Dans la lignée de la Commune Insurrectionnelle de Paris de 1792, la Commune de Paris constituée en 1871 fait une large place à tous les étrangers dans ses rangs.

Léo Frankel (1844-1896)Léo Frankel, né le 25 février 1844 à Óbuda (précisément à Újlak) à Budapest en Hongrie, dans une famille juive, a été à la fois délégué au travail, à l'industrie et à l'échange et élu du 13ème arrondissement de Paris.

Socialiste internationaliste, le jeune Léo Frankel, lui, est arrivé à Lyon puis à Paris pour parfaire son apprentissage d’ouvrier bijoutier et milite déjà au sein de la Ière Internationale ou Association Internationale des Travailleurs (AIT). En 1870, avec d’autres dirigeants, il a déjà été arrêté et incarcéré par la police impériale, qui préparant un plébiscite en mai cherche à présenter l’AIT comme une société secrète ourdissant complot. Libéré à l’effondrement de l’Empire, il participe aux réunions du conseil fédéral de l’AIT à Paris.

Le lendemain de la proclamation de la Commune, le 29 mars , il propose « la nomination d’une commission qui serait intermédiaire entre la Commune et le Conseil fédéral »; sa proposition est adoptée à l’unanimité et la Commission siégera à l’Hôtel de Ville et ses membres, toujours révocables par le conseil fédéral, devront rendre compte de leurs travaux à chacune de ses séances.

Affiche de la Commune N° 213 - 27 avril 1871 Commission exécutive de la Commune

Artisan au premier plan de l’œuvre sociale de la Commune, nommé le 20 Avril 1871, il est délégué au Travail et à l’Échange, donc membre de la seconde commission exécutive. Affiche de la Commune N° 212 du 27 avril 1871 de Frankel sur le travail de nuit des boulangersIl produit aussitôt le décret du 20 avril supprimant le travail de nuit pour les ouvriers boulangers — « seul décret véritablement socialiste qui ait été rendu par la Commune à cette date ». Le temps manqua, mais c’est néanmoins à lui principalement que sont dues quelques-unes des mesures sociales, sinon socialistes, prises par la Commune. Notamment le travail de réquisition des ateliers abandonnés par la bourgeoisie en fuite, en mobilisant les chambres syndicales ouvrières pour constituer une commission d’enquête, en constituer l’inventaire et présenter un rapport sur les conditions pratiques de remise en exploitation ces ateliers « par l’association coopérative des travailleurs qui y étaient employés »; il justifiait ainsi ses propositions à la séance du 12 mai de la Commune :

« La Révolution du 18 mars a été faite exclusivement par la classe ouvrière. Si nous ne faisons rien pour cette classe, nous qui avons pour principe l’égalité sociale, je ne vois pas la raison d’être de la Commune. »

Prise de la barricade Saint-Antoine le 25 mai 1871

Deux fois blessé le 25 mai à la barricade de la rue du Faubourg-Saint-Antoine, il échappe à la répression avec Élisabeth Dmitrieff, autre militante Russe de l’Internationale, il est néanmoins condamné en 1872 à la peine de mort, par contumace.

Frankel arrive à Genève en juin d’où il n’est pas extradé, puis gagne Londres. Frankel y est élu au Conseil général de l’AIT et prend part très activement aux travaux de la Conférence de l’Internationale de Londres en septembre 1871, notamment sur l’organisation en parti, intervenant aux côtés de Marx.

La Lanterne, journal politique du 23 septembre 1877Au 5e congrès général de l’Internationale, à La Haye en 1872, Frankel soutint Marx et vota pour l’expulsion de Bakounine des rangs de l’Internationale. En 1875, il doit quitter Londres. En septembre 1877, au congrès international socialiste de Gand, il recherche l’union des forces socialistes, marxistes ou libertaires. En 1878, il participe en Hongrie au congrès fondateur d’un parti ouvrier.

En 1889, il est de retour à Paris où il meurt d'une pneumonie le 29 mars 1896. Il est d’abord inhumé au cimetière du Père-Lachaise[1], sa dépouille sera transférée à Budapest en 1968.

Frankel n’est pas croyant et s’affirme en libre penseur « Ayant vécu libre penseur, je veux mourir de même. Je demande donc qu’aucun et prêtre d’aucune Église n’approche de moi, soit à l’heure où je meurs, soit à mon enterrement, pour «sauver» mon âme. »

La riche monographie[2] qui vient d’être publiée vient à point pour mettre un peu plus en avant cette belle figure.

 

Henri Blotnik

[1] Voir l’applicatif de visite sur téléphone portable https://parcours.commune1871.org

[2] Julien Chuzeville. Léo Frankel, communard sans frontières. Libertalia: Montreuil, 2021. eISBN: 9782377291663