Suite à la signature du Traité préliminaire de paix le 26 février 1871, les Allemands vont adopter une attitude passive vis-à-vis de la Commune de Paris. Mais considérant que cette Révolution menace ou du moins retarde le remboursement du tribut imposé à la France, les Allemands vont allégrement aider Thiers dans sa lutte contre la Commune.

Le Traité préliminaire de paix détaille, dans son article 2, que la France doit payer la colossale somme de 5 milliards de francs-or à l’Allemagne dans un délai de trois ans.

Troupes allemandes à Torcy

Pour s’assurer de la bonne volonté de la France de s'acquitter de ce tribut, les troupes prussiennes restent stationnées dans les territoires allant du nord de la France à la Loire.

L’armée officielle du Gouvernement à tendance monarchique de Thiers, alors basée à Versailles, comprend fin mars seulement 12 000 soldats.

Même s’il semble vouloir négocier avec la Commune de Paris, Thiers, en sous-main, demande et bénéficie de l’appui du chancelier allemand Bismarck, afin de reconstituer une armée opérationnelle, impossible sans le retour des soldats prisonniers. Pour rappel, quasiment 475 000 soldats français ont été faits prisonniers, soit ¾ de l’armée.

Alors que la convention d'armistice n'autorise que 40 000 soldats français en région parisienne, Bismarck accepte la libération rapide de près de 60 000 prisonniers de guerre français, suivie de celle de 135 000 prisonniers les prochaines semaines, qui rejoignent ainsi Thiers à Versailles.

Parmi les forts protégeant Paris, ceux de l’est restent occupés par les Allemands jusqu’au versement des premiers 500 millions de francs, comme le prévoit le Traité préliminaire.

Saisi sur un officier prussien fait prisonnier (Source Musée Carnavalet - Histoire de Paris)

Quand les événements de la Commune de Paris débutent, Paris est alors encerclée au nord et à l’est par l’armée allemande.

Heureusement pour la population parisienne, le ravitaillement est devenu possible : à l'exception du pain qui est taxé, les aliments se trouvent en suffisance grâce aux stocks accumulés après le siège et aux arrivages des champs, terres agricoles et jardins situés entre les fortifications et les lignes allemandes.

De plus en plus enclins à aider Thiers à écraser la Révolution ouvrière, les Allemands laissent à la mi-mai les troupes versaillaises contourner Paris à travers les banlieues nord qu’ils contrôlent.

En accord avec Thiers, les Allemands forment un barrage de la Marne jusqu’à Montreuil, et positionnent 80 canons et 5000 soldats près de la Porte de Vincennes. Le but est de bloquer la fuite des Communards à l’est. Grâce à cette alliance de circonstance, l’armée versaillaise peut ainsi attaquer sur un large front Paris et la Commune.

Barrage par l'armée prussienne à Montrouge, route d'Orléans

 

Enquête parlementaire sur l’insurrection du 18 mars, tome II, Déposition des témoins, Versailles, 1872

Extraits du témoignage d’Adolphe Thiers

« La Commune qui joignait à la prétention d'un patriotisme implacable, celle d'être en faveur auprès de la Prusse, avait répandu le bruit de ses relations amicales avec les généraux prussiens. Des écrivains imprudents en avaient tiré des suppositions offensantes pour le cabinet de Berlin, et tout à fait calomnieuses. M. de Bismarck avec beaucoup de raison, démentait ces bruits, se plaignait de ce que nous ne le démentions pas nous- mêmes, en quoi il avait tort, et offrait publiquement ses secours contre la Commune, secours qu'évidemment nous ne pouvions point accepter. Il nous pressait lui-même d'en finir, et à cet égard joignait ses impatiences à celles d'un certain nombre de députés qui auraient voulu substituer leurs idées aux nôtres, sans connaître la situation et ses difficultés.

Cependant, malgré ces démêlés, malgré le traité qui limitait à 40 000 hommes l'armée de Paris, M. de Bismarck consentit à une augmentation qui fut d'abord de 100 000 hommes, puis de 130 000. Il nous en fournit lui-même les moyens, en nous renvoyant un nombre assez considérable de nos prisonniers, dont il avait suspendu le retour par suite des contestations survenues.

Les troupes que nous avions étaient très-jeunes, elles n'avaient pas beaucoup vu le feu. Il y avait près de la frontière beaucoup de nos soldats faits prisonniers à Metz ; ceux-là avaient pu voir 47 000 hommes abattus en un seul jour à Gravelotte. Je demandai qu'on me les rendît le plus tôt possible. M. de Bismarck y consentit. Le général Ducrot à Cherbourg, le général Clinchant à Douai, reçurent les prisonniers, et s'occupèrent de les réorganiser. Je ne saurais dire exactement le nombre des soldats qui nous furent ainsi rendus ; les papiers de l'administration de la Guerre étaient les uns à Paris, les autres à Bordeaux, quelques- uns avaient été perdus. Les prisonniers arrivèrent au nombre de 50 à 60 000 hommes, mais la moitié était libérable ; il fallait leur donner leur congé, car ils eussent été des mécontents et non des combattants dévoués comme il nous en fallait. Beaucoup étaient fatigués. Tous les soins furent donnés à leur rétablissement. Nous avons pu avoir ainsi la moitié de ces prisonniers à verser dans l'armée. Les dépôts s'étaient aussi remplis de recrues que la loi nous autorisait à y appeler. C'est ainsi que nous parvînmes à créer une armée de 130 000 hommes bien organisés, et pouvant être mis en ligne. Nous avons eu jusqu'à 170 000 rationnaires. Mais dans une armée, tout ce qui mange ne combat pas. Il y avait le train, les malades, les blessés. Ces derniers étaient peu nombreux. » 

 

Les surnoms casseroles de Thiers

De 1830 à 1877, Adolphe Thiers s'est vu affubler, par vengeance, mais aussi par opportunité historique, apparence physique et linguistique, de nombreux surnoms.

Par ordre alphabétique, Thiers fut:

Caricature - Thiers I Roi des Capitulards (Source Bibliothèque Historique de la ville de Paris)Adolphe-le-petit

Bandit sinistre

César en raccourci

Coeur saignant

Crapaud venimeux

Croque-mort de la Nation

Dictateur

Dieu terne

Etroniforme : surnommé ainsi par Flaubert

Foutriquet

Général Boum

Général Tom Pouce

Arrêtons-nous sur le surnom l'Incestueux. Thiers aimait une femme mariée, Euridyce Dosne. Pour la garder, il épousa sa fille Elise... Et couche avec la soeur d'Elise, Félicie. Et oui, Félicie aussi ! On se gaussait des 3 moitiés de M. Thiers.

Infâme vieillard

Invalide de Versailles

Myrmidon 1er : allusion au nom du fils de Zeus

Nain grotesque

Obus 1er

Le Père Duchêne n° 2 du 6 Floréal an 79 - Le petit ThiersPère Transnonain . Surnom donné après le massacre de la rue Transnonain, à Paris, en avril 1834. Thiers est ministre de l'Intérieur de Louis-Philippe 1er. Déjà massacreur en 1834 !

Petit Jean-Foutre

Petit scélérat

Rastignac marseillais - né donc à Marseille, fait des études de droit à Aix, et " monte " à Paris où son ambition forcenée de bourgeois parvenu inspire à Balzac, le personnage de Rastignac.( d'après la biographie d'André Segond)

Roi des capitulards

Roi des Versailleux

Rural 1er

Satrape de Seine-et-Oise

Tamerlan à lunettes.

Vieillard (donné par Gustave Lefrançais)

Vieille Chouette

Vieux Polisson(voir l'Incestueux)

Une jeune troupe de théâtre, en Région Centre, « Oh! Z'arts etc... », dans son spectacle : « J'ai la couleur des cerises et je ne suis pas morte » le dénomme le Monocle.

Vous trouverez une grande partie de cette liste dans « le dictionnaire de la Commune » de Bernard Noël, édition Fernand Hazan, Paris, 1971( réédité pour le 150e anniversaire) et dans « la Commune & les Communards du Cher. 1871 » de Jean-Pierre Gilbert, édition de l'Alandier, 2020(aux élections du 8 février 1871, il fut élu dans 24 départements dont le Cher).

 

Information inattendue :

On ne penserait pas trouver l' information qui suit dans... l'Almanach Vermot, à la date du 31 mars 2021. Nos régions :

Territoire de Belfort/ Belfort.

« La statue trônant sur la place d'Armes à Belfort devait à l'origine, être un hommage au président Adolphe Thiers, grâce à qui, entre autres, le Territoire de Belfort est resté français(sic).

Le sculpteur Antonin Mercié a préféré représenter le combat du peuple par l'allégorie d'une femme prenant le fusil d'un soldat et défiant l'ennemi du regard. Reprenant la devise des patriotes de 1880, car malgré tout, il faut quand même résister..., elle s'appelle aujourd'hui tout simplement Quand même ! Thiers n'a pas été totalement écarté de l'hommage puisque son portrait figure sur le socle du monument. »