuse des lieux, Patti Smith réfléchit à la meilleure façon d’y faire ressentir la présence d’Arthur Rimbaud et celle de l’écriture.

Depuis Charleville, puisqu’il semble ne pas avoir été présent à Paris du 18 mars au 28 mai, quelle fut, selon vous, sa compréhension du soulèvement du printemps 1871 ?

Si l’on cherche à mieux connaître le détail des différentes fugues d’Arthur Rimbaud en 1870 et 1871, il apparaît qu’il aurait quitté Charleville aux alentours du 19 avril 1871 ; cela repose sur le témoignage tardif de son camarade de collège Ernest Delahaye qui écrit en 1887 et cela dans un style quasiment télégraphique : « Pendant la Commune, il revient à Paris, à pied — arrivé, il s’engage dans « tirailleurs de la révolution » compagnie franche … » [1]

A l’exception notable de Jean-Jacques Lefrère [2], les biographes n’ont pas retenu le témoignage d’Ernest Delahaye. Rimbaud a-t-il exagéré en faisant état de tout cela auprès de son camarade ? Cela relève-t-il du réel ou de l’imaginaire ? S’il semble aujourd’hui difficile d’apporter une réponse définitive à la question de l’éventuelle présence de Rimbaud lors des événements de la Commune, il faut néanmoins faire état de ce qui apparaît comme une réelle adhésion d’Arthur Rimbaud aux événements d’alors. En effet, les poèmes tels que Chant de guerre parisien, Les mains de Jeanne-Marie ou encore Paris se repeuple montrent bien qu’il est parfaitement informé de la situation parisienne ; il est clair que la Commune a suscité chez lui un enthousiasme certain, qu’il a à cœur de faire ressentir dans les poèmes d’alors, mais en même temps, il laisse percevoir combien son désenchantement est grand.

PROPOS RECUEILLIS PAR ALINE RAIMBAULT


[1Frédéric Eigeldinger, Delahaye témoin de Rimbaud, La Baconnière, 1974

[2Jean-Jacques Lefrère, Arthur Rimbaud, Fayard, 2001.


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