CES ARTISTES COMMUNARDS QUI VONT S’ÉPANOUIR À L’ÉTRANGER ET Y RÉUSSIR MIEUX QU’EN FRANCE (2)

Il fut l’élève et l’ami de Jean-Baptiste Corot, au point même qu’il aurait collaboré avec Corot sur la toile Diane se baignant (1) et qu’il travailla très longtemps dans son atelier.

Son style et ses thèmes sont très proches de ceux de son maître. Corot lui demanda de le remplacer comme professeur de Berthe Morisot et de sa sœur Edma pendant deux ans. Oudinot prédit à madame Morisot « un avenir exceptionnel » pour ses filles. En 1856 il passe quelque temps auprès des peintres de Barbizon, mais c’est à Auvers-sur-Oise qu’il va être très présent.

Achille Oudinot (1820-1891) par Carjat. © CCRMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé LewandowskiEn effet, son ami le peintre Charles-François Daubigny a acheté un terrain dans ce village et a sollicité Oudinot pour dessiner les plans de sa maison-atelier et surveiller les devis et les travaux. La maison est achevée en 1861 et, dans les années qui suivent, Daubigny va inviter ses amis, Corot, Daumier, Oudinot, à venir y séjourner et à peindre. Les jours pluvieux, c’est l’atelier et d’autres pièces qu’ils vont décorer. Oudinot conçoit la cheminée construite en bois et les dessus de porte. Pendant ces années, il participe régulièrement aux Salons, de 1859 à 1876. Conjointement, il exerce le métier d’architecte en collaboration avec l’architecte Paul Lebart, qui l’avait formé, avant d’en faire son collaborateur. Lebart, qui a remarqué le talent d’Oudinot pour le dessin, lui confie la réalisation des décors intérieurs et des ornements sculpturaux des façades. À titre personnel, il a travaillé au décor de l’escalier Lefuel du Louvre de Napoléon III, aux façades du Grand Cerf à Alençon, de l’Hôtel de ville de Sées (Orne) et de la mairie de Nogent-le-Rotrou ; leur dernière collaboration est le presbytère de Mamers (Sarthe), à la façade de style palladien, construit de 1852-1857 et qui est aujourd’hui menacé de destruction. (2)

Dusk (The Fisherman), Rozelle House Galleries. Photo © South Ayrshire Council

Lorsque la Commune est proclamée, la Fédération des artistes se constitue et, lors d’une deuxième réunion, le 17 avril, au Louvre, en présence de 290 artistes, une commission fédérale de 47 membres est élue à bulletins secrets. Oudinot est choisi en tant qu’architecte. Il reçoit aussi la responsabilité d’administrateur des musées du Louvre avec, comme adjoints, Héreau et Dalou. Maxime du Camp, auteur très anti-communard des Convulsions de Paris, qui s’acharna contre Jules Héreau (voir n°76), porte un jugement plus indulgent sur Oudinot : « Oudinot n’était pas l’homme qui convenait à la Commune ; il était, non pas bienveillant, mais respectueux envers les conservateurs et les avait secrètement prévenus, le vendredi 19 mai qu’un mandat d’arrêt collectif signé contre eux, serait probablement mis à exécution le 22. » Le témoignage de cet auteur serait à vérifier.

Il semble néanmoins qu’après la Commune, Oudinot n’a pas été inquiété puisqu’il participe aux Salons jusqu’en 1876 (bien que le dictionnaire des francs-maçons de la Commune écrive « qu’il se réfugia aux USA, condamné par contumace à la déportation »). Ce qui semble plus vraisemblable, comme pour de nombreux artistes communards, c’est qu’il a été victime, après la Commune, d’un ostracisme de l’État et des notables, qui arrêtent de passer des marchés, qu’il a perdu sa clientèle et qu’il s’est retrouvé sans revenus, endetté et désespéré.

Il émigre aux USA, laissant en France son épouse et sa fille Marthe qui, sans ressources, vont prendre la charge du bureau de poste de Montmorency dans le Val-d’Oise. (3)

 Oudinot : Cattle in the sunlight meadow

LA CARRIÈRE AMÉRICAINE

Il s’installe à Boston, où il ouvre une école de peinture pour satisfaire sa clientèle américaine, faite à la fois d’amateurs et de peintres amoureux de la peinture française. Parmi ses élèves, on peut citer Walter Lofthouse Dean (1854-1912), peintre de paysages marins. Le succès de son atelier est spectaculaire, s’appuyant sur ses interventions dans la presse. Dans un entretien au New York Times du 8 juillet 1883, il déclare : « L’étude du paysage, quand elle est sincère, est la source des plus grandes vertus. » et « un homme qui aime vraiment la nature ne peut être qu’un honnête homme. » Ses dix années aux USA sont aussi une période fructueuse pour sa peinture, qui se vend très bien. Il expose au Boston Art Club en 1882 et 1884. Aujourd’hui, presque toutes les peintures d’Achille Oudinot se trouvent sur le marché américain et il est plus connu dans ce pays qu’en France. (4)

Ancien presbytère de Mamers, construit entre 1852 et 1857

Parallèlement à la peinture, il s’est associé à son frère Eugène-Stanislas Oudinot (1827- 1895), peintre et maître verrier, qui est arrivé aux USA en 1882, pour satisfaire aux commandes de l’architecte Richard Morris Hunt, qui fut le premier architecte américain venu à Paris suivre les cours de l’École des Beaux-Arts, vieil ami des frères Oudinot, qu’il avait rencontrés sur les chantiers Louvre-Rivoli dans les années 1850. Les frères Oudinot vont travailler pour lui sur de nombreux chantiers, à la fois publics et privés (Trinity Church de Boston, le manoir Marquand de New York, etc.). Achille Oudinot revient en France en 1886 et meurt en 1891.

PAUL LIDSKY

(1) Tableau du musée Thyssen-Bornemisza de Madrid.

(2) Voir le livre de Jean-David Desforges et Frédéric Pourpry, Sauvetage de l’ancien presbytère de Mamers, 2019, seule étude précieuse et approfondie sur Achille Oudinot et à laquelle nous avons beaucoup eu recours ; elle est accessible sur internet.

(3) Sa fille Marthe (1850-1926), femme de lettres, épousera peu après le romancier Hector Malot.

(4) En France, on trouve ses tableaux seulement dans les musées d’Alençon (Orne), de Draguignan (Var), et de Saint Omer (Pas-de-Calais).