Dans la vie très agitée de Victor Hugo, il y a d’incessants déménagements dus à des condamnations pour ses écrits, en particulier sa protestation en mars 1870 dans Le Rappel contre l’acquittement de l’assassin de Victor Noir. Il se réfugie à Guernesey. Trois mois après, Le Rappel étant interdit, il part à Bruxelles où il n’hésite pas à réunir les proscrits de l’Empire chez lui.
Dès la proclamation de la République à Paris, Lyon, Marseille et de nombreuses autres villes du Midi, il revient en France et reçoit le général Cluseret, Louise Michel sous le pseudonyme d’Enjolras, Félix Pyat, Gustave Flourens.
Choses vues
Il tient un agenda intime, « Choses vues », non destiné à être publié mais édité après sa mort, où il note absolument tout au jour le jour, y compris ses frais de train pour lui et sa nombreuse famille. Ce sont ces notes qui seront utilisées ici. Le 31 septembre, il refuse d’être candidat à la mairie de plusieurs arrondissements de Paris. Le 2 octobre, il écrit :
« Paris se démolissant lui-même pour se défendre est magnifique. Il fait de sa ruine sa barricade ».
Il parle d’une affiche de Madame Enjolras annonçant des cours populaires pour les femmes. La recette des Châtiments lui permet d’offrir les canons « Châteaudun » et « Châtiments » à la ville de Paris. Tandis que le rationnement se met en place pour soutenir le siège, il installe des poules dans son jardin. On lit partout ses œuvres dans les théâtres :
« On a renoncé à me demander l’autorisation ».
Le 1er décembre,
« il paraîtrait que Madame Louise Michel serait arrêtée. Je vais faire ce qu’il faudra pour la faire mettre immédiatement en liberté ».
Le lendemain, libre, elle vient le remercier. Henri Rochefort vient souvent en « convive ordinaire », c’est-à-dire sans attendre d’être invité ! Dès l’élection de l’Assemblée nationale qui se réunit à Bordeaux, il est élu, mais Thiers étant chef de l’exécutif, l’armistice est signé et les troupes prussiennes défilent aux Champs-Élysées. Victor Hugo donne alors sa démission avec l’accord de Gambetta et Rochefort.

Un de ses fils, Charles, journaliste, meurt brusquement d’une apoplexie foudroyante. C’est quelques jours après qu’a lieu la scène bien connue : l’énorme cortège funéraire en route vers le cimetière du Père-Lachaise traverse les cordons de fédérés place de la Bastille qui lui font une haie d’honneur spontanée, le 18 mars, le jour même où le Comité central de la Garde nationale s’installe à l’Hôtel de ville ! Près de la tombe,
« une large main s’est tendue vers moi et une voix m’a dit “ Je suis Courbet ”. C’est la première fois que je vois Courbet ».

Nouvel exil
Pourquoi Victor Hugo retourne-t-il alors à Bruxelles le 21 mars ? Est-ce le début de la guerre civile entamée par les versaillais ? Le 9 avril, il écrit à propos d’un décret des suspects :
« Cette Commune est aussi idiote que l’Assemblée est féroce. Des deux côtés, folie. »
Le 15 avril :
« J’ai fait contre la guerre civile les vers intitulés, Un cri », publié dans Le Rappel » ;
le 19 :
« Paris est l’abîme où couve l’avenir, pas plus que l’océan on ne peut le punir ».
Le 6 mai :
« On annonce la démolition de la colonne pour le 8 mai. Ma protestation « Les deux trophées » arrivera-t-elle à temps ? »
Elle paraît dans Le Rappel :
« De ces deux pouvoirs étrangement rivaux par qui le marteau frappe et l’obus tourbillonne, l’un prend l’Arc de triomphe et l’autre la Colonne ! ».
Le 11 mai :
« Le Comité de Salut Public […] vient d’être destitué, la Commune le remplace par un comité nouveau où figure le citoyen Delescluze ».
Le 15,
« La Commune fait démolir la maison de Thiers. Odieux et bête ».
Victor Hugo passera les deux mois de la Commune à Bruxelles. Pendant la Semaine sanglante, il donne asile aux communards pourchassés. Dès la chute de la Commune, sa maison est caillassée de nuit. Victor Hugo est expulsé de Belgique pendant que la foule sympathisante se presse de jour devant chez lui. Il trouve refuge au Luxembourg à Vianden.
Le poète, même dans ce nouveau domicile, continue de recevoir les communards. Marie Mercier, dont le mari vient d’être fusillé, trouve aide et asile chez lui. Une idylle naîtra. Il y a du Jean Valjean en Victor Hugo, il faut arrêter les massacres. Sa loi relative à l’amnistie sera présentée le 21 mars 1876 avec six autres signataires, adoptée partiellement trois ans plus tard, élargie en juillet 1880 ! Mais, on le sait, l’amnistie plénière attend toujours et le texte d’origine de Victor Hugo peut encore servir de référence pour une réconciliation nationale.
EUGÉNIE DUBREUIL







