Clemenceau et la Commune

mercredi 1er mai 2013

Georges Clemenceau (1841-1929) fut témoin de l’insurrection du 18 mars à Montmartre,
dont il était maire. Il prêcha la conciliation entre la Commune et Versailles, tout en gardant
une amitié fidèle à Louise Michel. Le député s’est montré un fervent artisan de l’amnistie
des communards au côté de Victor Hugo.

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Clemenceau par Nadar

Le 18 mars 1871, Clemenceau est
hostile à la décision de Thiers
d’employer la force pour s’emparer
des canons entreposés à
Montmartre, mais il n’approuve
pas la révolte des Parisiens. Muni de son écharpe
tricolore, il tente de s’opposer à l’exécution des
généraux Lecomte et Clément Thomas, mais
arrive trop tard rue des Rosiers. Bouleversé par
cet événement, il estime que «  l’insurrection a un
motif illégal. (…) Paris n’a pas le droit de s’insurger
contre la France et doit accepter formellement
l’autorité de l’Assemblée
 » [1]. Le 5 avril, Clemenceau
participe à la création de la Ligue républicaine des
droits de Paris, avec laquelle il tente une médiation
entre la Commune et Thiers, mais avec comme
objectif principal de faire rentrer Paris dans la
légalité. Après avoir quitté la capitale le 10 mai,
il tente en vain d’y rentrer à la veille de la Semaine
sanglante, à laquelle il n’assistera pas. «  La bataille
venait de commencer, et les Prussiens, d’accord avec
les versaillais, empêchaient de rester dans la ville
ou d’y rentrer. Toutes les avenues conduisant aux
portes étaient barricadées
 », constate-t-il [2]. Au
moment où la répression féroce s’abat sur les communards,
Clemenceau se réfugie dans sa Vendée
natale. Il rentre à Paris le 15 juin et se fait élire
conseiller municipal du quartier Clignancourt.

POUR L’AMNISTIE DES COMMUNARDS


La bataille pour l’amnistie des communards
commence véritablement le 16 mai 1876,
lorsque les députés socialistes et radicaux,
Raspail, Clemenceau, Floquet, Lockroy et
Naquet déposent un projet de loi à
l’Assemblée. Mais il faudra attendra le 3 mars
1879, pour que soit votée une amnistie partielle.
Elle ne concerne que les condamnés
« qui ont été et seront libérés ou qui ont été et
seront graciés par le président de la République
dans le délai de trois mois après la promulgation
 » [3]. Victor Hugo et Louis Blanc, respectivement
sénateur et député, s’opposent au
texte et réclament une amnistie «  pleine et
entière
 » pour tous les délits relatifs à la
Commune. Jules Vallès et Henri Rochefort,
réfugiés à Londres, ainsi que Benoît Malon,
exilé en Suisse, publient des articles dans ce
sens dans les journaux républicains. Le 21 avril
1879, Blanqui est élu député radical à
Bordeaux, mais aussitôt invalidé car il est
privé de ses droits civiques depuis sa participation
à l’insurrection parisienne du 31 octobre
1870. Clemenceau prend la défense du
« Vieux  », mais ce dernier n’est pas amnistié. Le
20 janvier 1880, Louis Blanc lance une pétition
en faveur de l’amnistie des communards.
Clemenceau fait partie des vingt-sept premiers
signataires et son journal La Justice publie de
nombreux éditoriaux réclamant l’amnistie totale.
Elle est finalement votée le 3 juillet 1880 au
Sénat et promulguée le 11 juillet. 541 hommes
et 9 femmes, dont Louise Michel, recouvrent la
liberté et une dizaine de milliers
de communards réfugiés à
Londres, Bruxelles ou en Suisse,
peuvent enfin rentrer en France [3].

CLEMENCEAU ET LA QUESTION DES FEMMES


Clemenceau a été l’ami de deux
éminentes féministes, l’une révolutionnaire,
Louise Michel, l’autre
modérée, Marguerite Durand (fondatrice
du journal La Fronde) et a
montré de l’intérêt pour le droit
des femmes. Malgré cela, il reste
un adversaire résolu du suffrage
féminin, pensant qu’il aboutirait
forcément à la mainmise de
l’Eglise sur la politique.
Clemenceau rencontre Louise
Michel en octobre 1870 à
Montmartre. Il adresse aux instituteurs
du XVIIIe arrondissement une
circulaire visant à supprimer tout
enseignement religieux de leurs
écoles. Une institutrice adjointe,
Louise Michel, est la seule à lui répondre. Une
relation amicale s’établit dès cette première rencontre
et dura jusqu’à la mort de Louise. Déportée
en Nouvelle-Calédonie, elle entretient une correspondance
abondante avec Clemenceau. Dans ses
lettres, elle lui demande de s’occuper des enfants
des déportés morts au bagne. Elle réclame de l’argent
et des livres pour sa classe. Certains de ses
courriers sont plus politiques, comme lorsqu’elle
attaque le gouvernement Grévy : « Cette
République qui porte un masque d’honnêteté sur
son visage de prostituée, me fait horreur
 ». «  Je
regarde la France avec ma vieille expérience de
sept ans de Calédonie comme une nation pourrie

 », ajoute-t-elle. A son retour du bagne, le 9
novembre 1880, Georges Clemenceau, Jules
Vallès, Henri Rochefort, Nathalie Le Mel sont
venus l’accueillir sur les quais bondés de la gare
Saint-Lazare. Le 21 juin 1883, Louise Michel est
condamnée à six ans de prison pour avoir incité
au pillage d’une boulangerie aux Invalides à la
suite d’une manifestation.

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À son retour du bagne, le 9 novembre 1880, Georges Clemenceau, Jules Vallès, Henri Rochefort, Nathalie Le Mel sont venus accueillir Louise Michel sur les quais bondés de la gare Saint-Lazare.

Le Figaro jubile : « On tue les vipères et on ne
laisse point les panthères en liberté.
 » Clemenceau
intervient en sa faveur auprès du président de la
République. Verlaine écrit sa Ballade en l’honneur
de Louise Michel, qui se termine par ces vers :
« Citoyenne, votre évangile/ On meurt pour ! C’est
l’honneur/ Louise Michel est très bien
 » [4].

JOHN SUTTON


[1Bernard Noël, Dictionnaire de la Commune, éditions Hazan
(1971).

[2Jean-Baptiste Duroselle, Clemenceau, éditions Fayard
(1988).

[3Jacques Rougerie, Paris insurgé, la Commune de
1871, collection Découvertes, Gallimard (1995).

[4Xavière
Gauthier, La Vierge rouge, les éditions de Paris (1999)