HOMMAGE À GUSTAVE NADAUD

mercredi 3 octobre 2018

Si nous pouvons aujourd’hui affirmer que «  tout ça n’empêch’ pas, Nicolas, qu’la Commune n’est pas morte » et clamer haut et fort que doivent être « debout les damnés de la terre », c’est à Gustave Nadaud que nous le devons. Il faut lui en rendre d’autant plus hommage que Nadaud, homme de droite, se qualifiant lui-même de « modéré, voire très modéré », n’était pas du tout du même bord politique que Pottier. Il admirait le poète et cela était suffisant à ses yeux pour le soutenir.

La première rencontre de Nadaud et de Pottier se situe en 1848, dans une sorte de restaurant, ou plutôt de table d’hôte, située rue Basse-du-Rempart [1], où se réunissaient les chansonniers populaires pour débiter leurs œuvres loin des regards jaloux de la police [2] . Gustave Nadaud qui était l’un des convives de ces banquets fraternels rapporte à ce propos : « Je vous laisse à penser ce qui se débita de chansons dans ce cénacle de la libre expression ; mais par-dessus toutes, j’en remarquais une… La propagande des chansons, chantée par un homme dont j’ignorais complètement l’existence et dont je demandais le nom.
« — Pottier, me fut-il répondu.

POTTIER TIRÉ DE L’OUBLI

« Je fus fort ému de la fierté, de la véhémence de ces couplets révolutionnaires et, sans être entraîné par la doctrine, je me passionnai pour le talent de cet homme qui se révélait soudainement. Je m’approchai de Pierre Dupont et lui demandai son avis. Voici sa réponse textuelle :
« — C’est un qui nous dégote tous les deux.
 » [3]

À son retour d’exil, Pottier est malade et miséreux. Ses poèmes restent toujours inconnus, hors d’un cercle très restreint de révolutionnaires et d’anciens bohèmes.

« C’est une circonstance bien imprévue et que Gustave Nadaud qualifie de « providentielle » qui contribua à sortir Pottier de l’ombre, tout en permettant à Nadaud de retrouver un collègue qu’il cherchait depuis les agapes de la rue Basse-du- Rempart.
« En 1883, la Lice chansonnière qui vivait en bonne intelligence avec le Caveau et dont le président était Ernest Chebroux, eut l’idée de faire un concours de chansons. Trois cents postulants environ entrèrent en lice, c’est le cas de le dire. Pottier était du nombre. Il obtint la médaille d’argent décernée au premier prix pour sa chanson Chacun vit de son métier (22 août 1883).
 » [4]

Il fut invité au prochain banquet de la Lice.
«  Il y vint en effet ; mais en quel état ! Vieux, à demi paralysé, et pauvre, pauvre ! […] Nous nous demandâmes ce que nous pourrions faire pour le poète indigent. Chebroux proposa d’aller le voir. Il s’agissait de lui offrir le choix entre une liste de souscription (il faut bien dire le mot) et la publication de ses chansons. Oh ! Il n’hésita pas.
« — Qu’on publie mes œuvres, s’écria-t-il, et que je meure de faim !
« Va, cher poète, tu ne mourras pas de faim et tes œuvres seront publiées.
 » [5]

Chebroux qui avait un volume sous presse céda la priorité à Pottier.
«  Le recueil parut sous le titre Quel est le fou ?, tiré de la chanson qui ouvre le volume et qui date de 1849. Nadaud tint à l’honneur d’en couvrir les frais d’édition. Il présenta en outre Pottier au public, dans une préface où il tançait amicalement les amis politiques du poète, qui avaient laissé le soin de le soutenir à un chansonnier de l’autre côté de la barricade, modéré et même se qualifiant de « très modéré ».  » [6]

QUI EST GUSTAVE NADAUD ?

Gustave Nadaud (1820-1893) est né le 20 février 1820 à Roubaix, où il passe son enfance, dans une famille de négociants. Il part à Paris en 1834 pour étudier, revient à Roubaix, où il est comptable dans l’entreprise familiale, puis repart à Paris, où ses parents fondent en 1840 une maison de commerce pour les articles de Roubaix.

Le commerce n’est toutefois pas sa vocation. Il compose des chansons et publie un premier recueil en 1849. «  Son répertoire est composé de morceaux populaires, drôles, ironiques et engagés. Avec Le roi boiteux, il brosse une satire politique du Second Empire. […] Preuve de son talent, il est un des seuls chansonniers de l’époque à écrire lui-même les textes et à les mettre en musique. » [7] Il est membre du Caveau et de la célèbre goguette de la Lice chansonnière.

Il aura composé quelque trois cents morceaux. [8]

Il s’engagea comme infirmier lors de la guerre de 1870 et tirera de cette activité des réflexions pleines d’informations et non dépourvues d’humour. [9]

Il finit sa vie toutefois dans la pauvreté et meurt à Paris le 28 avril 1893.

Georges Brassens et Guy Béart ont chanté plusieurs de ses chansons : Carcassonne, Le Roi boiteux, Le mur de ma vie privée, notamment.

GEORGES BEISSON


[1Rue, aujourd’hui disparue, qui se trouvait dans le IXe arrondissement.

[2Maurice Dommanget, Eugène Pottier, Membre de la Commune et chantre de l’Internationale, EDI, Paris, 1971, p. 37.

[3Quel est le fou ?, préface de Gustave Nadaud, p. VI-VII. On trouvera le texte de La propagande des chansons dans Eugène Pottier, ouvrier, poète, communard, auteur de l’Internationale, Œuvres complètes, réunies et présentées par P. Brochon, François Maspero, Paris, 1966, p. 50.

[4Maurice Dommanget, op. cit., p.63. On trouvera le texte de Chacun vit de son métier dans les Œuvres complètes, p. 149-150.

[5Quel est le fou ?..., Préface de Gustave Nadaud, p. VI-VII.

[6Maurice Dommanget, op. cit., p.65. La leçon porta : les anciens collègues de Pottier à la Commune éditèrent en 1887 un nouveau recueil de ses œuvres intitulé Chants révolutionnaires, préfacé par Henri Rochefort.

[7Wikipédia, Gustave Nadaud, auteur-compositeur-interprète.

[8Collection complète des chansons de Gustave Nadaud, Heugel et Cie, Paris, 1871.

[9Gustave Nadaud, Mes notes d’infirmier, H. Plon, Paris, 1871.


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