UN ITINÉRAIRE MILITANT ET AVENTUREUX
Jules Montels naît le 25 mars 1843 à Gignac (Hérault) dans la petite bourgeoisie d’État. Après des études classiques et littéraires à Béziers, il est militaire sous le Second Empire en Algérie et au Mexique, puis militant républicain dans l’Hérault et à Paris.

MILITANT ACTIVISTE, DU SECOND EMPIRE À LA COMMUNE
Lors du premier siège, il est capitaine dans la 8e compagnie du 73e bataillon de la Garde nationale ; il participe aux journées révolutionnaires du 8 octobre, puis du 31 octobre 1870. Il est membre du Comité central républicain des vingt arrondissements et il signe l’Affiche rouge du 6 janvier 1871 qui proclame : « Place au peuple ! Place à la Commune ! ». Le 22 janvier 1871, lors de la manifestation à l’Hôtel de Ville, Montels est à la tête d’une délégation reçue à la mairie, puis il participe à la fusillade sur l’esplanade, dont il témoignera pour Maxime Vuillaume (1) . Le 18 mars 1871, il est à la tête du 173e bataillon fédéré décisif à Belleville ; il a 28 ans la veille des élections du 26 mars 1871. Délégué de la Commune à Béziers, il échoue à soulever la ville et fuit l’écrasement de la Commune de Narbonne. De retour à Paris, il est colonel commandant de la 12e légion fédérée et il prend deux initiatives : par voie d’affiche, le 14 mai 1871 dans le XIIe , « la création de la 1ère compagnie de Citoyennes volontaires », un bataillon de « femmes héroïques » chargé d’arrêter les réfractaires et la création d’une cour martiale pour ceux qui refusent de marcher.

 

APRÈS LA COMMUNE, L’EXIL EN SUISSE PUIS EN RUSSIE

Fin août 1871, il s’exile en Suisse, il collabore à divers journaux, devient professeur et peintre en bâtiment et il s’intègre parmi les proscrits. Il est condamné par contumace, le 15 mars 1872, par la cour d’assises de l’Aveyron à la déportation dans une enceinte fortifiée puis, le 11 décembre, le 5e conseil de guerre le condamne à la peine de mort. Il poursuit ses activités militantes, à Genève, où il est secrétaire de la section de propagande et d’action révolutionnaire socialiste. Puis, début 1872, il crée à Lausanne une section de réfugiés appartenant à l’Internationale. Il assiste à divers congrès : en septembre 1873 au 6e congrès de l’AIT « antiautoritaire » à Genève, à celui de la Fédération jurassienne à Saint-Imier en août 1877, au 9e congrès général de l’AIT à Verviers en septembre 1877 dont il est l’un des secrétaires, puis au congrès socialiste « universel » de Gand qui échoue à relancer l’AIT (2).

Selon ses propos, il est alors « las des luttes stériles et énervantes de l’exil », et il quitte la Suisse pour la Russie : nouvelle vie dans ce pays pour trois années, de 1878 à 1880, au cours desquelles il est amnistié en 1879. Sous l’identité de Jules Nief, il devient précepteur de trois des fils de Léon Tolstoï. Ayant poursuivi « sa culture en autodidacte dans la proscription helvétique », il est bien intégré et très à l’aise à Iasnaïa Poliana, la grande propriété de Tolstoï. Jules Montels, alias Jules Nef, fait l’unanimité et il sera souvent cité comme « un des tout meilleurs précepteurs qu’ait eu la famille » (3). Dans son récit, Chez le Comte Tolstoï, Montels évoque sa fascination pour Tolstoï, pour la culture, la nature et l’immensité russe. Dans les années 1890, il mentionne cette période comme « trois années de calme absolu qui forment un contraste dans [son] existence aventureuse ».

Jules Montels (1843-1916)

LA TENTATION COLONIALE EN TUNISIE

Après neuf années d’exil et l’amnistie de 1880, il retrouve la France, sa province natale, puis Paris, sans s’y intégrer vraiment et il se fixe en Tunisie en janvier 1882 jusqu’à sa mort en 1916. Négociant en vins en 1882-1883, il fonde Tunis Journal et il suscite des polémiques, devenant à partir de 1885 le « porteparole officieux de la résistance contre Boulanger commandant la division d’occupation ». Celui-ci devenant ministre de la guerre, Montels doit abandonner Tunis Journal ; il devient commissaire-priseur à Sfax et poursuit ses activités militantes.

L’itinéraire de Jules Montels fut donc singulier. Pour Marc César « il est représentatif d’un entredeux militant : entre les plus connus et les anonymes » (4). Dans un manuscrit de 1890 conservé par Lucien Descaves, la Commune est peu présente. Mais en 1912, dans Les pieds dans le plat, sa dernière publication imprimée, Montels évoque un retour à ses convictions anarchistes, concluant par « Ni Dieu ni Maître, Autonomie » et il signe son texte en se référant à la Commune :

« Capitaine au 73e bataillon (siège de Paris), excommandant du 173e bataillon fédéré (Belleville), ex-chef de la 12e légion de la Commune, ex-membre de l’Association internationale des Travailleurs… ».

 

ALINE RAIMBAULT

 

(1) Maxime Vuillaume, Mes Cahiers Rouges. Souvenirs de la Commune, La Découverte, 2011.

(2) Michel Cordillot (coord.), La Commune de Paris 1871, Les acteurs, l’événement, les lieux, Les Éditions de l’Atelier, 2020, p. 911-914.

(3) Marc César, « L’exil russe de Jules Montels », dans Marc César et Laure Godineau, La Commune de 1871, une relecture, Créaphis éditions, 2019, p. 369-384.

(4) Ibid