LES FEMMES ET LA COMMUNE DE PARIS

Michèle Vincent, Les femmes et la Commune de Paris, La Raison n°521 de mai 2007.

Dans La Raison n°521 de mai 2007, Michèle Vincent a présenté un dossier bien documenté sur « Les femmes et la Commune de Paris », bel hommage à toutes celles qui ont fait preuve de tant de courage et de dévouement pour défendre la Commune. Bien entendu, sont citées les femmes célèbres : Louise Michel, Nathalie Le Mel, André Léo, Elisabeth Dmitrieff, Anna Korvin-Krukovskaia femme de Jaclard, colonel de la XVII e légion, et d’autres moins connues telle Paule Mink.

Avec raison, l’auteur du dossier insiste sur le rôle important de l’admirable André Léo et d’Elisabeth Dmitrieff dans la révolution du 18 mars. Avec Nathalie Le Mel, Elisabeth Dmitrieff sera la créatrice de l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés. Cette belle et courageuse jeune femme russe avait un sens politique très développé et des dons d’organisatrice. Karl Marx, Léo Fränkel et Benoît Malon ont su apprécier et utiliser ses remarquables qualités.

Pour mettre fin à l’exploitation des femmes dans les entreprises de confection, Elisabeth Dmitrieff, avec l’appui de Léo Fränkel, envisage la création d’ateliers coopératifs féminins. Elle précise sa pensée dans une adresse à la Commission du Travail et de l’Echange : « l’organisation tendant à assurer le produit au producteur ne peut s’effectuer qu’au moyen d’associations productives libres exploitant les diverses industries à leur projet collectif ».

Michèle Vincent n’oublie pas non plus de rendre hommage aux femmes les plus humbles, aux victimes de la répression féroce, les unes exécutées sans jugement, les autres condamnées à la déportation. A toutes ces femmes qui sacrifièrent leur vie à leur idéal révolutionnaire, elle a consacré des lignes très émouvantes.

Marcel Cerf

Michèle Vincent, Les femmes et la Commune de Paris, La Raison n°521 de mai 2007.

ADRIEN LEJEUNE LE DERNIER COMMUNARD

Gavin Bowd, Adrien Lejeune le dernier communard, L’Harmattan, 17 euros

Cette biographie de Gavin Bowd interroge le lecteur par le nombre de questions demeurées encore sans réponse sur ce dernier Communard. En effet, le livre est une somme de témoignages très divers ou divergents, voire opposés, touchant à sa vie et à ses engagements. Point essentiel pour les Amis de la Commune : Adrien Lejeune nous y apparaît néanmoins comme un combattant engagé dans la Commune de Paris avec une belle ardeur juvénile.

Cependant, ses ambiguïtés de comportement rejoignent celles des dirigeants communistes des années soixante — français et russes confondus — ayant tenté de faire de lui une véritable image d'Epinal au service du parti. Ce mythe un peu fabriqué ne résiste guère aux éléments nouveaux rapportés dans cet ouvrage. Concernant spécialement l'homme resté longtemps peu connu, je rejoins le point de vue de Marcel Cerf disant de lui, en 2005, lorsque Gavin Bowd l'interviewa : « Il n'a peut être pas eu une existence exemplaire, mais il a combattu pour la Commune et, à ce titre, il mérite notre hommage. »

Sur un plan plus général, ce livre, construit sur des faits avérés, s'inscrit dans l'esprit des recherches historiques contemporaines lesquelles nous épargnent les non-dit et les tabous politiciens de l'après-guerre. Ce faisant, il apporte une contribution intéressante à l'histoire de la Commune.

CLAUDE CHANAUD

Gavin Bowd, Adrien Lejeune le dernier communard, L’Harmattan, 17 euros

LE TABLEAU DE PARIS

Jules Vallès, Le tableau de Paris, Berg International éditions 342 p.

Le tableau de Paris est une œuvre moins connue que sa célèbre trilogie, mais Vallès tenait beaucoup à clamer son amour pour Paris sans en cacher les tares. « Il s’agit de peindre la ville comme elle est et de la mouler avec ses bosses et ses creux, ses reliefs de chair et de bois, sans trier les glorieux et les parias ».

L’ouvrage publié sous la direction de Maxime Jourdan est la reproduction du texte intégral des articles parus dans le Gil Blas et La France de 1882 à 1883. La prose de Vallès est commentée et enrichie par une quantité considérable de notes savamment élaborées par Maxime Jourdan. Elles permettent de situer les événements et les personnages dans leur contexte historique et politique. L’auteur de ces commentaires a accompli là un énorme travail de recherche et d’érudition.

Ce reportage révèle un Vallès dont le réalisme sans concessions fait ressortir son respect des humbles et sa haine de la bourgeoisie. Il dénonce l’exploitation des travailleurs mais ne les confond pas avec les voyous du lumpen-prolétariat. Le spectacle de la rue l’a toujours fasciné. Le pavé parisien, il en a longtemps arpenté les dédales à la recherche de quelque emploi lui permettant de subsister. Il peut en parler en connaisseur.

Il enquête dans les prisons, interroge les détenus ; sa critique de la justice est féroce. A SaintLazare, il constate la situation navrante des épaves du trottoir. Comment ne pas faire un rapprochement avec la célèbre goualante si poignante d’Aristide Bruant À Saint-Lazare ? La reprise de la pièce de Félix Pyat, le chiffonner de Paris a pu conduire Vallès à son étude approfondie des Biffins de Paris. Quelques belles pages sont consacrées aux admirables femmes de la Commune et particulièrement à Louise Michel. En général, ce livre est un hommage à toutes « les victimes de l’injustice sociale ».

Jules Vallès ne s’attache pas uniquement à la vision dramatique de la société. Il aime aussi les fêtes populaires et la parade des forains. Il comprend que le café concert offre à l’ouvrier un délassement nécessaire pour oublier un moment de sa vie de misère ; on ne doit pas mépriser un tel divertissement. Dans les années 1900, le chanteur Mayol, avec sa rengaine Viens Poupoule, apportait une justification inconsciente à la position de Vallès sur le caf ‘conc’. Le sam’di soir, après l’turbin L’ouvrier parisien Dit à sa femm’, comme dessert, J’ te paie l’café concert… Que cette note un peu légère, ne fasse pas oublier l’importance littéraire et historique de l’ouvrage de Maxime Jourdan.

Marcel Cerf

Jules Vallès, Le tableau de Paris, Berg International éditions 342 p., 19 euros.

Chez le même éditeur, Maxime Jourdan vient de procéder à la réédition d’un autre livre de Jules Vallès, un dictionnaire d’argot avec un excellent avant-propos sur la langue de la pègre dans la seconde moitié du XIXe Siècle.

L’ENFANCE AU CŒUR

Suzy Cohen , L’enfance au cœur, L’Harmattan

Suzy Cohen retrace la vie et l’œuvre de deux grandes pionnières de l’école maternelle en France au XIXe siècle. Bien qu’oubliées, Marie Pape-Carpantier et Pauline Kergomard, qui se sont aussi battues pour l’émancipation féminine, ont joué un rôle important dans l’histoire de l’enseignement. Dans son excellent ouvrage, Suzy Cohen consacre plusieurs pages à la Commune de Paris, à son œuvre laïque, scolaire. Suzy Cohen détaille même un projet remarquable et méconnu sur la création de crèches. Un ouvrage à lire !

CLAUDE WILLARD

Suzy Cohen , L’enfance au cœur, L’Harmattan, 19,50 euros

HISTOIRE POPULAIRE ET PARLEMENTAIRE DE LA COMMUNE DE PARIS

Arthur Arnould, Histoire populaire et parlementaire de la Commune de Paris, Éditions Dittmar

C’est la voix d’un homme exilé en Suisse que nous entendons dans cette Histoire populaire et parlementaire de la Commune de Paris d’Arthur Arnould (1833-1895), journaliste, Communard, élu des IIIe et IVe arrondissements de Paris.

Ses souvenirs, rédigés entre janvier 1872 et janvier 1873, prétendent modestement témoigner de ce qu’il a lui-même vu ou vécu. Il dit ne pas faire œuvre d’écrivain, et il laisse à d’autres le soin de peindre le tableau d’ensemble de la Commune. Il souhaite seulement livrer son point de vue, et nous comprenons que c’est celui d’un homme intelligent, intègre, libre, et même libertaire, refusant tout pouvoir centralisateur, assimilable, selon lui, au despotisme, même s’il se nomme « Comité de salut public ». L’histoire personnelle d’Arthur Arnould ne se dissocie pas cependant de l’histoire de la Commune : nous l’accompagnons ainsi dans ses rencontres et ses luttes. Il brosse une série de portraits virulents de quelques républicains versaillais, dont les trois Jules : Favre-Simon-Ferry, l’ombre de Thiers, « assassin de Paris », planant sur ce récit.

Arnould analyse les forces et les faiblesses de la Commune de Paris, avec le plus d’impartialité possible ; et même s’il ne partageait pas toutes leurs idées, puisqu’il faisait partie d’une « minorité » au sein de leur gouvernement, il rend des hommages poignants à ses compagnons, morts en héros de la Commune. Quelle chance cette dernière avait-elle d’ailleurs de vaincre, face à deux ennemis de taille : le gouvernement de Thiers et les Prussiens aux portes de Paris ? Ajoutons à cela le manque d’expérience politique.

Outre les étapes historiques, les valeurs de la Commune nous sont rappelées : autonomie, fédération, collectivisme, internationalisme, amélioration de la condition ouvrière, reconnaissance des droits des femmes, accès à l’éducation… Les Communalistes ont, dans ces différents domaines, donné l’exemple.

L’auteur récuse aussi, avec force, les accusations de violence sanguinaire dont Thiers a cherché à accabler la Commune pour en souiller l’image, inversant ainsi les rôles ; et il rappelle une des caractéristiques de la Commune : « violence dans le langage, modération dans les actes ».

La guerre civile a bien été provoquée par « la réaction », afin d’asseoir le pouvoir de Thiers, et le sang versé fut essentiellement celui du peuple de Paris, massacré sur ordre du gouvernement « républicain » par l’armée régulière.

Le franc-parler d’Arnould n’exclut pas la qualité du style ; il ajoute à l’humanité du témoignage, et engage le lecteur à suivre jusqu’au bout l’homme et le Communard. Ses réflexions nous amènent à repenser notre société actuelle et sa place dans l’Europe ; elles nous mettent en garde contre nos propres systèmes dits démocratiques.

Arthur Arnould suscite notre intérêt, notre sympathie, et parfois notre admiration ; le lecteur n’oubliera pas sa voix, il aurait aimé l’avoir pour ami. Mais Arthur Arnould est avant tout un Ami de la Commune de Paris.

MICHÈLE CAMUS

Arthur Arnould, Histoire populaire et parlementaire de la Commune de Paris, Éditions Dittmar, 30 euros ·

ANTHOLOGIE DE LA COMMUNE DE PARIS DE 1871

Gérald Dittmar, Anthologie de la Commune de Paris 1871, Editions Dittmar, 471 p

L’Anthologie de la Commune de Gérald Dittmar est à la fois chronologique et thématique ce qui constitue son originalité. L’introduction est celle d’un fervent admirateur de l’extraordinaire et révolutionnaire XIXe siècle, « le siècle des barricades et de la guerre civile ».

Cette anthologie offre un choix judicieux de très beaux textes, rarement réunis, que l’on consultera toujours avec profit. Toute l’histoire de la commune se déroule : L’intelligente conception des réformes de la Commission du Travail et de l’Echange dirigée par le marxiste Léo Fränkel ; les efforts accomplis par Vaillant et Rama dans le domaine de l’enseignement laïc ; la pertinente intervention de Courbet lors du vote du Comité de Salut public ; l’appel lancé par les responsables de la mairie du XVIII e , le 21 avril 1871 ; le texte « Aux communaux » du collectif des Blanquistes de Londres en juin 1874 ; l’attitude héroïque de Louise Michel devant ses juges ; les vibrants extraits du discours prononcé par André Léo au congrès de la paix de Lausanne le 27 septembre 1871 illustrent tout l’intérêt porté par Gérald Dittmar au rôle des femmes dans la Commune de 1871.

Mais on ne saurait tout citer dans ce florilège abondant de textes révolutionnaires. Voilà donc un ouvrage destiné à satisfaire tous les amateurs d’histoire sociale non falsifiée.

Marcel Cerf

Gérald Dittmar, Anthologie de la Commune de Paris 1871, Editions Dittmar, 471 p, 45 euros.

BELLEVILLE DE L’ANNEXION À LA COMMUNE

Gérald Dittmar, Belleville de l’Annexion à la Commune, Éditions Dittmar, 281 p

Par ce livre, Gérald Dittmar a voulu honorer sa petite patrie et il a bien tenu sa promesse en exaltant « l’âme de la Villette et de Belleville ». C’est dans l’atmosphère républicaine et révolutionnaire de leur pittoresque quartier que, du 18 mars 1871 au dernier jour de la Semaine sanglante, les fédérés bellevillois ont combattu les Versaillais avec une farouche détermination. Les récits passionnés de différents témoins relatent l’âpreté de la lutte pour la liberté. Citons quelques exemples : le 18 mars à Belleville ; la mort de Flourens (Hector France) ; les prisons versaillaises (Elisée Reclus) ; les otages de la rue Haxo (Maxime Vuillaume) ; Paris livré (Flourens) ; Manifeste « aux communaux » (la Commune révolutionnaire) - Londres 1874 ; le Comité provisoire de la Commune à la mairie du XXe arrondissement et, sur le plan purement politique, le fameux programme de Belleville de 1869, et le serment de Gambetta qu’il s’empressera de trahir. Ce livre marque une nouvelle étape dans l’analyse de l’action des membres de la Commune. On commence, en effet, à prendre conscience que Ranvier, placé longtemps parmi les sous-fifres, a été un personnage de premier plan, non seulement dans son arrondissement, mais aussi dans la totalité de la capitale insurgée. Une fois de plus, Dittmar mentionne le nom d’André Léo, et ce n’est pas superflu car on ne dira jamais assez quelle fut l’importance des travaux de cette ardente propagandiste de la Commune. (Les soldats de l’idée, p 225). C’est sans doute, Alain Dalotel qui a donné l’impulsion première à cette mutation, et Gérald Dittmar, dans son dernier ouvrage, a adopté la même orientation. En annexe, la réimpression des séances des « Clubs rouges pendant le siège de Paris » de Molinari met en vedette la célèbre salle Favié. Les compte-rendus de ces réunions populaires donnent un aperçu des réactions du peuple de Paris même si Molinari a tendance à tourner en dérision les interventions de certains orateurs improvisés. Comme tous les livres de Dittmar, « Belleville » est judicieusement illustré : dessins de Robida, photographies de Communards et de lieux de combats. En guise de conclusion, retenons ces quelques phrases de Gérald Dittmar : « ce qui compte au demeurant, n’est pas que la Commune opère une continuité ou une discontinuité dans l’histoire ou dans son histoire, mais c’est qu’elle la fasse et qu’elle propose une représentation de l’histoire, active et différente ».

Marcel Cerf

Gérald Dittmar, Belleville de l’Annexion à la Commune, Éditions Dittmar, 281 p, 30 euros.