La Commune de Paris de 1871 est la référence dans l’histoire du mouvement ouvrier pour la forme de gouvernement adoptée et les promesses suscitées. Pour réaliser la République sociale et démocratique tant désirée, elle a innové sur le plan de la démocratie et de l’organisation ouvrière.

Gravure de la Commune de Paris 1871Si l’on est vraiment persuadé que les principes proclamés par la Commune de Paris sont encore d’actualité aujourd’hui – et ils le sont plus que jamais – c’est parce que son ébauche d’une société nouvelle, égalitaire et fraternelle reste une utopie concrète : il est fondamental d’avoir une conscience claire de ces grands principes qui ne purent dénaturer, mais de les appliquer dans l’esprit que les Communards auraient voulu qu’ils le soient.

Tenons-nous tout simplement aux deux grandes priorités que la Commune de Paris s’étaient fixées.

D’abord installer la démocratie directe. Celle des Communards reposait sur le mandat impératif et révocable. Cette forme de démocratie directe n’a aucun point commun avec une quelconque démocratie participative qui place les citoyens devant une fausse liberté d’action et nullement en mesure de dénoncer les trahisons de mandat : il n’y a de démocratie que contrôlant le pouvoir et le peuple est la démocratie. C’était le sens de l’appel du 23 mars 1871 revendiquant l’émancipation des travailleurs. Aujourd’hui encore plus, le mandat impératif et révocable est nécessaire et toute démocratie directe ne peut se concevoir qu’à travers une interpellation permanente des mandataires par leurs mandats, ou pour être plus court, la démocratie n’a pas besoin de qualificatif.

Affiche du Comité central de la Fédération de la Garde national du 22 mars 1871 appelant les citoyens parisiens à voter pour la Commune le 26 mars 1871.        Affiche de l’Association Internationale des Travailleurs du 23 mars 1871 appelant les travailleurs à voter pour la Commune le 26 mars 1871.

Ensuite promouvoir la gestion ouvrière. La Commune se situait, certes, dans le cadre du capitalisme naissant mais un capitalisme aux caractéristiques déjà bien marquées qui n’a été que le socle du capitalisme mondialisé d’aujourd’hui. L’opposition de classes que les membres de la Première Internationale avaient si bien perçue est bel et bien, aujourd’hui, la réalité : s’il est une organisation qui, elle, a une conscience de classe constante, violente et sans aucun état d’âme, c’est bien… le MEDEF. Rien ne peut relier un ouvrier à un patron, hier comme aujourd’hui, et la classe ouvrière au sens large du terme ne peut, bien sûr, qu’être hostile aux « réformes » voulues par des gouvernements successifs, non pas par passéisme ou incapacité d’évolution (un ouvrier pense aussi) mais tout simplement parce que ces « réformes » sont contraires à l’intérêt de la classe ouvrière et détruisent des acquis sociaux fondamentaux : une classe ouvrière qui continue à s’appuyer sur les grèves (et l’Internationale l’avait compris) pour défendre son travail et ses droits mais qui se voit trahie régulièrement depuis plusieurs années par nombre de responsables syndicaux ou lâchée par des dirigeants politiques dits «  progressistes ».

Léo Fränkel (1844-1896), membre de la Commune, Délégué au Travail et à l'Echange, condamné à mort par contumace. L’indépendance syndicale tant politique que financière est indispensable car toute subordination perdrait le syndicalisme : les chambres fédérales ouvrières de 1871 ont été l’exemple même de la mobilisation ouvrière et de l’indépendance. Le refus de toute forme d’association capital-travail fut le principe fort des Internationalistes et des Communards car cette association n’a toujours eu qu’un même but final : faire cogérer par les ouvriers le profit capitaliste. Léo Fränkel, élu à la tête de la délégation du travail, affirma dans une des nombreuses sessions de la Commune, que « toute mesure sociale juste devait être appliquée… sans s’occuper à consulter les patrons ». Les Communards n’ont pas eu le temps de faire aboutir les sociétés coopératives ouvrières avec un fonctionnement aux antipodes de la cogestion patrons/ouvriers que l’on voudrait mettre en place. Ce qui se passe en Argentine et au Brésil actuellement, avec l’occupation d’usines et leur remise en marche par les ouvriers, aurait passionné les Internationalistes à la recherche d’une nouvelle voie de production et de consommation : l’exemple du fonctionnement spécifique de l’usine Zanon en est le symbole.

Repensons au gouvernement ouvrier de la Commune de Paris et à ses engagements. Quelle différence de contexte actuellement ? Aucun ! N’y-a-t-il toujours pas, aujourd’hui, des opprimés et des opprimeurs, des profiteurs qui exploitent toujours le travailleur ? Penser le contraire, c’est conduire le mouvement ouvrier vers une impasse totale.

Affiche de la Commune de Paris N° 170 du 19 avril 1871, déclaration au peuple françaisLa Commune était certes composée de multiples courants, mais la déclaration au peuple français du 19 avril 1871 idéalisait la structure communale comme base de la démocratie directe, encore plus pertinente aujourd’hui car structure de proximité maximum, mais que l’on cherche à faire disparaître au nom d’une soi-disant simplification des structures : la Fédération de Communes tant rêvée par les Communards est, elle aussi, un héritage que nous devons défendre et qui n’a pas pris une ride. Etre fidèle aux idéaux de la Commune nécessite de les porter aujourd’hui tels qu’ils furent proposés en 1871 : ils sont pleinement d’actualité, réalistes et réalisables seulement si l’on pense avec certitude que le capitalisme est contraire au bonheur collectif mais que ce bonheur est toujours une idée neuve.

Jean-Patrick Annequin

La Châtre (Indre)