Dans beaucoup d'histoire de la Commune on peut lire que le matin du 28 mai 1871, les 147 survivants des combats du « Père Lachaise » sont fusillés sans jugement contre un mur du cimetière qui prendra, en leur mémoire, le nom de « Mur des Fédérés ».

Cette version des faits n'est pas rigoureusement exacte. En réalité, à l'aube du 28 mai, une compagnie du 65e de marche reçoit l'ordre de prendre à la prison de Mazas 144 fédérés (1) pour les conduire au « Père Lachaise ». Les prisonniers ne sont pas particulièrement inquiets, ils pensent qu'il s'agit d'un simple transfert de lieu de détention.

Gravure représentant l’exécution des fédérés par les Versaillais au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, le 28 mai 1871. (source l'Humanité)

Escortés par les soldats, baïonnettes aux canons, ils arrivent à environ 7 heures du matin devant l'entrée principale du cimetière, boulevard Ménilmontant. Dans l'allée centrale un officier supérieur attend la compagnie et ses prisonniers. Il leur donne ordre de prendre un chemin à droite pour se rendre dans la partie nord-est du « Père Lachaise ».

A proximité du mur bordant la rue des Rondeaux se tiennent des soldats de l'Infanterie de Marine et des Fusiliers Marins parmi lesquels vont être recrutés les volontaires pour former les trois pelotons d'exécution.

Des groupes de douze fédérés sont constitués, chaque groupe placé devant l'un des trois pelotons qui font feu ensemble. Trente-six hommes sont ainsi abattus à la fois. L'opération se renouvelle quatre fois.

Peloton d'exécution, le Mur des Fédérés, 28 mai 1871. Huile sur toile de E. Bousseau

Les fédérés sont passés par les armes sur le tertre qui descend en pente douce jusqu'au mur. Derrière le tertre, il y a de grandes fosses communes creusées pour les morts du premiers siège, mais les fusillés ne seront pas enterrés dans ces fosses.

Le lendemain, ils seront descendus un à un de la hauteur où ils ont été massacrés la veille, et ils seront ensevelis au pied du mur, « le Mur des Fédérés », à deux mètres de profondeur.

Le récit de l'exécution des fédérés de Mazas a été transmis au comte d'Hérisson par un sous-lieutenant du 65e de marche (2). Maxime Ducamp a repris a peu près dans les mêmes termes cette version des événements.

On peut objecter que se sont des historiens versaillais, mais les faits exposés sont corroborés par un historien communard scrupuleux, Maxime Vuillaume, qui se réfère toujours à des témoignages sérieusement contrôlés (3).

En conclusion, il faut considérer cette tuerie non comme « une bavure » perpétrée dans le feu de l'action, mais bien comme un assassinat prémédité et minutieusement organisé.

Marcel CERF

(1) 144-145-147-148 : le nombre, invérifiable, varie selon les auteurs

(2) Nouveau journal officiel d'un officier d'ordonnance. La Commune, Paul Ollendorf, Paris 1889, pp. 351 à 353.

(3) Mes cahiers rouges, n°VII, p.103. Cahier de la Quinzaine, Paris 1910.

Mes cahiers rouges, n°VIII, p.179. Cahier de la Quinzaine, Paris 1912.