Le 28 avril 1901, la communarde Paule Minck meurt, pauvre et épuisée. Ses obsèques au Père Lachaise, qui coïncident avec le 1er mai, vont être tumultueuses. Le Paris révolutionnaire lui fait des « funérailles selon son cœur » : drapeau rouge, Internationale et CarmagnoIe, discours enflammés sur la Commune et l'émancipation de la femme, heurts entre les ouvriers et la police.


Paulina Mekarska, dite Paule Minck (1839-1901)Paulina Mekarska, dite Paule Minck, née en 1839, d’origine polonaise et aristocratique, s'était imposée grâce à sa personnalité dans les milieux socialistes et féministes à la fin du Second Empire avant de participer à la Commune de Paris en s’y faisant remarquer par ses interventions volubiles dans les clubs et son action hors Paris pour trouver du soutien à la révolution.

Par la suite, cette propagandiste acharnée du socialisme révolutionnaire et du féminisme ne renonça jamais à ses convictions subversives. Successivement proche des anarchistes, des guesdistes, des blanquistes des allemanistes, elle resta surtout l'ennemie déclarée de toute autorité. D’où ses démêlés avec l'Etat pour des manifestations publiques ou privées qui furent pour elle autant d‘occasions d’exprimer son refus de l'exploitation et son féminisme qu’elle voulait social et non réformiste.
En 1881, elle est emprisonnée et menacée d‘expulsion pour avoir soutenu la nihiliste russe Guessia Helfman ; en 1893, d'abord partie prenante du bras de fer entre les syndicalistes de la Bourse du Travail de Paris et le Gouvernement, elle est ensuite condamnée à Lille pour « outrage à agents », en fait pour ses activités d'agitatrice comme membre du Comité de la grève générale dans le bassin houiller.

Louise Michel, Paule Minck et Marie Ferré - Photographie de J.-M. Lopez © I. Andréani Musée d’Art et d’Histoire Paul Eluard Dans la sphère « familiale », Paule Minck est égale à elle-même : à Montpellier, en 1882 et 1884, l’Etat civil refuse d’enregistrer les noms de ses deux derniers enfants — elle en a eu six avec trois hommes différents — qu'elle a appelé, l’un Lucifer Blanqui Vercingétorix, l'autre Spartacus Blanqui Révolution. C'est dire que pour cette fondatrice de syndicats, cette antimilitariste, la lutte des minorités et des peuples se confondait avec celle des travailleurs, la femme restant à ses yeux l'agent révolutionnaire en puissance : dans les années 1890, bien que convaincue de la nature « gluante » du parlementarisme, elle se présenta plusieurs fois aux élections, pour affirmer son égalité.

Alain Dalotel