À la suite d’une conférence sur Le rôle joué par les francs-maçons pendant la Commune, donnée au Grand Duché le 26 novembre 2012, devant des francs-maçons et des amis de la Commune de Paris luxembourgeois, j’ai eu le privilège d’être guidé dans une visite du Luxembourg communard par Henri Wehenkel.
Cet historien, ami de la Commune, est, entre autres, le directeur de la publication réalisée lors de l’exposition Luxembourg-Paris-Luxembourg 1871 (23 novembre 2001 - 24 mars 2002) dont il était le conseiller scientifique.


L’ouvrage m’a passionné et j’en recommande la lecture à tous ceux qui souhaitent participer à notre prochain voyage d’automne au Luxembourg [1].

Il nous apprend que, sous le Second Empire, Paris est la plus grande ville luxembourgeoise du monde, qu’en 1870, les Luxembourgeois sont très nombreux à s’engager dans la Garde nationale et qu’en 1871, beaucoup participent à la Commune, sont condamnés et déportés… Il analyse aussi le développement du mouvement ouvrier au Luxembourg dans les années qui suivent la constitution de la première Internationale en 1864 et celle de sa section luxembourgeoise le 17 septembre 1871.
Dans cet ouvrage dans lequel notre président d’honneur Claude Willard a rédigé un article sur l’actualité de la Commune de Paris, Henri Wehenkel en a consacré un à l’étude du monument funéraire érigé à la mémoire de Martin et de Sordet au cimetière de Pfaffenthal. C’est ce monument, devenu au Luxembourg, depuis 1926, le symbole de la Commune de Paris et l’objet de fréquentes manifestations politiques, qu’il m’a notamment fait visiter.

« Le monument a été érigé hors de l’enceinte du cimetière, en terre non bénite. Sa forme triangulaire, pyramidale évoque les traditions républicaines, laïques, voire franc-maçonnes. […] Depuis 1926 le monument des communards a été au centre des commémorations politiques.
Il est rénové de façon périodique et ne risque donc plus de tomber dans l’oubli. Ce qui pose problème, c’est ce qui s’est passé avant 1926. » [2]

En effet, le monument, tombé dans l’oubli et en très mauvais état de conservation, n’a été retrouvé et restauré qu’en 1926. Rien de certain
n’établit que Martin et Sordet étaient des communards, si ce n’est la tradition orale selon laquelle ils l’étaient et s’étaient enfuis de Paris après la Semaine sanglante.
Le Registre des étrangers qui ont déclaré domicile dans la ville de Luxembourg (1867-1872) mentionne toutefois l’arrivée de François Sordet, 52 ans, tourneur en chaises, marié, né à Alteroy, ainsi que celle de Jules Louis (Audoynaud) considéré par la police luxembourgeoise comme le chef de file de tous les communards exilés. À noter que le Collège des bourgmestres et échevins donne son accord le 14 avril 1874 à une demande qui lui a été adressée un mois auparavant en vue d’un monument que les familles Sordet et Martin veulent élever à leurs parents morts à Luxembourg.

GEORGES BEISSO