Démocratie, laïcité, oeuvre sociale, les étrangers ...

Cet article est paru dans DROIT ET LIBERTÉ - N° 300 - MARS 1971. Revue mensuelle du Mouvement contre le Racisme l’Antisémitisme et pour la Paix (M.R.A.P.)

Sous les yeux de l'armée prussienne qui avait annexé à l'Allemagne deux provinces françaises, la Commune annexait à la France les travailleurs du monde entier. Karl Marx (La guerre civile en France)

La Marmite, restaurant coopératif illustre, fondé avant la Commune, est d’abord l’oeuvre d’Eugène Varlin.

Eugène Varlin naît en 1839 dans une famille d’ouvriers agricoles. Chez les Varlin, tant du côté paternel que maternel, on est de tradition républicaine.

La Commune de Paris se situe à une période charnière de l’histoire économique et sociale ; ses racines sont profondes.

La révolution de 1789-1793 a porté la bourgeoisie au pouvoir et aboli les structures féodales en même temps que la monarchie absolue. Au début du XIXe siècle, la nouvelle classe dirigeante met en en place les structures sociales adaptées à son pouvoir.

Le combat laïque est primordial pour Vaillant. D’une part, il correspond à un engagement de jeunesse. Ce jeune homme de bonne et catholique famille se passionne à l’adolescence pour la critique de la religion. Il entre en correspondance et rend visite à Ludwig Feuerbach (1804-1872), philosophe allemand au prestige alors immense.

Giuseppe Garibaldi est né à Nice en 1807 alors que cette ville méditerranéenne est rattachée à la France pour la première fois. Mais s’il trouve une place dans ce bulletin placé sous le signe des étrangers, c’est que, malgré le hasard de sa naissance, il est de nationalité italienne. Et aujourd’hui, c’est un de ces ressortissants de ce pays les plus connus au monde à l’instar de Leonard de Vinci ou Dante Aligheri.

Prosper-Olivier Lissagaray relate, dans son histoire de la Commune de 1871, qu’un arrêt de la Commission de la Justice ordonna aux directeurs des établissements d’aliénés d’envoyer, sous quatre jours, un état nominatif et explicatif de leurs malades. Lissagaray écrit : "Que la Commune eût fait le jour dans ces tanières, et l’humanité serait sa débitrice".

 

Le décret du 16 avril 1871 confiait la gestion des ateliers abandonnés à leurs salariés regroupés en coopératives.

LA LAïCISATION DE L’ENSEIGNEMENT

La Convention, quelques mois avant de se séparer, a proclamé l’indépendance des cultes, le 3 Ventôse de l’An III (21 février 1795) : « Nul ne pourra être empêché d’exercer, en se conformant aux lois, le culte qu’il a choisi ; la République n’en salarie aucun ».

Au moment où est célébré le centenaire de la Loi de Décembre 1905, il n’est pas inutile de rappeler que la Commune de Paris avait, trente-quatre ans auparavant, décrété la séparation de l’Église et de l’État.

En 1850, la loi Falloux imposa l’instruction religieuse dans toutes les écoles. Thiers voulait que le curé de la paroisse se charge de l’instruction primaire. Il préférait « l’instituteur sonneur de cloches à l’instituteur mathématicien  ». Après le coup d’État du 2 Décembre 1851, le Second Empire renforça encore la mainmise de l’Église sur l’enseignement. Mais Louise Michel, Pauline Kergomard et d’autres instituteurs laïques refusèrent de faire allégeance à l’Empereur.

Notons d’abord qu’on lit parfois que l’œuvre socia le de la Commune fut limitée, du fait de sa courte durée ou de l’importance accordée fort naturelle ment à la lutte pour sa vie. Parfois aussi certains glissent que la Commune, portée rapidement au pouvoir - quelques jours seulement séparent le 18 mars des élections du 26 mars - le Conseil élu n’a pas vraiment de programme, ni de buts clairs quant à la politique sociale à mettre en oeuvre.

Détenteur du pouvoir à Paris depuis le 18 mars 1871, le Comité central de la Garde nationale invite les électeurs à voter pour une assemblée communale en conseillant de désigner des « hommes qui vous serviront le mieux » et qui sont «  parmi vous, vivant de votre propre vie, souffrant des mêmes maux ». Après cinq mois de siège en effet, la population parisienne est épuisée ; on a consommé plus d’alcool que de pain.

De quel espace habitable jouissent les travailleurs parisiens à la veille de la Commune ? Les conditions de logement sont celles héritées du Second empire.

Les plus favorisés occupent deux pièces ; dans la première est installé un coin cuisine de 1 m2, l’autre pièce est une très petite chambre à coucher. Les ouvriers non qualifiés s’entassent avec leur famille dans un étroit cabinet sans eau ni sanitaires.

Le démarrage significatif de la société industrielle se situe approximativement dans le deuxième tiers du XIXe siècle.

C’est la mise en application des techniques et technologies nouvelles, de la nouvelle division du travail qui en découle, de la concentration de la main-d’œuvre et du grossissement de l’unité de production.

 

Rol-Tanguy (1908-2002)En tout temps comme en tout lieu, nos « Café du Commerce » n’ont jamais manqué de stratèges. Ah ! les brillants Etats-majors. En deux coups de cuiller à pot, tout était résolu. C’est évident ! C’était ça qu’il fallait faire ! Ah ! S’ils avaient été là, au bon moment, la face du monde aurait changé et le nez de Cléopâtre se serait retroussé.

La Commune n’y a pas échappé. Dès sa fin et encore de nos jours, cela continue. Certes, des recherches permettent d’expliquer et de mieux comprendre les raisons de succès et d’échecs de la Commune ainsi que le comportement des hommes et des femmes, des incompréhensions qui, encore aujourd’hui, posent problème.

Les étudiants et professeurs de médecine qui, le 23 avril 1871, refusèrent d’apporter leur soutien à la Commune n’étaient heureusement pas les seuls représentants de la pensée française. En effet, dans le journal de Jules Vallès, le Cri du Peuple du 14 mai 1871, on peut lire «Le Manifeste de la Fédération républicaine des Écoles» du 8 mai 1871.

Affiche de la Commune de Paris 1871 : Séparation des églises et de l'étatL’Église s’était liée à l’Empire grâce à la loi Falloux du 15 mars 1850 multipliant le nombre des écoles catholiques pour mieux contrôler l’instruction «publique». Après la fermeture des Ateliers nationaux du même Falloux, la répression devenait totale, policière et intellectuelle. Ce qui fut beaucoup pour l’anticléricalisme croissant dans les milieux socialistes et républicains, traits marquants de la Commune de Paris.

Napoléon III fit intégrer Monseigneur Darboy dans le Conseil impérial de l’Instruction «publique» en 1860. Archevêque de Paris en 1863, ce dernier milita pour fonder un néo-gallicanisme réclamant à la papauté une reconnaissance d’une certaine indépendance à l’Église de France, sauf dans le domaine spirituel. Les actes suivirent : refus de se rendre à Rome pour y être ramené à la raison, adhérer sans retenue à la politique italienne de Napoléon III favorisant l’annexion de l’Italie centrale par le Piémont (1) (le Saint-Siège se voyant réduit à Rome), enfin élection de Monseigneur Darboy... au Sénat. (2)

Au commencement était le Peuple. Jusqu’alors soigneusement tenu à l’écart de la chose publique, celui-ci s’invite brusquement dans le politique en 1789 (1). Suite à la prise de la Bastille, puis aux journées des 5 et 6 octobre, les élites aristocratique et bourgeoise apeurées s’ingénient à évincer ce peuple indocile et encombrant du corps électoral.