HISTOIRE D’UN CRIME

Victor Hugo, Histoire d’un crime,  Editions La Fabrique.

Nous connaissons le pamphlet Napoléon-le-Petit (1852) et le recueil poétique engagé, Châtiments (1853), mais beaucoup moins Histoire d’un crime, entrepris et laissé inachevé en 1852, paru en 1877.

De poète et pamphlétaire, Victor Hugo devient en quelque sorte historien. En effet, ce livre rare est un extraordinaire témoignage vécu : le sous-titre nous le précise bien d’ailleurs, Déposition d’un témoin.

Avant le coup d’Etat perpétré par Louis-Napoléon Bonaparte, Hugo semblait tout avoir derrière lui : une vingtaine de livres, plusieurs titres dont ceux d’académicien et de pair de France, longtemps installé au sein d’une droite conservatrice. Même s’il avait déjà évolué à gauche depuis 1848, le 2 décembre 1851 le précipite dans l’opposition, dans la résistance en tant que représentant national responsable, dans la rue, puis dans l’exil. Il semble alors avoir tout perdu, mais le grand Hugo est né !

L’Histoire d’un crime est une œuvre littéraire et historique : à la fois subjective, car « Malheur à qui resterait impartial devant les plaies saignantes de la liberté ! », et au plus près de la vérité. Les quatre jours du coup d’Etat sont décrits avec minutie, et constituent les actes d’une tragédie dont l’issue sombre dans une conclusion intitulée « La chute ».

Nous parcourons Paris nourris d’une multitude de détails, et suivons les événements, portés par le regard et la verve de l’auteur. Les lieux et les acteurs n’ont plus de secrets pour nous grâce aux précieuses notes et annexes de Guy Rosa. Un autre grand hugolien, Jean-Marie Hovasse, nous offre ici une passionnante préface. Cette réédition à La Fabrique est la première édition critique de cet ouvrage captivant et nécessaire. Oui, nécessaire, car il demeure un formidable avertissement chaque fois que la représentation nationale est menacée.

Lisons le témoignage de Victor Hugo : ce sera aussi une manière de lui rendre hommage pour le combat incessant qu’il a mené, comme sénateur, pour l’amnistie des communards !

Michèle Camus

Victor Hugo, Histoire d’un crime,  Editions La Fabrique, 756 p. 29 €

 

MÉMOIRES D’UN COMMUNARD — LA COMMUNE VÉCUE

Gaston Da Costa, Mémoires d’un communard — La Commune vécue, Ed. Larousse.

Gaston Da Costa, l’auteur de La Commune vécue, paru en 1903, fut le chef de cabinet de Raoul Rigault, le délégué à la Préfecture de police. Arrêté en juillet 1871, il ne résista pas aux interrogatoires et dénonça plusieurs communards, dont Eugène Protot, délégué à la Justice, heureusement en fuite, Da Costa fut condamné à mort, mais sa peine fut commuée en travaux forcés, effectués en NouvelleCalédonie. Il refusa sa grâce. Après l’amnistie, il collabora à L’Intransigeant de Rochefort et le suivit dans ses dérives anti-dreyfusardes.

Très critiques, ses mémoires n’en demeurent pas moins un témoignage vivant et passionnant sur la Commune et les hommes qui la dirigèrent.

J.S.

Gaston Da Costa, Mémoires d’un communard — La Commune vécue, Ed. Larousse, 383 p, 25 euros

 

L’ANNÉE TERRIBLE

Pierre Milza, « L’année terrible » tome 2 La Commune mars-juin 1871, Perrin, 2009, 514 p.

Poursuivant le cycle ouvert par son Napoléon III et le premier volume portant sur la guerre franco- prussienne de son Année terrible, Pierre Milza fait rentrer la Commune de Paris dans une maison d’éditions accoutumée au grand public. Enfin pourraiton dire ! Car si la bibliographie de la Commune est immense, il faut bien dire qu’elle reste encore largement méconnue des médias les plus importants.

Grand merci donc à Pierre Milza pour ce travail qui apportera aux lecteurs une synthèse très développée et très bien conduite sur cet événement clé de notre histoire. Partant finement du 18 mars pour attirer l’attention du lecteur sur le déclenchement de l’insurrection parisienne, l’auteur en étudie ensuite les origines, puis développe tant l’histoire événementielle et politique de la Commune de Paris que son histoire sociale et mentale.

Sans complaisance aucune avec les Communards, en observant leurs faiblesses ou leurs divisions, Pierre Milza ne cache pas une évidente sympathie pour ces femmes et ces hommes, pour leur courage, leurs idéaux. Le livre, d’une belle écriture chaleureuse et vivante et suivant Hugo, déroule une vision empreinte de poésie et de lyrisme de la Commune. Il se conclut d’ailleurs par ces grands vers du grand poète : « Oh ! Je suis avec vous ! J’ai cette sombre joie. Ceux qu’on accable, ceux qu’on frappe et qu’on foudroie m’attire ; je me sens leur frère … ».

Sur quelques points, bien sûr, on pourra discuter l’auteur. Alors que tout le livre montre l’extraordinaire richesse de ce laboratoire vivant qu’était la Commune, plus que de « la timidité des mesures adoptées par les dirigeants de la Commune », ne faudrait-il pas parler de l’amorce d’un processus de grande portée ?

Mais nous voudrions insister sur deux points où l’apport de Pierre Milza à la réflexion sur la Commune me semble important. Un long débat a porté dans l’historiographie sur la Commune, dernière révolution du XIXe siècle ou première du XXe siècle ? Suivant en partie, des points de vue les plus récents, qui sont de longue date portés par notre association, l’auteur remet en avant l’actualité de la Commune, comme cette forme de démocratie où les citoyens n’abdiquent jamais leur souveraineté.

L’autre aspect essentiel du livre est de formuler clairement que les crimes de masse versaillais pendant la Semaine sanglante relèvent indiscutablement de ce que le droit international contemporain appelle maintenant « crime contre l’humanité ». On conçoit bien alors que toute la réflexion sur les origines et le sens de notre république ne peut plus ignorer la Commune, comme c’est encore souvent le cas dans nos manuels scolaires.

Jean-Louis Robert

Pierre Milza, « L’année terrible » tome 2 La Commune mars-juin 1871, Perrin, 2009, 514 p.

 

LA COMMUNE N’EST PAS MORTE !

Serge Utgé-Royo, Contrechants de ma mémoire Vol. 3. CD Editho Musiques.

Fils de Républicains espagnols, Serge Utgé-Royo une fois de plus, nous comble avec un CD entièrement dédié à la Commune. Florilège de chansons qui, au fil des ans de 1865 à nos jours et selon la diversité des auteurs, prouve que la Commune n’est pas morte.

Les auteurs… Jean Ferrat, Louise Michel, J.-B. Clément, Jules Jouy, Clovis Hugues, quelques anonymes et bien sur Utgé-Royo. Ces vingt textes, certains connus, d’autres fort peu, sont chantés par Natacha Ezdra, Utgé-Royo, Christine, Bruno Daraguy, Caussimon. Coup de cœur pour Sur la Commune d’Utge-Royo, La Commune de Ferrat, Le chant des captifs de Louise Michel…. Mais tout est à savourer dans ce CD.

Claude Chretien

Serge Utgé-Royo, Contrechants de ma mémoire Vol. 3. CD Editho Musiques.