« C’est le soir. Sous la tente, pleine de silence et de rêve, Bismarck, un doigt sur la carte de France, médite ; de son immense pipe s’échappe un filet bleu. (…) Tiens ! Un gros point noir semble arrêter l’index frétillant. C’est Paris. »

 

Rimbaud, peinture d'Alain Frappier

Ces quelques lignes sont extraites d’un article de Rimbaud intitulé Le rêve de Bismarck publié dans le quotidien Le progrès des Ardennes daté du 25 novembre 1870, en pleine guerre franco-prussienne. Ce texte, signé du pseudonyme de Jean Baudry, vient d’être découvert par hasard chez un bouquiniste de Charleville-Mézières par Patrick Taliercio, un cinéaste venu tourner un documentaire sur la seconde fugue d’Arthur Rimbaud. Pour Jean-Jacques Lefrère, spécialiste de l’écrivain, « ce texte n’est pas un chef-d’œuvre, mais ce n’est pas une découverte mineure. Il est intéressant sur un plan psychologique, puisqu’il montre, dès l’âge de seize ans, la grande souplesse de plume en prose de Rimbaud ». C’est aussi un « article patriotique », signé par le poète, qui un mois plus tôt, fustigeait le « patrouillotisme » des Ardennais, souligne Jacques Lefrère. 

Rimbaud n’a pas participé à la Commune, mais c’est un Communard de cœur comme en témoignent ses poèmes, « l’Orgie parisienne » ou « Paris se repeuple » et « les Mains de Jeanne-Marie ».

Notre association organisera prochainement un voyage à Charleville sur les traces de l’homme aux semelles de vent.

JOHN SUTTON