Nos présidents ont reçu un courrier du Cabinet de la Ministre déléguée auprès de la Ministre des Armées, actant notre demande de pose de plaque rendant justice au «Fusillés de Vincennes».

Pour mémoire, ce dossier des «Fusillés de Vincennes» exécutés à la fin de la Commune a été récemment développé et documenté dans notre bulletin trimestriel n°82 (pages 12 - 16).

Ce courrier va nous permettre de relancer ce dossier dont nous rappelons brièvement les éléments connus.

Tout commence par une plaque posée en 1946 dans les fossés du Château de Vincennes…

 Plaque des 3 Communards fusillés le 30 mai 1871

Nous savions grâce aux différentes pistes connues dès 2009, que les noms mentionnés sur ce marbre étaient erronés à la lueur notamment :

  • Des questions sur la chute du Fort de Vincennes à la fin de la Commune, des courriers, courriels, adressés par nos adhérents s’interrogeant sur l’absence de mention des communards fusillés sur place en mai 1871.
  • Des articles sur la reddition des militaires occupants le Fort.
  • La relation qu’en fait Prosper-Olivier Lissagaray dans son «Histoire de la Commune de 1871» mentionnant les fédérés Merlet, Bayard, Delorme, Faltot.
  • Au Service historique de la Défense (SHD), sous les archives série Ly 7, il est précisé que «La Commune envoya le 4 avril au Fort de Vincennes des troupes fédérées tirées du IIe arrondissement».
  • Le fort est resté par sa situation en dehors de l’action. Il fut un des derniers monuments à arborer le drapeau de la Commune. Le 29 mai 1871, le commandant du fort, Nicolas Faltot et ses 344 hommes de la garde nationale se rendent au général Vinoy. Tous sont faits prisonniers. Dans la nuit du 29 au 30 mai, un tribunal militaire désigne et condamne à mort 9 responsables.
  • L’existence d’une plaque dans les fossés du fort de Vincennes qui ne mentionne que trois noms.

Vont s’ensuivre de nombreuses recherches et pistes souvent vaines, auprès de la ville de Vincennes, de la Conservatrice du cimetière de Vincennes, auprès des autorités du château de Vincennes, des Archives de Paris et de celles du Service Historique de la Défense(SHD), sans oublier la consultation des archives de la Garde Nationale aux Archives de Paris, pour finir par la découverte au musée d’Histoire Vivante de Montreuil, de la liste manuscrite d’un auteur inconnu, donnant 10 noms de personnes fusillées au château de Vincennes.

Cette liste s’avère différente de celle de la plaque existante, de celle établie par le SHD en 1970 et de celle confiée à notre association par M. Jollin, descendant du colonel Faltot.

Il faut préciser qu’au SHD ne sont conservés que les dossiers de jugement des Conseils de Guerre. Nos fusillés sont donc passés par un tribunal Militaire.

En 2017, heureux rebondissement : Jean-Louis Robert découvre par le plus pur des hasards, lors de recherches personnelles aux Archives de la Préfecture de Police, le procès-verbal d’exécution des 9 fusillés du fort de Vincennes. Il en avise la coordination.

A l’aide de la cote d’archives communiquée par Jean-Louis, nous photographions les précieux documents. Ce procès-verbal nous livre enfin la liste des fusillés:

Munis de ces nouveaux éléments, nous écrivons à la Mairie de Paris, aux ministères, aux édiles, aux administrations, tout en devant composer avec la neutralisation de la vie politique à l’approche d’élections.

Les délais de réponse sont très longs et les démarches systématiquement à réitérer en cas de changement d’interlocuteur, de maire, de député, de président, etc.

Suite au courrier adressé au ministère de la Défense, pour solliciter la pose d’une plaque sur le fort de Vincennes ou à proximité, celui-ci nous nous invite à transmettre le dossier à la Direction de la mémoire du patrimoine et des archives. Contactée à son tour, cette direction nous renvoie vers le secrétariat des Anciens Combattants et vers le ministère de la Culture.

Nouvelle déconvenue, le ministère des anciens combattants est supprimé. Il nous faut à présent écrire à Mme Darrieussecq, nouvelle secrétaire d’état auprès de la Ministre de la Défense. Aucune réponse…

Ne baissant pas les bras, nous rencontrons une élue de Vincennes, puis par son intermédiaire, le député de la circonscription M. Gouffier-Cha.

Le député travaillant en commission avec Mme Darrieussecq, s’engage à lui en parler ! La magie opère et la Secrétaire d’Etat nous répond en nous livrant une surprenante réponse : «son ministère ne traite que des conflits avec l’étranger».

La Commune relevant d’une guerre civile, elle nous demande de nous rapprocher dans ce cas du Ministère de la Culture et du Patrimoine.

Fossé Sud du fort de Vincennes où furent fusillés 9 Communards le 30 mai 1871 à 3 h 30 du matin 

Nous prenons acte de son conseil et lui demandons néanmoins par courrier d’accepter le principe, le moment venu, de la pose d’une plaque à Vincennes, sur un terrain militaire dépendant de sa juridiction. Aucune réponse…

Quant à la ville de Vincennes, en permettant la pose de cette plaque, elle pourrait lors de ses promenades mémorielles s’enrichir d’un épisode méconnu de son histoire.

Bref, le feuilleton était supposé continuer…

Survient ce courrier inespéré du Cabinet de la Ministre déléguée auprès de la Ministre des Armées daté du 5 novembre, actant notre demande de pose de plaque rendant justice au «Fusillés de Vincennes».

Ce courrier constate que la plaque posée en 1946 est incomplète et erronée. Ce courrier est accompagné d’une fiche historique qui rappelle le contexte -manifestement avec un regard de l’époque- de ce tragique évènement.

Cependant cette fiche ne précise pas l’identité civile ou militaire des fusillés et ignore manifestement l’existence du procès verbal d’exécution de ces militaires.

Ces nouvelles données nuanceront les connaissances actuelles du Service Historique de la Défense.

Nous leurs livrerons ce document incontestable le moment venu…

Le Cabinet de la Ministre nous demande de prendre RDV auprès de Mme la Maire de Vincennes pour l’éventuelle pose d’une plaque, ainsi qu’auprès du ministère de la Culture, dont dépend la protection des monuments historiques.

Dès que les conditions sanitaires, liées à la Covid-19 le permettront, nous prendrons les rendez-vous qui s’imposent.

La Commission Patrimoine - Décembre 2020