TABLEAU DE PARIS SOUS LA COMMUNE

Villiers de l’Isle-Adam, Tableau de Paris sous la Commune, Édit. Sao Maï.

Comment le comte Villiers de l’Isle-Adam (1838-1889), issu d’une longue lignée de nobles bretons, a-t-il basculé dans le camp de la Révolution et décrit avec sympathie un Paris communard où « on rit et on chante, après avoir échappé la veille à une mort imminente » ? Le Tableau de Paris, publié à l’époque sous la forme de cinq articles, signés du pseudonyme de Marius, dans un journal favorable à la Commune, a-t-il été écrit par Villiers ? L’éditeur en a la certitude et tente de le démontrer dans une longue préface, où il s’attaque aux arguments des critiques littéraires et des historiens qui pensent le contraire, et pour certains ont accusé Villiers de l’Isle-Adam, un siècle après les faits, d’être un mouchard versaillais. Faute de pouvoir résoudre cette énigme, contentons-nous de lire ces pages qui figurent parmi les plus belles jamais écrites sur la Commune, aux côtés des poèmes de Rimbaud (Chants de guerre parisiens et Paris se repeuple), Verlaine (Louise Michel est très bien), et du roman de Vallès, L’Insurgé. L’auteur y décrit les clubs comme s’il y était : « On entre, on sort, on circule, on s’attroupe. Le rire du gamin de Paris interrompt les discussions politiques. Approchez-vous des groupes, écoutez. Tout un peuple s’entretient de choses graves, pour la première fois on entend les ouvriers échanger leurs appréciations sur des problèmes qu’avaient abordés jusqu’ici les seuls philosophes. » Il y eut plusieurs spectacles populaires organisés au Palais des Tuileries, au bénéfice des blessés de la Commune, notamment les 6 et 18 mai 1871. Au programme : Les Châtiments de Victor Hugo, parus récemment, et déclamés par Mlle Agar. Marius est séduit par cette ambiance de fête : « Le soir, les boulevards illuminés, les filles, les théâtres, les discussions enfin libres, les cafés bruyants et féeriques, un air de délivrance. Autour des kiosques, les journaux, anxieusement attendus, sont arrachés séance tenante. »

John Sutton

Villiers de l’Isle-Adam, Tableau de Paris sous la Commune, Édit. Sao Maï, 103 pages, 6 euros.

 

La Commune dans l'Encyclopaedia Universalis

Encyclopaedia Universalis, collection Les Essentiels d’Universalis, histoire, volume 2.

Les lecteurs du quotidien Le Monde peuvent, depuis quelques semaines, acquérir une collection spéciale de l’Encyclopaedia Universalis 2009. Un des six volumes consacrés à l’histoire contient un article signé Edith Thomas, et intitulé Commune de Paris (1871). Dix pages sont ainsi consacrées à cet événement qui fut si souvent occulté dans notre enseignement, ou dénaturé par ses détracteurs. Leur lecture en vaut vraiment la peine ; certains puristes peuvent y contester tel terme ou telle analyse furtive, mais quiconque cherche à s’informer sur cette période de notre histoire y trouvera les informations essentielles, et le goût d’aller plus loin dans sa connaissance de la Commune et de ses acteurs. L’article rappelle le contexte qui donna naissance à la Commune et son inspiration sociale. On y voit Thiers pactiser avec l’ennemi prussien, et on comprend bien pourquoi, face au camp des Versaillais, s’est constitué un gouvernement parisien. Edith Thomas évoque les origines sociales des Communards, et leurs différents courants. Elle insiste tout particulièrement sur l’œuvre de la Commune dans les domaines de l’enseignement et du travail.

Et c’est avec une certaine émotion qu’on lit le dernier chapitre parlant des combats. Justice est rendue aux Communards : l’auteure dit ici que les incendies et les exécutions auxquels ils se livrèrent sont des actes de guerre, en riposte aux bombardements et aux massacres perpétrés par les Versaillais. Elle rappelle même le soin qu’ils ont eu de préserver certains monuments, comme la Sainte-Chapelle et Notre-Dame. Elle n’hésite pas non plus à parler d’ « un fleuve de sang » en relatant les massacres des hommes, des femmes et des enfants parisiens par les Versaillais. Deux nombres sont éloquents : 877 hommes perdus dans les rangs de l’ « armée régulière », et environ 30 000 victimes du côté des Communards. Neuf illustrations accompagnent cet article dont une photographie représentant Louise Michel et deux compagnes communardes, ainsi qu’un cliché souvent reproduit de plusieurs combattants exécutés. On aurait aimé voir aussi quelques Communards vivants, mais leur œuvre est heureusement pérenne. Hommage est rendu à leurs luttes et à leur volonté d’instaurer une société nouvelle sous le signe d’une justice sociale.

Michèle Camus

Encyclopaedia Universalis, collection Les Essentiels d’Universalis, histoire, volume 2, 800 pages, 14, 90 euros