J’avais acquis cet insigne commémoratif il y a quelques années à l’occasion d’un Salon consacré aux objets anciens, qui s’était tenu place de la Bastille, à Paris. Selon le vendeur, il provenait d’une collection dispersée dans le cadre d’une succession, les autres objets exposés étant des insignes royalistes ou bonapartistes. Celui-ci est un passant de foulard. Les ouvriers et les artisans avaient en effet coutume, pendant une grande partie du 19e siècle, de porter un foulard par-dessus leur blouse. Ce passant a été confectionné à partir d’un morceau d’os évidé.

Il présente certains des attributs de la Deuxième République, inspirés en partie de la franc-maçonnerie : l’équerre, le fil à plomb, le tout couronné du bonnet phrygien. Mais la mention « Juin 1848 » montre aussi à quel point le souvenir des sanglantes Journées des 23 au 26 Juin avait créé un véritable traumatisme dans la classe ouvrière. Le port de l’insigne dans les années qui suivent est donc un acte militant : on n’oublie rien. Des rescapés des Journées de Juin participeront à la Semaine sanglante, tant il existe une continuité revendiquée entre 1848 et 1871. L’objectif reste alors encore et toujours l’instauration d’une République démocratique et sociale véritable, combattue par les versaillais de 1871 : on connaît l’épisode emblématique dans lequel le général de Galliffet fait sortir des rangs des prisonniers les fédérés les plus âgés parce qu’il les soupçonne d’avoir déjà participé au soulèvement de juin 1848. Il les fait fusiller sur-le-champ.

HL

Insigne commémoratif des journées de juin 1848