GAMBON UNE VIE ENGAGÉE

 

Charles Ferdinand  Gambon par H. DaumierL’année 2020 sera celle du bicentenaire de Gambon. Gaëtan Gorce, ancien député-maire PS de La Charité-sur-Loire (Nièvre), dans son ouvrage Élus du peuple, 1848-1997 (1), qualifie Gambon, élu de la II e République dans le Nivernais, de « précurseur ».

En 1847, suite à la crise économique, un banquet républicain est prévu à Cosne (Nièvre) contre la Monarchie de Juillet. Les républicains sont hostiles à ce que soit porté un toast au roi. Le 14 octobre 1847, une Lettre aux électeurs fait scandale. L’auteur, C. F. Gambon, magistrat depuis peu au tribunal de Cosne, est suspendu pour cinq ans par la Cour de Cassation.

Charles Ferdinand Gambon est né à Bourges le 19 mars 1820. Sa jeunesse, passée dans la Nièvre, lui révèle la misère des campagnes. Il est reçu avocat, à 19 ans, après des études à Paris, et se lie avec Félix Pyat, son compatriote. Il devient conseiller municipal de Cosne. Aux législatives de 1847, il n’est battu que… d’une voix par le candidat de Louis-Philippe. À Cosne, la République de 48 est acclamée – quatre arbres de la liberté sont plantés. Élu député le 23 avril 1848, il se joint aux Républicains de gauche, les démocrates socialistes, surnommés les « Montagnards ». Il côtoie Ledru-Rollin, Agricol Perdiguier et Martin Nadaud (porte-parole des maçons de la Creuse). Gambon est de tous les débats. Il est réélu en avril 1849. Il est réputé pour ses interruptions de ministres, en séance. Il est bientôt invalidé par la majorité de Louis-Napoléon Bonaparte et emprisonné. Après le coup d’État du 2 décembre, il est déporté à Belle-Île et y retrouve Blanqui et Barbès. Il ira aussi au pénitencier de Corte. Il ne sera amnistié qu’en 1859 et s’exilera en Belgique.

Il revient comme propriétaire agricole dans le Cher, à Sury-près-Léré, vers 1862. Il s’engage dans une campagne civique et invite ses concitoyens à refuser de payer l’impôt. Résultat : sa ferme et sa vache sont saisies par le fisc. Henri Rochefort lance une souscription mémorable pour acheter sa vache. Il sera donc surnommé, après ce succès coopératif, « l’homme à la vache ». Des chansons rappellent ce fait, notamment celle écrite par Paul Avenel :

Charles Ferdinand Gambon (1820-1887)Jadis, sous un roi despotique

Pour désigner un hérétique,

On s’écriait, c’est un Judas !

Il est de la vache à Colas. (bis)

Aujourd’hui, mes amis pour dire

Qu’un Français n’aime pas l’Empire,

Nous avons un nouveau dicton :

Il est de la vache à Gambon. (bis)

À la chute de l’Empire, il est toujours fervent républicain. Passons au 8 février 1871. Il n’est pas élu député dans la Nièvre, mais à Paris. Il démissionne et rejoint la Commune, où il est élu dans le Xe arrondissement : « Entre Paris défendant son droit — la République —, et Versailles voulant la monarchie et la guerre civile, je n’ai pas à hésiter ». Il entre au Comité de Salut Public. Avec Jules Miot, il s’efforce de rallier la Nièvre à la Commune : manifestation à La Charité le 10 mai, et à Cosne les 11 et 12 mai. Peu de succès. Il reste un des derniers pendant la Semaine sanglante, sur la barricade de la rue de la Fontaine-au-Roi. Il échappe à la mort et rejoint la Belgique et la Suisse, où il appartient à l’Internationale.

Revenu en France en 1880, il est élu député en juin 1882 et siège avec les radicaux jusqu’en 1885. Il prône la séparation des Églises et de l’État, l’élection des juges, l’instruction gratuite et obligatoire, l’impôt uniquement sur le revenu… Il n’est pas réélu en 1885 et meurt le 16 septembre 1887, à Cosne. Comme le signale Gaëtan Gorce, il marqua la naissance du socialisme dans la Nièvre.

MICHEL PINGLAUT

(1) Gaëtan Gorce, Élus du Peuple 1848-1997, le roman d’une circonscription, A à Z Patrimoine Éditions, 2001.