Création du comité central

En février, les délégués des 200 bataillons de la Garde Nationale décident de créer un Comité central de la Garde nationale pour coordonner l’action des 20 légions d’arrondissements. Ils chargent une commission provisoire d’en élaborer les statuts.

Ci-dessous une lettre (trouvée aux archives des Bouches-du-Rhône par Chantal Champet)  d'un Parisien ami de Benoit Malon et les autres, datée du 6 mars 1871 . Dans ces deux pages, il se réjouit de la réorganisation de Garde Nationale , parle de la mise sous surveillance des canons par les Parisiens, et témoigne indirectement de la circulation de l'information (lettres de Cuzeret à Gambetta et autres) parmi les sympatisants ainsi que du sentiment ressenti d'hostilité de la province envers Paris. Cette lettre a été saisie chez un ancien Communard à Nice.  (cliquer sur les images pour lire)

Lettre du 6 mars 1871 page 1       Lettre du 6 mars 1871 page 2

Le 3 mars, une nouvelle assemblée générale élit un Comité exécutif provisoire de 32 membres (des membres de la commission exécutive provisoire, des délégués du Comité central républicain des Vingt arrondissements et 3 observateurs de l'Association internationale des travailleurs).

Ce Comité s’installe rue Saint-Maur, mais se transportera le 6 mars place de la Corderie, où il siégera désormais au voisinage de la Chambre fédérale des Sociétés ouvrières et de l’Internationale.

Le 4 mars, face à la provocation que constitue la nomination par le gouvernement d'Adolphe Thiers, d'Aurelle de Paladines comme commandant en chef de la Garde nationale, le Comité exécutif provisoire publie une proclamation :

"Le Comité central de la Garde nationale, nommé dans une assemblée générale de délégués représentant plus de 200 bataillons, a pour mission de constituer la Fédération républicaine de la Garde nationale, afin qu’elle soit organisée de manière à protéger le pays mieux que n’ont pu le faire jusqu’alors les armées permanentes, et à défendre, par tous les moyens possibles, la République menacée. Le Comité central n’est plus un comité anonyme, il est la réunion des mandataires d’hommes libres qui connaissent leurs devoirs, affirment leurs droits …"

Affiche du 4 mars 1871 - Constitution de la Fédération Républicaine de la Garde nationale

L'agitation se répand dans Paris et le 9 mars, les 7e, 8e et 16e bataillons de la Garde mobile se mutinent.

Le 10 mars, l’Assemblée Nationale depuis Bordeaux annonce la suppression de la solde journalière attribuée aux gardes nationaux (les 30 sous).

Combien de familles des faubourgs vivent uniquement de la solde de garde national du mari ou du fils ? Après Bismarck, voilà que Thiers affame le peuple de Paris !

Ce même jour, nouvelle assemblée générale au Vauxhall. Sont approuvés les statuts définitifs de la fédération républicaine de la Garde Nationale, présentés le 3 mars devant plus de 1 000 délégués.

Eugène Varlin (1839-1871)Nouvelle proclamation, dont les termes sont plus tranchants : "Plus d’armées permanentes, mais la nation tout entière armée ... Plus d’oppression, d’esclavage ou de dictature d’aucune sorte, mais la nation souveraine, mais les citoyens libres, se gouvernant à leur gré." En même temps, un appel est lancé à l’armée régulière pour l’inviter à fraterniser, cependant qu’au cours de la même réunion les délégués dénient toute autorité au général Aurelle de Paladines, tandis qu’ils pressent le Comité de "provoquer dans le plus bref délai la mise à exécution et le fonctionnement des statuts, de manière à ce que, sortant du provisoire, la Fédération soit enfin constituée d’après le principe tutélaire du suffrage universel."

Eugène Varlin, ouvrier relieur et membre de l’Association Internationale des travailleurs, propose l’élection du Comité Central.

Nous n’avons de république que le nom, pour etre en république, il faut nécessairement que le vote soit souverain. (…) L’assemblée déclare qu’elle entend revendiquer le droit absolu de nommer tous ses chefs et de les révoquer dès qu’il ont perdu la confiance de ceux qui les ont élus.

                                                                                                                     Eugène Varlin

Cette motion est adoptée à l’unanimité.


« Nous ne voulons plus d’aliénations, plus de monarchies, plus de ces exploiteurs ni oppresseurs de toutes sortes. (…) Vive la République ! »

Affiche du 10 mars 1871 - La Garde nationale à l'armée

ELECTION DU COMITÉ CENTRAL LE 15 MARS

Le 15 mars, toujours au Vauxhall, une nouvelle assemblée des délégués de la Garde nationale se réunit. Il y a là 1 325 délégués représentant 215 bataillons.

C'est la 4ème assemblée générale de la fédération républicaine, tenue depuis le 24 février. Dans son rapport Arnold annonce « l'acte le plus Important de la période écoulée nous voulons parler de la fusion faite entre le Comité fédéral républicain et le Comité central pour ne former qu'une seule et même Fédération ». (Le Comité fédéral républicain est une « association qui affichait en quelque sorte le même programme que nous », dixit Arnold dans son rapport du 10 mars).

Il proclame ensuite les noms des nouveaux élus au Comité central. Ce sont les membres, proclamés ce jour-là, qui feront le 18 mars.

Est également élu comme général en chef Garibaldi - qui devrait ainsi prendre la place du général Aurelle de Paladines imposé par le Gouvernement, mais qui refusera.

Extraits du rapport :

« Conformément à ses précédents, le comité central provisoire vient vous rendre compte des actes accomplis pendant la dernière période …

Le chiffre des compagnies représentées s'élève actuellement à mille trois cent vingt cinq délégués, ce qui ne laisse pas que de prouver I'extension rapide de la Fédération. Votre comité s'est ensuite entre la plupart de ses divers membres, partagé les divers arrondissements, pour les aider à se grouper et à se constituer en cercles de bataillons et conseils de légion, et obtenir ainsi par le suffrage, la nomination des délégués au comité central. C'est le résultat de ce travail qui nous permettra de proclamer tout-à-l'heure, ici, les noms des citoyens appelés à constituer le nouveau comité central. Il est d'autant plus utile que le principe de l'élection par arrondissement soit maintenu intact, que l'expérience prouve que certain nombre de citoyens qui paraissant accepter, à L’acclamation de leurs noms, le mandat que leur confit une assemblée, négligent ensuite leurs engagements ou se retirent immédiatement.

C'est à ce point de vue que notre commission vous signale comme démissionnaires, les citoyens Dutel, Pleonel, Audoynaud, Weber, Ramier. A coté de ces noms, votre comité a joint ceux des citoyens Ostyn, Prudhomme, Alaroine ot Chauvière, qui n'ont pour ainsi dire point pris part aux travaux nombreux du comité ... ».

Le Tivoli Vauxhall en 1898 (Journal Illustré du 30 janvier 1898 - musée de Bretagne )

Après avoir donné la situation financière Arnold poursuit :

« Il reste maintenant, citoyens, à proclamer. les noms des citoyens élus dans leurs arrondissements pour former le Comité central. Tous les arrondissements ne sont pas représentés, mais c'est au nouveau comité qu'il appartient de se compléter par rappel fait aux retardataires pour obtenir la représentation complète des 22 arrondissements. Quelques uns d'entre eux ont fixé leur élection pour un jour prochain. Citoyens, il est temps que nous rentrions dans notre légalité à nous, c'est-à-dire dans le fonctionnement unique et absolu du suffrage, tel que l'ont établi les statuts. Le contrôle permanent des compagnies, des cercles de bataillons, des conseils de légions sur leurs délégués au Comité central, en même temps que le choix dont ils sont honorés seront de sûrs garants que les mandats confiés seront bien remplis. Parmi les noms qui vont être proclamés, vous remarquerez peut-être l’absence de certains d'entre nous qui n'ont été ni démissionnaires, ni attachés à des commissions spéciales. Ils n'ont pu se porter dans leurs arrondissements pour y faire la propagande nécessaire et prendre part aux élections, mais leur patriotisme vous convaincra qu'ils continueront a apporter à la Fédération leur dévouement et leur utile concours ».

Les ouvriers forment le groupe le plus important. L’AIT (qui ne disposait que de 3 observateurs dans le premier Comité central) s’engage résolument dans le mouvement. Ainsi, parmi les 34 élus on dénombre au moins 12 membres de l’Internationale avec ses diverses composantes, anarchiste, blanquiste, socialiste, Franc-maçon.

Désormais, les gardes nationaux sont des Fédérés ; ils ne reconnaissent d’autre autorité que celle du Comité central qu’ils viennent d’élire et ils se fixent pour but l’instauration d’une "République démocratique et sociale."

Pour connaître les origines de la Garde Nationale le lien La Garde Nationale 

 

Sources :

Louise Michel et Prosper-Olivier Lissagaray

Enquête parlementaire sur l’insurrection du 18 mars – Tome III – Pièces justificatives

Le Maitron