HOMMAGE À BERNARD NOËL

Revue Europe, dossier Bernard Noël, janvier-février 2011, n° 981/982

La revue littéraire mensuelle Europe, fondée en 1923, sous l’égide de Romain Rolland, consacre son numéro de janvier–février 2011 à Bernard Noël, auteur, entre autres, du fameux Dictionnaire de la Commune et créateur du néologisme « sensuré » pour exprimer la privation de sens dans laquelle le pouvoir politique tente d’enfermer la culture. Europe, par le passé,a consacré plusieurs numéros à la Commune ou publié des articles de Bernard Noël. Déjà en 1979, dans cette revue, B. Noël écrit J’avais un projet politique qui était, à travers la Commune d’étudier la coupure qui sépare le socialisme utopique du socialisme scientifique, mais j’avais aussi un projet d’écriture qui était de transformer le dictionnaire en écriture. Son dictionnaire fut édité en 1971, réédité, modifié et augmenté en 1978 et 200. Dans ce numéro de janvier–février, un chapitre de 7 pages est consacré au Dictionnaire de la Commune, un poème.

Ce chapitre remarquable, au style alerte, signé de Luc Grand–Didier, évoque aussi le communard Arthur Arnould, trop oublié, Peter Watkins, le cinéaste, situe avec pertinence et contemporanéité, les membres de la Commune, ses partisans et ses ennemis et montre la qualité d’écriture, mais surtout l’attractivité du lecteur dus à Bernard Noël. Les Amis de la Commune s’y retrouvent.

A titre personnel, j’utilise souvent le Dictionnaire pour mes émissions de radio locale, ou pour les conférences sur la Commune (je l’ai utilisé notamment dans une conférence pour les Amis de Châtellerault). Le dictionnaire est évoqué, toujours pour sa pertinence dans d’autres chapitres de la revue mon premier poème fut dédié au vent, par B. Noël lui-même ou mon désir de ne pas être somnambule de Jack Ralite, qui assure ou augmente notre empathie pour B. Noël. Citons aussi dans le même numéro, Paul Otchakovsky-Laurent, Le Dictionnaire de la Commune, par exemple, est une forme de livre extrêmement originale, parce qu’il n’est pas un simple dictionnaire, c’est aussi un essai, les rubriques renvoient les unes aux autres, il y a des récurrences, il y a des appels, il y a des associations ou Françoise Le Roux qui rappelle que B.Noël a aidé à la publication des ouvrages d’Arnould. Europe a réussi là une belle livraison.

Michel Pinglaut

Revue Europe, dossier Bernard Noël, janvier-février 2011, n° 981/982

 

PARIS GRAFFITI LES MARQUES SECRÈTES DE L’HISTOIRE

Christian Colas, Paris graffiti les marques secrètes de l’histoire, éditions Parigramme

De la Révolution à la guerre d’Algérie, en passant par la Commune, plus de cinquante graffiti parisiens sont répertoriés et photographiés dans cet ouvrage original et passionnant. Dans l’église Saint-Eustache (Ier arrondissement), où se réunissait peut-être un club politique, l’auteur, Christian Colas, a découvert l’inscription : « Vive la Commune 1871/Rigault/ Vermersch. » Le détachement de communards appartenant au groupe de francs-tireurs, Les enfants du Père Duchêne, qui séjourna dans l’église Saint-Paul-SaintLouis (IVe ), du 22 au 24 mai 1871, pourrait être à l’origine du graffiti : « REPUBLIQUE FRANCAISE OU LA MORT ». Il reprend presque mot pour mot la devise du Père Duchêne, le journal de Maxime Vuillaume. Encore dans une église, SaintEtienne-du-Mont, près du Panthéon, on peut lire l’inscription, à peine lisible : « 1871 MAI », associée à un dessin de femme coiffée d’un bonnet phrygien. L’auteur rappelle que le lycée Henri IV abritait pendant la Commune une coopérative ouvrière, qui fabriquait des vareuses, des tuniques et des pantalons. Un autre dessin de femme au bonnet phrygien, datant probablement de la Commune, a été découvert dans une carrière du XIVe arrondissement.

John Sutton

Christian Colas, Paris graffiti les marques secrètes de l’histoire, éditions Parigramme, 142 p., 14 euros

 

LA COMMUNE DE PARIS PAR CEUX QUI L’ONT VÉCUE

Laure Godineau, La Commune de Paris par ceux qui l’ont vécue, Paris, éditions Parigramme, 2010.

Auteur d’une thèse portant sur l’amnistie de 1880, Laure Godineau est aujourd’hui une historienne reconnue du mouvement communard. Elle commet un nouvel ouvrage sur la Commune de Paris, à l’occasion de son 140e anniversaire.

En parallèle du récit des épisodes de l’insurrection, l’auteur illustre le propos par d’abondants témoignages des acteurs de l’époque, qu’ils soutiennent ou non le soulèvement parisien. Les extraits tirés, par exemple, des mémoires de Lissagaray ou de Maxime Vuillaume répondent ainsi aux écrits virulents de Catulle Mendès ou de Maxime Du Camp. Ce procédé au final rend la lecture particulièrement vivante.

L’historienne ne néglige pas non plus d’évoquer les différentes Communes de province. Plusieurs chapitres retiennent l’attention : « les hommes de la Commune » où l’auteur met l’accent notamment sur l’excentricité de certains personnages ; « liberté, police et répression », où est rappelé le rôle déterminant du préfet de police Raoul Rigault ; « le communard et la communarde » qui ont gardé longtemps l’image diffamatoire du criminel (pour les hommes) et de la furie (pour les femmes). In fine, l’ouvrage, qui bénéficie d’une riche iconographie, est une excellente synthèse des événements parisiens du printemps 1871. Il est une mine d’informations pour les non-initiés et deviendra rapidement un ouvrage de référence pour les connaisseurs.

Éric Lebouteiller

Laure Godineau, La Commune de Paris par ceux qui l’ont vécue, Paris, éditions Parigramme, 2010, 263 p., 29 €

 

UN DVD SUR L’AUTEUR DU TEMPS DES CERISES

Le Temps des cerises, un film de Claude Val, Callysta Productions, 2009, 57 mn. DVD + CD audio

Le film commence par une belle évocation du Montmartre de la fin du second Empire. Récemment arrivé à Paris, le jeune Jean-Baptiste Clément côtoie la bohème tumultueuse du quartier. Chansonnier, il fréquente ses nombreux cabarets et subit la censure du régime. Il se mêle alors aux luttes politiques au point d’être emprisonné un temps à SaintePélagie. Célèbre depuis le succès de sa chanson Le Temps des cerises, il est élu à la Commune de Paris par le XVIIIe arrondissement. Puis, après un exil difficile en Angleterre, il se relance en politique et devient un propagandiste des idées socialistes, notamment dans le département des Ardennes où il a laissé son empreinte.

Le documentaire est abondamment illustré par les chansons de Jean-Baptiste Clément. Le Temps des cerises est évidemment la plus reprise, avec en particulier une version jazzy enjouée de Charles Trenet, de 1942. Certes, certaines idées de mise en scène sont superflues. Mais, l’utilisation de tableaux de peinture à l’arrière-plan est judicieuse, de même que l’apport de quelques témoignages contemporains. Ils sont d’ailleurs plus étoffés dans les bonus. Le récit de Tardi sur son travail de dessinateur ou l’improvisation surprenante de Marc Perrone et de Marie-Odile Chantran sont réellement captivants. Le film enfin est accompagné par un compactdisc audio de l’ensemble vocal Soli-Tutti qui revisite avec talent le répertoire en partie oublié du célèbre communard.

Éric Lebouteiller

Le Temps des cerises, un film de Claude Val, Callysta Productions, 2009, 57 mn. DVD + CD audio