Dans le contexte violemment hostile où elle se trouvait, contrainte pour survivre de faire fonctionner l’ensemble des services publics empêchés ou désertés du fait du gouvernement de Versailles, la Commune sut mobiliser en son sein suffisamment de forces défensives pour relever le défi, et apporta ses réponses propres à la question que la nécessité lui posa :

« Comment gérer deux millions d’habitants sans l’appareil étatique et sans les services publics ? (1) »

Nous avons revu quelques ouvrages généralistes sur ce sujet.

Enlèvement d'un ballon sur la place de l'Hôtel de Ville, 4ème arrondissement, Paris, 21 avril 1871 - Photographie anonyme. (source : © Musée Carnavalet – Histoire de Paris)

Enlèvement d'un ballon sur la place de l'Hôtel de Ville, 4ème arrondissement, Paris, 21 avril 1871 - Photographie anonyme. (source : © Musée Carnavalet – Histoire de Paris)

Dans son Dictionnaire de la Commune (2), Bernard Noël renvoie à bibliothèques, musées, postes, santé publique et subsistances.

La Commune délègue Jules Vincent, puis Élie Reclus, à la Bibliothèque nationale, et Benjamin Gatineau aux bibliothèques communales avec l’engagement de préserver le patrimoine livresque, pillé sous l’Empire et de restituer les prêts.

Dès le 25 mars, les musées sont réouverts et pris en charge par Courbet et les 46 artistes du bureau de la Fédération.

Theisz, en 48 heures, réussit à rétablir le fonctionnement des services postaux à l’intérieur de Paris. Les télégraphes sont confiés à Pauvert. La monnaie imprima des timbres. Theiz veilla à assurer un salaire décent.

Les services de santé revinrent à Treillard, ainsi que l’Assistance publique. Il suscita des volontaires et s’occupa de la formation.

Les subsistances furent dynamisées par Viard, qui s’occupa du ravitaillement (pain, viande, légumes et même poissons), des prix, des boucheries municipales.

Dans La Commune de Paris 1871 coordonné par Michel Cordillot (3), le chapitre des services publics est introduit par Jean-Louis Robert, qui y ajoute la justice et les arts. L’inventaire se poursuit et porte sur les finances, le chemin de fer, l’éducation et la place des filles, la poste et le télégraphe civil et militaire, les hôpitaux, la police, la justice, la monnaie, les pompiers...

La remise en route des services publics fut un succès : disposer de transports, de l’éclairage, se faire inhumer, avoir de l’eau, recevoir et expédier le courrier, se promener dans les squares, aller au musée, envoyer ses enfants à l’école, être soigné…

Dans les chapitres concernant les services publics, les auteurs, Michel Cordillot, Nicolas Deladande, Jean-François Dupeyron, Maxime Jourdan, Hugues Lenoir, Georges Riboll et Pierre-Henri Zaidmann analysent les diverses situations de réorganisations dues aux abus de l’Empire et à la fuite de Thiers à Versailles. La Commune se fixa clairement des buts de démocratisation et d’efficacité.

Dans l’ouvrage 72 jours qui changèrent la cité (4), René Bidouze met en avant les services publics nationaux et municipaux qui, malgré les circonstances et les contraintes de temps, surent répondre à la nécessité immédiate de la vie quotidienne des Parisiens avec une administration cherchant à apporter des nouveautés. Reprenant la question dans son ouvrage La Commune de Paris telle qu’en elle-même, il estime que la bonne gestion des affaires publiques a été sous-évaluée. Jean-Louis Robert, dans son volume 3 de Nouvelle histoire de la Commune de Paris 1871 (5), consacre plusieurs chapitres, ouvrant le sujet avec : « L’État et les services publics ». Si les principes sont posés, les idées ne semblent pas encore claires, insistant sur la hantise du gaspillage. Son analyse approfondie insiste sur l’urgence de remettre en route la machine des services publics de la ville et de l’État avec la réalité d’un pragmatisme efficace mais aussi l’intention avérée de créer un service public très démocratique.

Cette victoire, au prix de ce qu’il n’est pas usurpé de qualifier d’héroïsme collectif et individuel , est à la fois celle des actes et des idées, car des actes ont été accomplis, et ceux qui n’ont pas pu l’être, qui sont restés à l’état d’idées, sont devenus des éléments forts d’inspiration pour l’avenir. Ils ont joué le rôle de force offensive pour les générations qui ont suivi, et dont nous avons jusqu’ici largement bénéficié. Sur ces deux fronts, plus que jamais depuis la Commune, la bataille est d’actualité. Malheureusement, en pleine offensive conservatrice, sans tout embrasser dans la comparaison, on peut du moins constater qu’elle est redevenue, comme au temps de la Commune, avant tout défensive. Les principaux concernés sont potentiellement d’abord les enfants des générations futures. Il ne reste plus qu’à souhaiter qu’un sursaut salutaire vienne in extremis — avant qu’il ne soit trop tard — infirmer cette tendance.

JEAN ANNEQUIN, MICHEL PINGLAUT, JEAN-MARIE FAVIÈRE

 

Notes :

(1) La Commune en actes – Nouvelles approches historiques de la Commune de Paris 1871, Presses universitaires de Perpignan, 2025, p. 102.

(2) Dictionnaire de la Commune, Bernard Noël, Fernand Hazan éditeur, 1971.

(3) La Commune de Paris 1871, les acteurs, l’événement, les lieux, coordonné par Michel Cordillot, édition Pocket Texto Taillandier, 2023.

(4) René Bidouze a écrit : 72 jours qui changèrent la cité, éd. le temps des cerises, 2001 ; la Commune de Paris telle qu’en elle-même, 2005.

(5) Nouvelle histoire de la Commune de Paris 1871, Jean-Louis Robert, éd. L’arbre bleu.

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