En 1871, quand éclate la Commune, le futur compositeur a neuf ans. Peu d’instruction traditionnelle : il va à peine à l’école. Ses parents, Clémentine et Manuel-Achille, ont fait faillite après avoir tenu un modeste commerce de céramiques et poteries. Devenu chômeur, le père prend un emploi d’ouvrier dans l’imprimerie Dupont qui débauche à son tour.

Il accepte un poste au Service des vivres de la Mairie du Ier arrondissement de Paris. La mère se réfugie à Cannes avec ses enfants, dont Claude. Elle est enceinte d’un quatrième qui naîtra chez sa tante paternelle Clémentine De Bussy (1) laquelle jouera un rôle essentiel dans la vie de son neveu, Claude.

A Paris, la Commune éclate et Manuel-Achille s’engage dans la Garde nationale. Promu capitaine puis dirigeant d’un bataillon, il se fait arrêter le 22 mai par les troupes de Mac-Mahon.

Interrogatoires puis procès près le Conseil de Guerre : quatre ans de prison, suspension de ses droits civiques et familiaux.

La mère et les quatre enfants regagnent Paris, mais tout est changé. Il semblerait que Clémentine et son compagnon, courtier en peinture, soient devenus alors des soutiens solides pour Claude Debussy et les siens dans cette situation familiale et économique difficile.

Claude Debussy (1862-1918)

En prison, le père a rencontré un autre communard, musicien autodidacte et chef d’orchestre. Passionné par Bach, Chopin et Wagner, il conseille le père, lequel, grâce à sa sœur toujours, fait prendre des cours de composition et de piano à l’enfant par une pianiste, Antoinette-Flore Mauté qui n’est autre — si peu !— que la belle-mère de Paul Verlaine !

Doué pour le moins, atypique certes, celui qui voulait être peintre va devenir musicien en prenant la voie royale : Conservatoire de musique de Paris dès 1872, contacts avec de nombreux artistes. Voyages en Russie, en Autriche, en Italie… puis la consécration suprême : Grand prix de Rome !

Les amis sont tout aussi prestigieux : Nijinski, Mallarmé, Satie, Louÿs…

Nous ne parlerons pas de son oeuvre, ce serait un tout autre sujet. Mais tout laisse à penser que dans la volonté de rompre avec les traditions musicales de son époque, il y ait toujours eu chez ce fils de communard, resté proche des siens, un sang bouillant, appelant des changements radicaux tant dans la musique que dans la société.

Nicole Rica et Jacques Kerzanet

(1) Les De Bussy n’étaient nullement nobles mais petits agriculteurs et vignerons d’origine bourguignonne de Bussy-le-Grand près de Dijon. Dans les années 1860, ils transformèrent leur nom en Debussy.

Sources : Le Robert, Dictionnaire universel des noms propres ; Histoire de la Musique sous la direction de Brigitte et Jean Massin ; internet, famille Debussy