Deux conférences successives se sont tenues lors de cette soirée d’histoire : dans un premier temps,

Le public à la 8ème soirée d’histoire, mairie du XIe à Paris
Le public à la 8ème soirée d’histoire, mairie du XIe à Paris
8ème soirée d’histoire – Jean-François Dupeyron
Jean-François Dupeyron

Jean-François Dupeyron, philosophe de l’éducation, a abordé la thématique de l’école des communards, ses idées et ses projets. Il a été rappelé qu’avant la Commune, l’instruction publique était souvent dispensée par les religieux des congrégations, contrairement aux écoles privées souvent aconfessionnelles qui comptaient des enseignants républicains. Pendant la Commune, la réforme du modèle d’enseignement fait face aux problématiques du manque d’instituteurs et de budget consacré à l’éducation. Sous l’impulsion de figures communardes notoires telles qu’Édouard Vaillant, Jules Vallès, Augustin Verdure, Gustave Courbet, Jean Rama, sans oublier les femmes, à savoir André Léo, Anna Jaclard, Noémi Reclus, Isaure Périer ou Anna Sapia, des commissions de l’Enseignement se sont organisées à partir du 29 mars 1871 pour tenter de mettre en œuvre un programme proposé par la Société de l’Éducation Nouvelle. Certaines de ces idées unificatrices et consensuelles inspirent la future école de la Troisième République, comme la gratuité de l’école, la laïcisation des écoles publiques, l’école obligatoire pour les filles et les garçons, un modèle d’instruction intégrale permettant l’initiation artistique et l’acquisition de la culture du travail, l’enseignement professionnel, ou encore la mise en place d’une méthode pédagogique exclusivement expérimentale et scientifique. Des concepts autour de cette idée de l’Éducation Nouvelle avaient déjà émergé en 1848 avec des propositions d’ouvertures de crèches et d’écoles maternelles.

 

 

Jean-Louis Robert
Jean-Louis Robert

Dans un deuxième temps, Jean-Louis Robert, historien et président d’honneur de l’association, a présenté les avancées, les contradictions et les difficultés de la mise en œuvre de ce modèle d’instruction voulu par les communards, en soulignant que les institutrices et les instituteurs ne s’engagent pas majoritairement dans la Commune en raison de leur serment prêté au Second Empire et de la menace brandie par Adolphe Thiers de révoquer les fonctionnaires qui servent la Commune. Les communards souhaitent l’augmentation et l’égalité des salaires des institutrices et des instituteurs qui passaient de 600 et 1 000 francs à 1 500 francs par an ; cependant, l’éducation n’est pas un sujet central dans un contexte de siège où les priorités vont à la défense de Paris. Le budget militaire est nettement supérieur à celui de l’éducation qui est dérisoire, d’où les propositions de réquisition des biens de mainmorte occupés par l’Église. Des résistances surviennent face à la décision d’exclure les religieux ignorantins du corps enseignant, car il manque à la fois de personnes qualifiées pour enseigner et de locaux pour accueillir les élèves, les salles de classes étant surchargées. Les mairies d’arrondissements veulent avoir la mainmise sur l’école en nommant elles-mêmes les enseignants et en refusant l’intervention de la Commune dans leur domaine réservé. Des désaccords subsistent également quant à la morale à enseigner, le principe d’une école républicaine transmettant la liberté de conscience ne fait pas l’unanimité.

 

 

L’école de la Commune n’a pas pu se concrétiser en seulement soixante-douze jours mais sa politique scolaire visionnaire et progressiste se veut porteuse d’un souffle d’émancipation sociale dans une société marquée par les inégalités.

MARIE PIAN

Dernières publications sur le site