Une République sociale et universelle

Depuis la Révolution française, la République s’est installée périodiquement, une république bourgeoise favorable aux riches, aux propriétaires et aux notables. Ainsi, en juin 1848, ce sont des républicains qui écrasent l’émeute ouvrière dans le sang et ouvrent la voie à la prise de pouvoir par Louis-Napoléon Bonaparte.

Théophile-Alexandre Steinlen, Manifestation populaire, vers 1903, Huile sur toile. © MUba EugÈne Leroy (dépôt du musée d’Orsay), Tourcoing.Le 4 septembre 1870, la proclamation de la République est accueillie avec enthousiasme. Mais, si le peuple est républicain, tous les républicains n’ont pas la même conception de la République. Face à la république des possédants, le peuple parisien revendique une République démocratique et sociale.

Le 18 mars, la volonté du gouvernement de Thiers de désarmer la Garde nationale — le peuple en armes — déclenche l’insurrection du printemps 1871. Face au coup de force gouvernemental, les Parisiens, qui n’en peuvent plus de vivre dans la misère et l’humiliation, laissent libre cours à leur colère. Après l’élection du 28 mars, la Commune de Paris s’engage dans la voie d’une République sociale et universelle. Elle prend des mesures sociales favorables aux classes populaires, promeut l’égalité entre les femmes et les hommes, accorde la citoyenneté aux étrangers.

L’insurrection populaire provoque la frayeur de la classe dominante. Et la Commune va payer très cher son audace dans un véritable bain de sang. Après la Semaine sanglante, la répression versaillaise durera plusieurs années. Il fallait éradiquer la mémoire de la Commune et des communards. Après dix ans d’exil pour les uns, le bagne ou la prison pour les autres, malgré un retour très difficile, sans travail souvent, les communards ont repris la lutte pour que renaisse le mouvement ouvrier et que puisse s’enraciner la République. Mais il faudra du temps pour qu’elle soit plus démocratique, laïque, qu’elle s’ouvre au droit du travail. Les luttes sociales de 1936, de la Libération, ont prolongé l’esprit de la Commune.

Aujourd’hui, si la République est toujours là, elle est de moins en moins sociale et de moins en moins soucieuse d’égalité. La démocratie est fragilisée par nos gouvernants, les pouvoirs se concentrent dangereusement, les citoyens et les citoyennes se détournent du vote, tandis que l’extrême droite avance ses pions.

Si nous voulons que vive la République et qu’elle soit au service du plus grand nombre, l’exemple de la Commune doit nous inspirer. Elle a su, dans les conditions de son époque, prendre des mesures pour le peuple. C’est en retrouvant l’esprit de la Commune que nous parviendrons à mettre en œuvre tous les moyens pour que vive la République sociale.

 

FRANÇOISE BAZIRE