L’ANNÉE TERRIBLE
AOÛT 1870-JUILLET 1871

lundi 22 mai 2017

Les communards ont-ils incendié « les plus beaux monuments de Paris » ? Si, dès juin 1871, les versaillais mettent l’accent sur les incendies et lancent le mythe de la « pétroleuse  », c’est pour faire oublier l’hécatombe de la Semaine sanglante dont ils sont responsables.

LES DESTRUCTIONS MATÉRIELLES

Pendant le siège
18 septembre 1870-28 janvier 1871

Les troupes prussiennes achèvent d’encercler Paris le 18 septembre. Le bombardement commence le 5 janvier 1871 et ne cessera que le 28 janvier, avec l’armistice. Entre le 5 et le 27 janvier, 7 000 obus ont été tirés, 1 600 bâtiments publics ont été touchés, ainsi que 1 400 maisons particulières. Les effets de ce bombardement sur le bâti restent toutefois très limités : aucun bâtiment majeur n’est détruit. Le bombardement a un objectif essentiellement psychologique : il s’agit de briser le moral des défenseurs et non pas d’envahir Paris.

Durant le deuxième siège
2 avril 1871-21 mai 1871

Alors que les Prussiens avaient essentiellement pour but de miner le moral des défenseurs, celui de Thiers est de détruire réellement les défenses de Paris. Deux fronts sont ouverts, à l’ouest et au sud de la capitale.
Le front ouest conduira à la destruction de Neuilly, de Courbevoie, d’Asnières-sur-Seine et de Bécon-les-Bruyères, tandis que le Mont Valérien bombarde l’ouest parisien, de la porte des Ternes à l’Arc de Triomphe. Des quartiers entiers sont en ruines.
Sur le front sud, l’artillerie versaillaise se positionne à Châtillon, à Meudon, à Saint-Cloud et à Montretout, souvent sur d’anciennes positions prussiennes. L’objectif principal est de neutraliser les forts d’Issy et de Vanves, qui défendent l’accès à Paris. Le 8 mai, le fort d’Issy est évacué.
L’artillerie pilonne l’enceinte entre les portes d’Auteuil et de Saint-Cloud. Le 20 mai, ces deux portes et la gare d’Auteuil sont détruites, ainsi que de nombreuses maisons particulières.

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Chute de la colonne
(Photo François Frank)

Les démolitions symboliques de la Commune.

Le décret ordonnant la démolition de la colonne Vendôme est publié le 13 avril, soit le surlendemain du début du bombardement versaillais. Ce décret ne sera finalement exécuté que le 16 mai : la colonne est abattue ce jour-là en grande cérémonie, en présence d’élus, de gardes nationaux et d’une foule « compacte et joyeuse  », en musique et dans une atmosphère de fête.
L’hôtel particulier de Thiers sera démoli le 13 mai. Le Journal officiel de la Commune de Paris du 16 mai publie l’arrêté décidant la dévolution des biens de Thiers.
La cartoucherie de l’avenue Rapp saute dans la soirée du 17 mai. Accident ou attentat ? Quatre maisons s’écroulent, on déplore une centaine de morts et d’innombrables blessés. Où est le coupable ? « Une enquête sérieuse eût probablement révélé un crime. Les ouvrières qui sortaient d’ordinaire à sept heures du soir avaient été, ce jour-là, congédiées à six heures », écrira Prosper-Olivier Lissagaray.

Pendant la Semaine sanglante
21 mai-28 mai 1871

Thiers et Mac-Mahon sont intimement persuadés que les fédérés opposeront une défense acharnée, et surtout qu’ils ont parsemé Paris de mines dévastatrices. Ordre est donné de ne jamais attaquer les barricades de front, mais de les contourner, soit par les rues adjacentes, soit en perçant les maisons, et de les surplomber en établissant des positions de tir dans les étages supérieurs des immeubles. La réponse la plus efficace pour les fédérés est alors d’incendier ces immeubles.
Comme on a estimé le nombre de barricades dans Paris à neuf cents environ, il en résulte un nombre considérable d’incendies potentiels.
Qu’en est-il des monuments volontairement incendiés ? Lissagaray attribue aux versaillais l’incendie du ministère des Finances. Gustave Lefrançais également, qui rappelle que Catulle Mendès, écrivain hostile à la Commune, souscrit lui aussi à la thèse de l’incendie versaillais.
L’incendie des Tuileries a été voulu par la Commune : il s’agissait, comme pour la destruction de la colonne Vendôme, d’un geste à la fois symbolique et festif.
Selon Jules Andrieu, « seules les destructions des Tuileries et de l’Hôtel de Ville peuvent être mises au compte de l’idée communale. Elles sont justifiées par l’histoire de ces deux monuments, symboles de l’autorité et de l’arbitraire ».
Les versaillais ont considérablement amplifié ces événements, accusant la Commune d’avoir miné les égouts de la capitale et d’avoir mis sur pied un véritable plan pour incendier la totalité de Paris. Ils inventent aussi le mythe de la « pétroleuse ». Ce n’est qu’en 1878 que Maxime Du Camp, écrivain hostile à la Commune, reconnaîtra, dans Les Convulsions de Paris, qu’il ne s’agissait que d’une pure invention. En réalité, on a dénombré deux cent trente-huit bâtiments entièrement détruits par le feu.

Après le 28 mai 1871

La Commune de Paris est le premier événement en France à être massivement immortalisé par la photographie. Ces photographies contribueront à stigmatiser « la Commune et ses crimes ».
Paris en ruines devient le lieu de promenade favori des Parisiens et des provinciaux. Le rétablissement, dès le 3 juin, de la liaison ferroviaire entre Paris et Londres encourage l’arrivée massive de touristes anglais. Bien informés par leur presse, ils se rendent dans la capitale dévastée en voyages organisés, notamment par l’agence Cook. Ces touristes étrangers ont participé à la renaissance de la capitale, notamment en favorisant la réouverture des hôtels et des théâtres.

GEORGES BEISSON


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