La « Commune de Paris » dans les Brigades Internationales

C'était au mois d'octobre 1936. Des milliers d'antifascistes du monde entier faisaient mouvement vers l'Espagne. Le putsch du général Franco, soutenu par Hitler et Mussolini contre la République espagnole, avait provoqué un choc: les peuples d'Espagne étaient en danger, la solidarité devait s'exprimer y compris sur le terrain, les armes à la main. Il y avait aussi une deuxième explication à cette mobilisation internationale. La guerre d'Espagne allait servir de banc d'essai aux fascistes. Les hommes et les femmes qui allaient former les Brigades internationales avaient compris, avant l'heure, que la Seconde guerre mondiale démarrait à Madrid.

Le décret officiel de création des Brigades internationales date du 22 octobre 1936. Cinq jours avant, une délégation des « internationaux » avait demandé audience au gouvernement de la République d'Espagne. Elle était composée de l'Italien Luigi Longo, du Polonais Stephan Wisnicwski, du Français Pierre Rebière.

Le président des Cortes, Martinez Barrio, chargé de les recevoir posa une première question: « Dans quelles conditions voulez-vous participer à notre lutte? » La réponse fut nette: « Nous ne posons aucune condition. Nous ne désirons qu'une chose, que les Brigades Internationales soient considérées comme des unités uniquement subordonnées au gouvernement et à ses autorités militaires; qu'elles soient utilisées comme troupe de choc, en tous lieux où ce sera nécessaire. »

Ils arrivèrent de partout. D'Europe, des Amériques, d'Asie, d'Afrique ; d'horizons politiques, religieux, philosophiques différents, avec une seule ambition, combattre le fascisme. Avant de partir au combat, chacun d'entre eux devait adopter le texte suivant : « Je suis ici parce que je suis un volontaire et donnerai, s'il le faut,.jusqu'à la dernière goutte de mon sang pour sauver la liberté de l'Espagne, la liberté du monde entier. »

La XIe brigade internationale, formée dès le mois d'octobre 1936, fut composée de plusieurs bataillons. Le premier, composé d'Allemands, d'Autrichiens et de Yougoslaves, sera baptisé « Edgard-André » -dirigeant communiste allemand décapité par les nazis. Le second, « Dombrowski », rassemble des Polonais, des Hongrois et des Balkaniques. Le troisièmes proclame « Commune de Paris » ; il est composé de Français auxquels se mêlent quelques Wallons. Jules Dumont prend le commandement de la nouvelle unité, Pierre Rebière devenant son commissaire politique.

Dès le 1er novembre 1936, le bataillon « Commune de Paris » entre en action. Il est posté à Vallecas, près de Madrid, pour renforcer la défense de la capitale. Les hommes sont équipés de vieux fusils Remington de l’armée anglaise, qui avaient été réformés après la guerre de 1914-1918, sans bretelles de suspension ni baïonnettes, sans grenades ni fusils mitrailleurs, ni casques, ni masques à gaz, ni vivres de réserve. Deux mois terribles s'annoncent pour « Commune de Paris ». Avec, le 15 décembre, une bataille qui va lui coûter cher: devant Boadilla del Monte, un village tenu par les troupes de Franco, elle va subir des pertes énormes. Plus tard, en février 1937, « Commune de Paris » est engagé dans le front de Cuesta de la Reina. « Une pluie d'obus s'abat sur nous », écrivait Elie Duguet décrivant dans une de ses lettres « une vision de guerre dans toute son horreur ».

Au début, chaque bataillon de la première brigade internationale avait sa tactique, selon l'origine de ses cadres ou des traditions. Pas simple de se comprendre et surtout de définir clairement les missions. Souvent, les commandants de brigade recevaient trois ou quatre notes en langues différentes. On s'accordait facilement sur la nourriture surtout le jour où « Commune de Paris » annonçait des frites au menu. Quelque temps plus tard, il fut jugé plus efficace de regrouper les internationaux en brigades de langue. C’est ainsi que le bataillon « Commune de Paris » se retrouva intégré dans la XIVe brigade Française.

On connaît la suite des batailles, des tragédies. Des centaines de membres de « Commune de Paris », il ne restera que quelques survivants qui, plus tard, participèrent, en France, aux combats contre les nazis, ainsi Pierre Rebière, ancien commissaire politique de « Commune de Paris », exécuté par les nazis sur le sol de France.

José Fort