Le 12 juillet 1880, le bulletin des lois de la République Française n° 571 publiait la loi 9953 relative à l’amnistie des individus condamnés pour avoir pris part aux événements insurrectionnels de 1870-1871 et aux événements insurrectionnels postérieurs.

Arrivée du premier convoi de rapatriement de communards déportés amnistiés, en gare d’Orléans le 3 septembre 1879. Dessin de D. Vierge Le Monde Illustré (13-09-1879, 23e année, n° 1172, p. 165)Loi d’amnistie certes, mais restrictive car elle ne s’applique qu’aux condamnés ayant fait l’objet d’un décret de grâce avant une date déterminée : le 14 juillet 1880.
Loi d’autant plus restrictive qu’elle exclut les condamnés à mort ou aux travaux forcés pour crime d’incendie ou d’assassinat, n’ayant pas fait l’objet d’une commutation de leur peine, en une peine de déportation, de détention ou de bannissement.
Les morts, les milliers de morts, fusillés, massacrés avec ou sans jugement, n’ont pas droit à l’ amnistie et les malheureux condamnés, désormais amnistiés, qui ont payé leurs frais de justice ne seront pas remboursés. Ultime mesquinerie, les combattants de la Commune n’accèdent pas au statut de citoyens, ils restent des individus condamnés pour avoir pris part à des événements insurrectionnels.
La loi qui venait compléter celle des amnistiés partielles antérieures restait une loi de circonstance arrachée par Léon Gambetta à une Chambre inquiète et à un Sénat vraiment récalcitrant.
Dès la fin de l’après-midi du 12 juillet 1880 les abords de la gare de Lyon à Paris sont envahis par une foule énorme. Tout le Paris révolutionnaire est là, en liesse, célébrant la Commune, pour accueillir le premier proscrit de retour, Henri de Rochefort, qui pour échapper à l’enthousiasme de la foule est obligé de se réfugier jusqu’à une heure tardive, dans un magasin proche.
Mais le véritable retour se situe le 9 novembre 1880. Trois heures avant l’arrivée du train de Dieppe, des milliers de Parisiens sont dans la rue.

Retour de Louise Michel  à l'arrivée du premier convoi de rapatriement de communards déportés amnistiés, en gare d’Orléans le 3 septembre 1879. Dessin de D. Vierge, Le Monde Illustré (13-09-1879, 23e année, n° 1172, p. 165) Louise Michel est de retour. Celle qui refusant une amnistie partielle écrivit en 1879 au Président Jules Grévy :
« Je ne comprends d’autre retour en France que celui qui ramènerait toute la déportation et toute la transportation de la Commune, et n’en accepterai jamais d ’autre ».
Le Préfet Andrieux a placé des barrages de police partout, il sélectionne les gens qui peuvent pénétrer dans la gare. Parmi eux, Louis Blanc, Georges Clemenceau, Clovis Hugues, Henri de Rochefort. Le train entre en gare. Tout le monde veut voir, toucher Louise Michel. La police, fidèle à ses réflexes habituels, en profite pour cogner.
Le train s’arrête. Elle apparaît avec l’air d’une vieille paysanne, usée aux travaux de la terre, toute de noir vêtue, un bouquet d’œillets rouges à son chapeau.
Cris, chants, airs de la Commune mêlés à la Marseillaise, bousculade indescriptible.
Le fiacre qui emmène Louise Michel dans Paris ne peut avancer.
La foule immense ivre de bonheur partout.
La Commune de 1871 est bien là, reconstituée.
Elle est de retour, elle fait sa réapparition au pied de la butte Montmartre.

Henri Berguerand

Dernier article de Henri Berguerand décédé au mois d'avril 2000, écrit pour le Bulletin 09, 2ème trimestre 2000 de notre association.