Il y a 150 ans : Les Misérables

samedi 19 mai 2012

Le 150e anniversaire de la publication des Misérables et le 210e anniversaire de la naissance de Victor Hugo ont suscité de nombreuses manifestations, notamment à Besançon qui projette d’ouvrir au public la maison natale de l’écrivain.

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Javert (Charles Vanel) Photographie du film de Raymond Bernard, Les Misérables, 1933 © Pathé Production

Dans les premiers jours d’avril 1862, paraissaient les deux premiers volumes du chef-d’œuvre de Victor Hugo. « Immoral », « prorévolutionnaire », « scandaleux  », titraient les journaux de l’époque. Mais ces critiques comme celles, moins virulentes, de Baudelaire et de Flaubert n’y firent rien. Le roman connut un triomphe immédiat. Ce succès ne se dément pas depuis cent-cinquante ans. Pour preuve, les adaptations n’ont jamais cessé : 35 films au cinéma et 11 téléfilms, sans compter les pièces de théâtre et une comédie musicale jouée depuis trente-deux ans. Qui dit mieux ?

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Maison natale de Victor Hugo à Besançon

Pour rendre hommage à Victor Hugo, sa ville natale, Besançon, a organisé, en février, de nombreux spectacles et conférences, dont celle de Robert Badinter, ancien garde des Sceaux, sur « la conception de la justice à travers Les Misérables ». La municipalité envisage d’ouvrir au public la maison de l’écrivain, située dans la Grande-Rue (n° 140). À Paris, dans sa maison de la place des Vosges, on peut voir, jusqu’au 19 août, une présentation des dessins à l’encre de l’écrivain. Son titre : «  Les Arcs-en-ciel du noir : Victor Hugo  », reprend celui du livre d’Annie Le Brun qui a conçu l’exposition. Victor Hugo exigea que Les Misérables ne soient pas publiés en feuilleton dans les journaux, car il redoutait la censure impériale, mais dans une édition bon marché, afin de rester accessible au plus grand nombre.

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Gavroche à 11 ans
Dessin à l’encre de Victor Hugo

À CEUX QU’ON FOULE AUX PIEDS

« Être traduit en Europe en 1862, lorsque l’on est citoyen de cette France soumise au caprice d’un homme, Napoléon III, que l’Europe entière détestait, quel exploit ! », salue François Busnel, dans l’éditorial du magazine Lire de février. Mais revenons à la vie de l’écrivain. En 1848, élu député de Paris, Victor Hugo est chargé d’aller parlementer sur les barricades avec les insurgés. Député conservateur en 1849, ses idées penchent de plus en plus à gauche, comme le montre son discours sur la misère. Hugo condamne le coup d’État du 2 décembre 1851, et quitte Paris, le 11, pour se réfugier à Bruxelles. La publication de Napoléon-le-petit, en 1852, le chasse de Belgique et l’oblige à s’installer dans l’île de Jersey, puis à Guernesey. En 1859, l’amnistie générale rend son retour possible. Sa réponse est sans appel : «  Fidèle à l’engagement que j’ai pris vis-à-vis de ma conscience, je partagerai jusqu’au bout l’exil de la liberté. Quand la liberté rentrera, je rentrerai. » Ce sera chose faite le 4 septembre 1870 avec la proclamation de la IIIe République. Réélu député, mais de gauche cette fois, Hugo ne siège pas longtemps à l’Assemblée, transférée à Bordeaux.
Le 6 mars 1871, il monte à la tribune pour défendre Garibaldi. Violemment insulté par la droite, il démissionne. Le 18 mars, jour du déclenchement de la Commune, le convoi funéraire de son fils Charles traverse Paris pour gagner le Père-Lachaise. À son passage, les gardes nationaux présentent les armes et démontent les barricades de la rue de la Roquette pour lui ouvrir la voie. Pendant la Commune, il tente de jouer les conciliateurs.
Après la Semaine sanglante, il offre l’asile aux communards en fuite, dans sa maison de Bruxelles. Expulsé de Belgique en juin 1871, il se réfugie à Vianden (Luxembourg) où il écrit L’Année terrible, qui contient ses poèmes dédiés aux insurgés : Les Fusillés et À ceux qu’on foule aux pieds. Désormais, il n’aura de cesse d’obtenir l’amnistie pour les communards emprisonnés, déportés ou réfugiés. Il aura gain de cause en 1880.

JOHN SUTTON


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