HISTOIRE DE LA COMMUNE DE PARIS DE 1871

Gérald Dittmar, Histoire de la Commune de Paris de 1871, Editions Dittmar

Gérald Dittmar a consacré dix ans de sa vie à écrire une « vraie » Histoire de la Commune, après les histoires de Bruhat, de Bourgin et de William Serman qu’il juge trop générales et récupératrices. Il rejette absolument les commentaires sur la Commune « façon Rougerie ».

Il ne faut pas manquer de lire attentivement l’avant propos de l’auteur où sont énumérées les sources de son ouvrage. Le but qu’il s’est fixé en entreprenant cette tâche difficile est clairement énoncé, c’est la recherche de la Vérité.

Gérald Dittmar est l’homme des passions exaltantes. Son admiration des Communards est aussi violente que sa haine des Versaillais. Trois esprits éclairés guident sa quête opiniâtre de la Vérité. Arthur Arnould, Louise Michel, André Léo, mais il n’oublie pas de mettre en valeur les témoignages de Vuillaume, de Lissagaray, de Malon, de Lefrançais, d’Allemane et d’Elisée Reclus.

« Le XIXe siècle est le siècle des barricades », il apporte, dit-il « une nouvelle version sociale et scientifique du savoir ». Il insiste sur le rôle primordial des clubs qui préludent à la naissance de la République et aux prémices de la révolution sociale. L’internationale participe à ce bouillonnement des idées.

Le siège de Paris par les Allemands provoque des réactions politiques diverses. Dittmar révèle une lettre de Courbet du 29 octobre 1870, adressée à l’armée allemande et aux artistes allemands, qui surprend par son chauvinisme délirant. Il est très intéressant de confronter cette lettre à l’appel à la fraternité des peuples contenu dans le manifeste « au peuple allemand, à la démocratie socialiste de la nation allemande au nom des sociétés ouvrières et des sections françaises de l’association internationale des Travailleurs ». Ces deux documents datent de la même époque.

Dittmar présente d’autres lettres de Courbet destinées à Jules Simon, ministre de l’instruction publique du gouvernement de la Défense nationale. Cette correspondance est empreinte d’une déférence quelque peu servile. Le même sentiment se dégage du mémoire de Courbet à l’attention du conseil de guerre. Quel contraste avec l’attitude de Louise Michel devant ses juges ! Cela a une toute autre allure.

Gérald Dittmar donne une interprétation originale de l’obscurantisme des conseils de guerre. Pour les juges militaires, ce n’était pas envers la société que les communeux avaient une dette à payer, mais envers Dieu. 

En féministe convaincu, l’auteur développe l’action de « l’Union des Femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés » créée par Nathalie Le Mel et Elisabeth Dmitrieff. Il apprécie beaucoup les articles d’André Léo dans La Sociale.

Les notices biographiques sont nombreuses et bien documentées, seule une curieuse omission nous étonne : Louis Moreau, personnage falot a droit à quelques lignes, alors qu’Edouard Moreau, l’âme du Comité Central de la garde nationale fédérée est passé sous silence (1).

Après avoir démontré que « l’idéal de la Commune était républicain, social et universel » Gérald Dittmar affirme que cet idéal est toujours actuel puisqu’il défend « l’intérêt de tous contre celui de quelques-uns ». Voilà la meilleure conclusion pour un ouvrage qui sort des sentiers battus et incite à la réflexion.

MARCEL CERF

Gérald Dittmar, Histoire de la Commune de Paris de 1871, Editions Dittmar, 472 pages, 35 euros *

(1) Marcel Cerf, Edouard Moreau l’âme du Comité central de la Commune, dossiers des Lettres Nouvelles, Denoël, 1971.

 

LE MANDAT IMPÉRATIF - DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE À LA COMMUNE DE PARIS

PierreHenri Zaidman, Le mandat impératif - De la révolution française à la Commune de Paris, Les Editions de l’Atelier, 1999, Les Editions du Monde Libertaire.

Dans le système représentatif, le député élu dans une circonscription n’est pas lié par les opinions de ses électeurs. C’est le système adopté par la majorité des démocraties pluralistes où le pouvoir est exercé par la bourgeoisie libérale.

Avant et pendant la Commune, les socialistes réclament une adéquation rigoureuse entre les aspirations des électeurs et les positions prises par les élus, ce qui implique la révocabilité des députés n’ayant pas rempli leurs engagements. C’est le système du mandat impératif. Les élus ne sont plus des représentants mais des mandataires.

Pierre-Henri Zaidman analyse avec une objectivité scrupuleuse les différentes étapes de la lutte entre partisans et adversaires du mandat impératif. Il nous entraîne dans un extraordinaire voyage au sein de l’Histoire révolutionnaire de la France. Il nous fait découvrir des hommes et des événements que l’on ignorait ou que l’on connaissait mal. Quelques mots incantatoires vont nous guider dans ce parcours initiatique : mandat impératif, révocabilité, démocratie directe.

L’auteur a tenu à expliciter les apports de la garde nationale dans la genèse de la Commune : le droit des simples gardes à discuter de leurs propres affaires et d’élire leurs délégués.

La Commune de 1871 voit la mise en pratique concrète de la démocratie directe. Cette partie du livre est à lire et relire. Pendant la courte existence de la Commune, les manifestations en faveur du mandat impératif sont nombreuses : réunions publiques  des citoyens, discussions dans les clubs, articles de presse, etc. Tous les moyens sont bons pour les électeurs afin de faire connaître leurs revendications à leurs élus.

La création du Comité de Salut public a provoqué de graves dissensions entre les membres de l’Assemblée communale. Ceux qui ont voté oui avaient-ils le droit d’aliéner la volonté de leurs électeurs ? Certainement non. En abandonnant leurs pouvoirs au profit du Comité de Salut public, c’est l’existence même de la Commune qu’ils ont mise en cause.

De nos jours, l’article 27 de la Constitution est formel : « tout mandat impératif est nul ». Seul le mouvement libertaire y fait encore timidement référence. Mais les Amis de la Commune ne l’ont pas oublié. Dans « La Commune de Paris aujourd’hui », notre président, Claude Willard, se fait l’ardent défenseur de la démocratie citoyenne.

Voilà dont pourquoi la lecture de l’ouvrage de PierreHenri Zaidman est absolument indispensable pour parfaire nos connaissances sur le mandat impératif.

Marcel Cerf

PierreHenri Zaidman, Le mandat impératif - De la révolution française à la Commune de Paris, Les Editions de l’Atelier, 1999, Les Editions du Monde Libertaire.