A l'heure du bilan

La Révolution française est au cœur du débat intellectuel en France tout au long du XIXe siècle. Thiers lui-même s’est d’abord fait connaître vers 1830 comme historien libéral de l’épisode révolutionnaire. Pour les Communards, elle a été une source d’inspiration majeure. Mythe mobilisateur, elle a aussi été porteuse de divisions profondes, ce qui pose alors la question de l’héritage en révolution (1).

LES PAVÉS DE LA RÉVOLUTION

Pendant la Commune de Paris, et notamment au moment de l’insurrection du 18 mars et durant la bataille de Paris en mai 1871, ainsi qu’aux moments forts de mai-juin 1968, les pavés ont été le symbole concret de ces mouvements révolutionnaires. Naturellement, il ne s’agit pas des mêmes barricades, car en 1871 les communards étaient armés, tandis que les étudiants et les ouvriers en 1968 étaient désarmés.

« Sous les pavés, la plage »
 

Depuis quelques mois, avant Mai 68, les luttes ouvrières s’intensifient. Le 17 mai 1966 et le 1er février 1967, les travailleurs sont appelés à une grève générale. Le 17 janvier 1968, de grandes manifestations ouvrières ont lieu à Redon et le 18, de sérieuses bagarres se déroulent à Caen. Ces luttes se développent sur fond de politique internationale tendue : Conférence de la Tricontinentale à la Havane, Révolution culturelle en Chine, intensification des bombardements américains au Viêt-Nam, coup d’Etat des colonels en Grèce, assassinat du Che en Bolivie, offensive du Têt du FLN vietnamien…

Le thème des prochains Rendez-vous de l’Histoire, qui auront lieu à Blois du 10 au 14 octobre 2018, sera «  La puissance des images  ». Il me semble que le drapeau rouge pourrait être une bonne illustration de ce thème. Sa symbolique est devenue tellement puissante à la fin du XIXe siècle et au XXe siècle qu’il a cristallisé, pour ou contre lui, l’essentiel des luttes politiques. Autour de lui, se sont déroulés bien des évènements violents : interdiction de le déployer sur l’espace public, confiscation par la police, arrestation des porte-drapeaux. Des incidents se sont soldés par des blessés, voire des morts.

En mai-juin 1968, la Commune de Paris n’est pas une référence omniprésente, beaucoup moins agissante que celles de juin 1936 et d’octobre 1917. En 1968 et en 1969, il n’y a pas de grande montée au « Mur » — il est vrai que le Père-Lachaise est bloqué en mai par les grévistes, ce qui permet tout juste un dépôt de gerbe par notre association. Pourtant, la Commune n’est pas absente de l’imaginaire des acteurs du plus grand mouvement social de l’histoire contemporaine française.

« Les bandes des gardes blancs », inscription sur bloc blanc fracturé par un coin rouge (l’Armée rouge).

Monument de Nicolaï Kolli érigé place de la Révolution, à Moscou, en 1918.

L’affaire Marcerou est aujourd’hui bien oubliée. Pourtant, c’est un des rares exemples de mise en accusation par les communards d’un tortionnaire de la répression versaillaise de 1871.

L’affaire débute au lendemain du vote de l’amnistie plénière le 11 juillet 1880 lorsqu’un nouveau journal, l’Intransigeant, relance l’enquête après qu’elle a été enterrée une première fois par les autorités.

Au cimetière de Levallois-Perret, nul ne peut ignorer les tombes très sobres, quoique inégalement fleuries, de Théophile Ferré et de Louise Michel. Il en est une autre, dans la sixième division, qui ne laisse pas d’intriguer en raison de l’obélisque qui la surmonte. Y reposent Alexandre Gosselin et Constance Chartier, « veuve de Marchois et de Gosselin  », mais aussi de Costé et de Beaurin.
Nous commémorerons, le 22 octobre, le 80e anniversaire de la création des Brigades internationales, organisation de combattants venus de 53 pays d’Europe et du monde, au secours de la République espagnole.

« Louise Michel  » parlait à la radio ! C’était en octobre 2011, et j’étais chez moi, à Oakland, une ville traditionnellement ouvrière et aujourd’hui plus mélangée, de 400 000 habitants. Louise était porte-parole d’Occupy Oakland, et le journaliste qui l’interviewait ne savait pas que c’était un nom d’emprunt. Il ne savait certainement pas non plus le sens de l’énorme banderole « Commune d’Oakland » dressée au centre d’Occupy, un campement dans le centre-ville.

PARTIE 1

Le grand public connaît mal l’histoire de la Commune : il en a surtout retenu l’inopportunité d’une guerre civile qui se déroule « sous les yeux des Prussiens », la violence des combats, le massacre des otages, la dureté de la répression et — plus encore que tout le reste — les incendies « des plus beaux monuments de Paris » par les communards et les pétroleuses.

Hobbes et son Léviathan (1651) est le précurseur et le justificateur du terrorisme d’État appliqué en 1871. Le redémarrage du capitalisme français, immobilisé après la défaite et la capitulation de Napoléon III à Sedan, va se faire après l’élection de l’Assemblée nationale décidée le deux février, réalisée le 8 du même mois sous protectorat prussien. Cette élection a pour but, derrière la promesse d’un traité de paix définitive, de restaurer les privilèges des royalistes divisés et des républicains conservateurs.

Un moulage de la tête du chef Ataï, leader de la révolte kanak de 1878, a été présenté dans une récente exposition au musée du quai Branly, à Paris. Redécouvert en 2011 au Musée de l’Homme, il devrait bientôt être restitué aux Kanak.

PREMIÈRE PARTIE

Étudier le rôle des mitrailleuses pendant la Commune de Paris peut d’emblée paraître incongru.
La chanson ne dit-elle pas à propos du drapeau rouge, emblème de la Commune : « A tous les peuples de la terre, porte la paix et le bonheur  » ?

La Guerre d’Espagne (1936-1939) a été le premier acte de la Seconde guerre mondiale. Aux côtés des Républicains espagnols combattaient des démocrates de nombreux pays. Des noms d’unités des Brigades internationales faisaient référence à la Commune de Paris.

La Commune de Paris élue le 26 mars 1871 ne s’impose pas en assemblée nationale. Elle est un conseil municipal pour la capitale, même si certaines de ses orientations et décisions ont une portée qui dépasse le cadre parisien et ressemblent à celles de l’Assemblée parlementaire.

Il est frappant de noter que le contenu de ces manuels varie peu au cours de la période étudiée, ce qui permet d’analyser de manière édifiante la fabrique de l’histoire officielle de la Commune : il s’agit d’une présentation politique entièrement au service de la bourgeoisie, classe sociale toujours au pouvoir. Plus que d’une véritable falsification, il s’agit d’un tri, d’une savante sélection : l’accent est mis sur certaines informations discréditant la Commune, le silence sur d’autres qui pourraient la valoriser.

Dans le supplément « sortir » de Télérama du 5 août 2009, l’article intitulé « La mémoire à même le Mur » est un hommage aux derniers fusillés de la Commune.

On peut féliciter Télérama de cet hommage aux révolutionnaires qui est aussi « un manifeste contre l’oubli de l’histoire tortueuse et torturée de Paris ».

C’est un beau roman (1). Touffu. Complexe. Mais dont le fil rouge constitue un bel hommage à la Commune - et avouez que ce n’est pas si courant dans la production littéraire de notre pays, et de notre temps. Il rappelle quelques faits : « C’est un prêtre qui dénonça Varlin l’admirable. Les curés (...) en veulent à mort aux Communeux. C’est vrai que ces derniers en ont passé quelques-uns par les armes, notamment rue Haxo. »

La Commune de Paris de 1871 est la référence dans l’histoire du mouvement ouvrier pour la forme de gouvernement adoptée et les promesses suscitées. Pour réaliser la République sociale et démocratique tant désirée, elle a innové sur le plan de la démocratie et de l’organisation ouvrière.

Du 18 mars au 8 avril 2004 la Mairie de Paris a accueilli l'exposition « La Commune de Paris (1871) à l'Hôtel de Ville », organisée par l'Association des Amis de la Commune de Paris. 

 

Suite de l’article 2 drapeaux de la Commune à Moscou

Le 12 mars1971 un journal moscovite « Krasnaïa Zvesda » (« Etoile rouge ») a publié sous la signature du Colonel V. Krasnov, responsable du musée central des Forces armées de l’URSS, l’article « encore une relique de la Commune de Paris ». A la veille du centenaire de la Commune il fait une annonce sensationnelle.

Malgré l’opinion répandue, ce n’est pas un, mais deux drapeaux des combattants de la Commune qui sont conservés à Moscou depuis les années 1920.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'Espagne est un pays déchiré par ses luttes intestines entre les factions monarchistes et pronunciamientos de généraux ambitieux. Une aristocratie terrienne, rétrograde, exploite durement une masse de paysans exclus de la possession du sol. La nation espagnole est constituée de régions très différenciées avec leurs particularités géographiques ethniques, économiques et culturelles. Le pouvoir exercé par le gouvernement de Madrid, centralisateur et autoritaire est haï par la majorité de la population.

Les amnisties de 1879 et 1880) pour les condamnés de la Commune n'ont pas été un Grand Pardon : leur objectif, au moment même où s'imposait avec opportunisme une république « raisonnable » qui allait rapidement se confondre avec un certain consensus social et l’expansion coloniale, était bien l'oubli de la guerre civile qui avait divisé les habitants de France entre partisans de l'ordre social, le camp des riches, du capitalisme, et les révolutionnaires, le camp des pauvres, du socialisme.

L’histoire - grande ou petite, peu importe - rapporte que Lénine dansa sur la neige quand la durée de la révolution bolchevique dépassa d'un jour celle de la Commune. Ce Kasatchok inattendu révèle que la victoire ne lui semblait pas acquise, mais témoigne aussi de l'importance que la révolution parisienne revêtait à ses yeux. Il ne fut pas le seul.

La capacité mobilisatrice de la Commune ou de sa mémoire lui permet parfois de s’imposer comme un agent de l'histoire en marche. En 1935, le premier cortège au Mur, consécutif à la ratification du pacte d'unité d'action entre les communistes et les socialistes, revêt un tour unitaire et vaut au terme de Front Populaire de l'emporter dans les comptes rendus du Populaire et du Temps qui leur préféraient jusqu'alors « front commun ».

C'était au mois d'octobre 1936. Des milliers d’antifascistes du monde entier faisaient mouvement vers l’Espagne. Le putsch du général Franco, soutenu par Hitler et Mussolini contre la République espagnole, avait provoqué un choc : les peuples d'Espagne étaient en danger, la solidarité devait s’exprimer y compris sur le terrain, les armes à la main.

Pour saisir l'influence qu'eut la Commune sur la Résistance, il faut d'abord rappeler qu'elle occupait une place éminente dans la culture du socialisme français de l’entre-deux-guerres. Chaque année, la montée au Mur des Fédérés rassemblait des centaines de milliers de personnes, des périodiques comme Commune, pépinière de futurs résistants. s'en réclamaient ouvertement.

Le 15 mars 1944, alors que la défaite de l'Allemagne hitlérienne apparaissait inéluctable, le Conseil National de la Résistance (CNR) adoptait un Programme comportant un plan d'action immédiate contre l’oppresseur, et les mesures destinées à instaurer, dès la libération du territoire, un ordre social plus juste.

Plus de trente ans déjà et nous voilà encore à essayer de comprendre mieux ce qui s'est passé en Mai 68 et de revisiter certaines des explications données à cet événement.

Ce qui nous interroge aujourd'hui c'est l'affirmation de la parenté ou mieux de la filiation entre Mai 68 et la Commune de 1871. Mai 68 descend-il en ligne directe des 72 jours de la Commune ? Pour ceux qui ont vécu ces événements en essayant d'en comprendre le sens il semble bien que les rapports soient d'une complexité très supérieure aux diverses interprétations un peu passionnelles et paroxystiques de l'époque.

L’initiative de commémorer les 130 ans de la Commune de Paris prise par les Brésiliens peut paraître insolite à un observateur extérieur. Pourtant ces sortes d'initiatives, qu'on retrouve dans tout le continent Latino-américain, obéissent à une vision de l'histoire qui donne à la mémoire des vaincus une fonction primordiale.

"Paris ayant enfin conquis sa liberté d’action et son indépendance, j’invite les artistes à prendre eux-mêmes la direction des musées et des collections d’art qui, tout en étant la propriété de la Nation, sont surtout la leur au double point de vue de la vie intellectuelle et matérielle." Gustave Courbet - Le cri du peuple10 avril 1871

Décembre 1967, le Président de la République : « envisage l’existence avec confiance », soudainement, la société est contestée, les universités se transforment en forum, la Sorbonne en « Commune », des millions de grévistes occupent les entreprises, paralysent l'économie, des centaines de milliers de manifestants envahissent les rues.
De Gaulle, dans une salve de phrases, retourne la situation. Le mouvement prend fin. Les grévistes reprennent le travail, les groupes gauchistes sont dissous, les universités sont évacuées.

Après la Semaine sanglante, Thiers claironne : « Nous sommes débarrassés du socialisme ». Et, prudence étant mère de sûreté, après le bain de sang est utilisé le talon de fer. La République de Thiers maintient jusqu’en 1876 l’état de siège dans la Seine et la Seine-et-Oise, dans le Rhône et les Bouches-du-Rhône ;

Ayant souvent lu, se rapportant à la Commune de Paris, ce vers de Victor Hugo : « le cadavre est à terre et l'idée est debout », j'ai cherché à le situer dans l'œuvre du poète, à partir de l87l. Recherches vaines.

Enfin le film que nous attendions sur la Commune. Il ne s'agit pas de l'une de ces superproductions de style hollywoodien mais d'une œuvre plus profonde et réfléchie, animée par un souffle révolutionnaire, unissant dans un même combat les luttes pour la Commune et celles de tous les opprimés et exploités du monde entier.

En choisissant d'étudier les représentations de la Commune de 1871 à travers la presse ouvrière havraise de 1880 (date de l'amnistie complète) à 1922 (scissions politique et syndicale dues à la révolution russe de 1917), j’espérais rencontrer des débats passionnants sur la dernière révolution française au sein du mouvement social et ce, d'autant plus que j'avais choisi d'ouvrir mon corpus aux journaux syndicaux dune part et, d'autre part, aux journaux politiques « de gauche » : anarchistes, socialistes, communistes, sans oublier les organes radicaux et radicaux-socialistes (d'anciens communards figurent dans leurs rangs) malgré leurs préoccupations parfois lointaines du mouvement social.

À la fin du siècle dernier, une curieuse histoire liée aux événements dramatiques de la Commune de Paris agira périodiquement le monde médical de la capitale, pendant une trentaine d’années. Elle avait comme protagonistes principaux le fédéré Eugène Bredon, lieutenant à la Légion des Vengeurs de Flourens, et le docteur Henri Ferdinand Dolbeau, professeur à la Faculté de Médecine de Paris et chirurgien de l'hôpital Beaujon (1).

Dans la nuit du 15 au l6 janvier l9l9, il y a 80 ans. Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, les deux dirigeants spartakistes, sont sauvagement abattus, à Berlin, par la soldatesque chargée d'en finir avec la révolution, tout comme, un demi siècle plus tôt, les Versaillais avaient écrasé la Commune de Paris.

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