LIBERTAIRE ET PASCALIEN : LE CHOIX DE PASCAL

Jacques Julliard, Le Choix de Pascal, Éditions Déclée de Brouwer.

A l’intention de notre bulletin, j’ai extrait deux passages du livre Le Choix de Pascal de Jacques Julliard, soulignant que non seulement les très importants principes d’action politique exprimés pendant l’aventure de la Commune de Paris correspondent à des besoins contemporains, mais encore combien les témoignages de son auteur sont de manière implicite un encouragement à faire mieux connaître nos idées et le sens de l’action des Amis de la Commune.

Je cite le premier :

"J’ai toujours conservé la même sympathie, la même affection pour les Communards et, dans mon bureau de travail, le portrait de Varlin a longtemps voisiné avec les photographies de Simone Weil et d’Hannah Arendt."

Quand je croise les bourgeois d’aujourd’hui, les petits messieurs raisonneurs, satisfaits et cupides qui tiennent le haut du pavé, il y a toujours quelque chose en moi qui s’écrie : "Vive la Commune !". Et quelque chose qui fredonne sans que j’ai besoin de le commander :

TOUT CA N’EMPECHE PAS NICOLAS

QU’LA COMMUNE N’EST PAS MORTE…

Ce que j’ai tâché de comprendre, c’est le mouvement ouvrier pur, à l’état naissant. Certes, il fut un terrain de prédilection pour les anarchistes qui y trouvaient un terrain vierge des influences marxistes ou sociales-démocrates ; mais le point capital est l’espèce d’harmonie préétablie qui existe entre le mouvement ouvrier et l’idéologie libertaire. Là aussi nous sommes aux antipodes de la révolution bourgeoise."

Les insurgés de 1871 étaient passés très rapidement de l’esprit de résistance à l’action nécessaire qui entraîna ensuite une grande partie de la population parisienne. Leur exemple fut donc un moteur essentiel. Or, l’auteur du Choix de Pascal fait à propos d’un autre soulèvement, celui de l’Algérie au début des années soixante, une réflexion à la fois critique des élites qui nous gouvernent et nostalgique de quelques disparus. D’où le second passage extrait de son livre :

" La morale politique est encore plus impuissante que la morale individuelle quand elle prend la forme d’un prêchi-prêcha. La seule morale politique efficace est celle de l’exemple ".

D’évidence, les analyses de Jacques Julliard citées dans ce compte-rendu de lecture rejoignent plusieurs idées de la Commune de Paris dans ce qu’elles avaient de plus prometteuses notamment la véritable égalité des femmes et des hommes, l’accès à la culture, la formation permanente et l’autogestion. En même temps, elles expliquent comment le cheminement de notre société française traditionnelle, patriarcale et hiérarchique a dû passer par la lourdeur de l’étatisme bureaucratique et par les exigences de corporatismes nombrilistes avant de se heurter aux nécessaires remises en question d’aujourd’hui. C’est vous dire combien j’incite les citoyens insatisfaits d’un débat politique dénué de grandes perspectives à la revigorante lecture de son dernier livre : Le Choix de Pascal.

Claude Chanaud

Jacques Julliard, Le Choix de Pascal, Éditions Déclée de Brouwer.

 

PARIS SOUS LA COMMUNE

Wilhelm Dinesen, Paris sous la Commune, Michel de Maule éditeur.

Quand un officier danois regarde la Commune

C’est une découverte que ce Paris sous la Commune de Wilhelm Dinesen publié par Michel de Maule en 2003 dans une traduction de Denise Bernard Folliot et dont l’original (texte traduit) a été publié en 1872 puis en 1891.

L’auteur, né en 1845, appartient à l’aristocratie danoise. Officier il participe très jeune à la guerre contre la Prusse qui s’empare des duchés en 1864. Il continue son combat en participant en France à la Guerre de 1870.

Il va assister, arrivant à Paris le 17 mars 1871, à toute la période de la Commune, Semaine Sanglante comprise.

C’est donc un document brut écrit dans l’urgence et, dit-on, fort mal accueilli à sa parution. L’homme va continuer sa vie dans le Wisconsin avec des communautés Sioux et Pownies pendant deux ans. Il retourne au Danemark, se marie, fait de la politique et parle de la Commune à sa fille (devenue l’écrivain Karen Blixen dont nous connaissons La Ferme africaine) avant de se suicider le 27 mars 1895.

Il faut lire ce livre quand on veut respirer un peu l’air du Paris communard vu, non pas par la fougue de Lissagaray ou la hargne de Maxime du Camp, mais par le regard à la fois étonné et largement sympathique par moments d’un honnête homme, aristocrate, officier, scandinave, cultivé. Il note, voit, écoute, recueille autant les ragots que les calomnies. Ecrit à chaud, le livre mériterait une étude critique de détail, bien que l’essentiel soit dit.

Ce qui se déroule devant nous, c’est le Paris de la Commune dans sa diversité, ses contradictions, celles des Parisiens, celles des témoins. Certaines interrogations s’imposent, des scènes bouleversent, d’autres indignent, au passage l’auteur fait justice de certaines calomnies, porte des jugements sévères. C’est la Commune vécue et commentée.

On ne peut que remercier la traductrice et l’éditeur de nous donner l’occasion de plonger dans une œuvre dont on souhaite qu’elle rencontre un succès.

Raoul Dubois

Wilhelm Dinesen, Paris sous la Commune, Michel de Maule éditeur.

 

HISTOIRE DE FEMMES DANS LA COMMUNE DE PARIS

Gérald Dittmar, Histoire de femmes dans la Commune de Paris, Édition Dittmar.

Notre ami Gérald Dittmar, passionné par l'histoire de la Commune, souhaite qu'elle soit mieux connue dans de très larges couches de la population. Parmi les questions qui préoccupent : l'insuffisance des informations sur le rôle des femmes dans la Commune de Paris qui vont de l'actrice Agar à Léontine Suetens, de Nathalie Le Mel à Louise Michel, mais n’oublions pas celles dont la vie n'a pas retenu l'attention des historiens, en tout une quarantaine de Communardes.

La reproduction des dessins de Raffet (en couleurs) représentant les combattantes plus ou moins en uniforme permet de mieux suivre la place dans les manifestations et les combats des Communardes totalement associées à la lutte. De nombreux documents relatifs à l'action des femmes complètent cet ouvrage de 220 pages, édité et illustré avec beaucoup de soin.

Raoul Dubois

Gérald Dittmar, Histoire de femmes dans la Commune de Paris, Édition Dittmar, 35 Euros

 

LE DÉPARTEMENT DE L’OISE ET LA COMMUNE DE PARIS

Cette brochure, bulletin spécial de la Section de l’Oise du Syndicat des Instituteurs (n°113 mai 1971), a été rééditée à l’occasion d’une conférence organisée le 4 octobre 2003 par la Fédération de l’Oise du PCF et son amicale des Vétérans.

Elle constitue un document précieux dont Maurice Dommanget disait dans sa préface " Il n’y a pas à l’échelle nationale de travail de genre aussi neuf, aussi bien structuré, aussi bourré de pièces authentiques. "

Certes, depuis lors, des recherches ont été faites, parfois assez mal connues, mais l’originalité de cette accumulation de documents, leur diversité, constituent toujours un modèle de mémoire populaire particulièrement efficace pour les militants des Amis de la Commune.

On souhaiterait voir rassembler ces documents épars dans tous les départements. Peut-être comprendrait-on mieux la réflexion de Guesde : " Il est donc incontestable qu’en 1871, il n’y a pas eu de divorce entre la démocratie parisienne et la démocratie départementale, et que celle-ci, qui a pu manquer réellement d’énergie, était en masse favorable aux " fédérés " ". (texte de 1877 repris dans Ca et là de Marcel Rivière 1914)

Raoul Dubois

Le département de l’Oise et la Commune de Paris, Bulletin de  la Section de l’Oise du Syndicat des Instituteurs, (n°113 mai 1971)