Un Enterrement à Ornans (1849-1850) marque la naissance de la peinture moderne en raison du thème humaniste et social, et l’abandon de toute évocation mythologique ou historique. La technique est révolutionnaire car Courbet introduit la profondeur par l’ombre, puis met de la lumière pour les faire apparaître.

 

Un Enterrement à Ornans (1849-1850)

L’Origine du monde (1866)L’Origine du monde (1866) crée un double mouvement en dehors de l’évocation du corps intime de la femme : le corps absorbe et repousse l’œil du spectateur en faisant éprouver la profondeur visuelle. Courbet abolit toute idéologie dans sa création en travaillant au niveau de la sensibilité rétinienne et tactile. Sans jamais théoriser, ni «psychologiser», il supprime les distances, redistribue le regard entre le peintre, son modèle et le spectateur placé en position de voyeur. Cette position triangulaire et transversale s’inscrit symboliquement en opposition avec le discours du maître représenté par l’érectilité de la colonne Vendôme où le chef, au sommet de la verticalité, n’entend, ne voit rien, sinon l’image de sa gloire personnelle dans un champ infini de pertes humaines.

La Femme au perroquet (1866)

La Femme au perroquet (1866). Courbet se joue d’une nudité idéalisée et justifiée par le prétexte historique ou mythologique. Plaçant sa composition sur le thème de la Vénus allongée, le perroquet, animal chatoyant, représente le cygne mêlé d’exotisme et d’érotisme. Sans contexte orientaliste et pompier, la scène devient parisienne et réaliste, et la réalité devient fantasmatique autour du nu. Il y a dans les échanges sensoriels correspondants : la chair et le linge, les plumes et les cheveux, le dérèglement raisonné des sens si cher à Rimbaud. Le fouriériste François Sabatier écrit : «L’heure n’est plus à peindre les nantis, l’avenir est à l’art social». Courbet représente sans hiérarchie, casseurs de pierres, bedeaux, curés, paysans, enfants de choeur, et en associant les différents secrets de la vie affective : la tristesse et la joie. Ni imitateur, ni photographe, Courbet invente un nouveau rapport au réel : la condition ouvrière, en particulier, et il inaugure de façon radicale le statut d’un témoin de son époque sans anecdotisme.

La Vague (1870)

Dans La Vague (1870), Courbet juxtapose deux techniques différentes, voire opposées. Les pinceaux pour lisser le ciel et les nuages, la spatule pour épaissir la mer, l’écume et les galets ; par cette méthode, le peintre suggère la couleur du sable et, d’autre part, ménage des «absences » : la matière sous-jacente à la surface (par métaphore la sève sous l’écorce, la chair sous la peau, la tranche sous la croûte…). Haï par les officiels de l’ordre et leurs affidés pliés sous le poids de la domesticité, Courbet sera détruit en 1877 à 58 ans après avoir déclaré : «J’ai été pillé, diffamé, traîné dans les rues de Versailles, agoni de sottises et d’injures, j’ai croupi dans les prisons…»

Gustave Courbet anima la fédération des artistes durant la Commune pour organiser eux-mêmes leur activité à la place des autorités de tutelle qui favorisaient les artistes inféodés au pouvoir officiel.

PHILIPPE LEPAULARD