« Qu’est-ce donc que la Commune, ce sphinx qui tarabuste si fort l’entendement bourgeois ? » K. MARX

Le 4 juin 1871 des salves abattaient les Communards condamnés à la chaîne par les conseils de guerre siégeant au Palais du Luxembourg avant de les enterrer dans des fosses communes qui n’ont peut-être pas toutes été retrouvées.

Le 4 juin 2003 des gardes républicains rendaient les honneurs quand le président du Sénat assisté d’une vice-présidente dévoilait la plaque à la mémoire des fusillés tandis que retentissait la sonnerie « Aux Morts ».

Plaque commémorant les exécutions sommaires de communards qui ont eu lieu dans le jardin du Luxembourg durant la Semaine sanglante fin mai 1871.

Ceux des Amis de la Commune qui avaient pu se libérer avaient les larmes aux yeux.

Difficile en ces lieux de ne pas penser à Rigault, à Tony Moilin, à Millière sur les marches du Panthéon, à tous les anonymes traînés dans la boue, à toutes les femmes calomniées, à Varlin assassiné.

Les extraits ci-dessous du discours de M. le Président du Sénat montreront plus que tout commentaire le chemin parcouru :

« Oui, aujourd’hui, par la pose de cette plaque à la mémoire des insurgés de la Commune, le Sénat, la Nation assemblée, réintègrent symboliquement dans le corps, dans le bloc de l’histoire nationale et de notre conscience républicaine les insurgés de la Commune, victimes de dénis multiples et nombreux dans leurs sanglants sacrifices.

C’est la République elle-même triomphante, République, certes conservatrice ou opportuniste, qui cherche à oublier le meurtre rituel qui est à ses origines, la manière dont elle s’est imposée dans le chaos de la défaite de Sedan. Curieux oubli, par les plus hautes figures de la République, de cet épisode sombre et sanglant, de cette « Curée froide » où la République fut, avant tout la défense de l’ordre.

C’est la droite qui vomit ce désordre, qui exprime sa peur du peuple, qui exprime la peur des bourgeois effrayés de tout perdre face à cette irruption spontanée du peuple, des classes laborieuses, des classes dangereuses.

Exécutions sommaires de Communards dans les jardins du Luxembourg pendant la Semaine sanglante de la Commune de Paris mai 1871 (Source magazine "L'Illustration" de mai 1871)

C’est une partie de la classe ouvrière derrière Marx qui n’a que peu de considération pour ce soulèvement peu scientifique, mal organisé, si spontané, si éloigné de la révolution théorique, aussi éloigné que les spartakistes pouvaient l’être des bolcheviks. Une sorte de mépris des professionnels pour les amateurs. Et pourtant, l’esprit de responsabilité des Communards est frappant : organisation des hôpitaux, des secours, vote des lois sociales, au point que certains effectivement ont pu penser que c’était la pureté de leurs intentions et une forme de naïveté, un manque de goût à faire couler le sang et à abattre les structures de production qui ont perdu les insurgés. Pauvre peuple de Paris, humilié, outragé et oublié dans son sacrifice sanglant.

Et pourtant, en ces jours, les insurgés de la Commune de Paris étaient la France.

Les insurgés de la Commune faisaient peur. D’une certaine manière, ils étaient le désordre et l’anarchie, les adversaires de la République de Thiers qui finalement donnera naissance à la Troisième République et fondera durablement la forme républicaine du gouvernement de notre pays. Mais, en même temps sans doute, pas de République sans Commune de Paris. Si le peuple de Paris n’avait pas, avec violence, pris les armes, fait sentir qu’il grondait toujours, qui sait si les partisans de la restauration monarchique ne se seraient pas sentis plus libres et assurés dans leurs projets ? C’est grâce à la Commune de Paris peut-être que Thiers, et d’autres après lui, sont arrivés à la conclusion que la République était le régime qui divisait le moins, le seul contre lequel le peuple dangereux ne se lèverait pas un jour en armes.

Oui, le sacrifice des dizaines de milliers d’insurgés de la Commune, massacrés avec une sauvagerie stupéfiante par leurs compatriotes, oubliés par l’histoire officielle, parfois mal considérés jusque dans les rangs des théoriciens du mouvement ouvrier n’a pas été inutile. Oui le sacrifice des misérables, guidés par des Blanqui ou des Louise Michel qui furent plus des anti-héros que des héros, des perdants sublimes à la postérité fragile, oui, ce sacrifice n’a pas été inutile.

Les insurgés de la Commune ont toute leur place dans le bloc de notre histoire nationale. Il est des inachèvements plus riches de promesses que des accomplissements ordinaires. Par ce geste symbolique, le Sénat leur rend aujourd’hui justice. » 

Il était peut-être bon que cela résonne sur le lieu même où tant d’insurgés anonymes furent exécutés.

Ceux dont nous sommes, dans la diversité de nos opinions, aux Amis de la Commune, et qui savent la tâche des Communards inachevée n’oublient pas que la Commune n’est pas morte.

Nicolas