Une photographie inédite d’Arthur Rimbaud, âgé d’une trentaine d’années, prise à l’hôtel de l’Univers à Aden (Yemen) dans les années 1880, a été vendue le 15 avril 2010 au Salon du livre ancien à Paris. Elle avait été dénichée par deux libraires dans une brocante.


Rimbaud, la photo retrouvée

« L’endroit où nous l’avons acquise et son prix importent peu. L’extraordinaire, c’est que c’est un peu le chaînon manquant entre la célèbre photo du poète de dix-sept ans d’Etienne Carjat et quatre autoportraits, réalisés dans des conditions très mauvaises, avant sa mort en 1891 », explique Jacques Desse, un des libraires à l’origine de la découverte. Pour authentifier le cliché, ils ont fait appel à Jean-Jacques Lefrère, spécialiste de Rimbaud et auteur d’une correspondance posthume sur le poète (1). Des recherches ont été effectuées sur l’entourage de Rimbaud pendant son exil à Aden et Harar (Ethiopie) où il arrive fin 1880 pour gérer un comptoir de commerce de café, d’ivoire et d’or. Autour de lui, figure notamment « Jules Suel, propriétaire de l’hôtel de l’Univers, en costume à carreaux, qui a cofinancé l’expédition de Rimbaud en 1886, entre Tajoura, sur la mer Rouge, et le royaume de Menelik, qui deviendra Négus, roi d’Ethiopie, un an plus tard », précise Jean-Jacques Lefrère.

Rimbaud par Carjat       Rimbaud à Aden

« C’était une folle aventure — la caravane d’armes précédente ayant été massacrée — et une terrible épreuve physique, à dos de chameau… », ajoute-t-il. L’auteur de Voyelles mourra le 10 novembre 1891 à l’hôpital de la Conception à Marseille, après avoir été amputé en raison d’une tumeur au genou droit. Grâce à un travail minutieux consistant notamment à vieillir la photo de Carjat, prise en octobre 1871, et à analyser l’implantation des cheveux de Rimbaud, le cliché a pu être authentifié. Ce visage de notable moustachu vient désormais se substituer à celui du poète, moins sérieux quand il avait dix-sept ans. On peut lui préférer le jeune Rimbaud, ce moussaillon, qui nous embarquait sur son bateau ivre et nous faisait descendre dans un trou de verdure où chante une rivière, rejoindre Jeanne-Marie à travers Paris insurgé

JOHN SUTTON


(1) J.J. Lefrère, Sur Arthur Rimbaud, correspondance posthume
1891-1900, éd. Fayard (2010)