Victor Hugo et la Commune de Paris

samedi 24 mars 2012

C’est Bernanos qui parle [1] : « Je ne sais pas si Hugo était très intelligent au sens où l’entendent ceux qui le croient bête, et je m’en fous. Il reste et restera notre grand poète national, parce que les plus futés comme les plus frustes se laissent prendre à ses vers ».

Victor HugoBête, Hugo ? Aragon, dans son anthologie commentée : « Avez-vous lu Victor Hugo ? », prouve le contraire.

Bête, Hugo, quand il note, dès le 24 mars 1871 : « Thiers, c’est l’étourderie préméditée ? » [2] Étourderie, c’est bien faible, mais la préméditation est tout de suite devinée. Il écrivait d’ailleurs, dès le 6 mars : « Ils ont peur de Paris ». « Ils » : ces bourgeois qu’il connaît bien, et leur haine du peuple.

Il note aussi l’enterrement de son fils Charles (décédé d’une apoplexie foudroyante), le 18 mars 1871, le jour de la naissance de la Commune, de la révolte contre l’essai d’enlèvement des canons de Montmartre : « Au cimetière (du Père-Lachaise), dans la foule, j’ai reconnu Millière (qui sera fusillé par les Versaillais), très pâle et très ému, qui m’a salué [3] (…)Une large main s’est tendue vers moi et m’a dit : « Je suis Courbet »(…) J’ai vu une face énergique et cordiale, qui me souriait avec une larme dans les yeux [4] (…). C’est la première fois que je vois Courbet » (…).

Et Courbet reviendra plusieurs fois dans ses notes (alors que, par exemple, on ne relève pas son nom dans la Correspondance de G. Sand des années 1870 à 1872) : le 28 mai [5] : « Gustave Courbet, prisonnier, s’est empoisonné. Il est mort(…).Je regrette Courbet » ; ou, le 14 juin [6] : « Bonne nouvelle. Courbet n’est pas mort ».

Apprenant la mort (bien réelle, cette fois) de Flourens [7], il écrit : « Flourens a été tué(…) Je le regrette. C’était le chevalier rouge ».

Et, au lendemain de la Semaine Sanglante, il constate [8] : « La réaction commet à Paris tous les crimes. Nous sommes en pleine terreur blanche » (31 mai) ou : « Cissey, général, a fusillé à lui seul plus de six mille insurgés prisonniers » (5 juin).

Quel autre grand écrivain, à l’époque, a osé se prononcer ainsi ? Aucun (sauf Rimbaud – dont on discute encore la présence à Paris à ce moment-là – ou Verlaine honorant Louise Michel : ce sont aussi des poètes).

Bête, Hugo ?

Plutôt lucide, oui.

Joseph Siquier


[1Rapporté par Roger Gouze : « Les miroirs parallèles » Calmann-Lévy. 1982. P. 210.

[2« Œuvres Politiques complètes » J.J.Pauvert 1964.p. 1448.

[3Id. p. 1445

[4Id. p. 1447

[5Id. p. 1452

[6Id. p. 1454

[7Id. p. 1448

[8Id. p. 1452.


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