L'un de nos amis, Raymond Bailleul, adhérent de notre Association, nous interrogeait récemment sur les officiers du Fort de Vincennes ralliés à la Commune. Notre ami Marcel Cerf nous apporte, en réponse et pour le plus grand bien de tous, les précisions suivantes :

Donjon du château de Vincennes, photographie ancienneLe fort de Vincennes, évacué par les Prussiens selon les préliminaires de paix, fut rapidement occupé par la Commune après le 18 mars pour empêcher les Versaillais de s’y installer.

La garnison était commandée par le brave colonel Faltot. Pendant le premier siège, Commandant du 82e bataillon, il avait été décoré de la Légion d’honneur pour sa belle conduite à Buzenval.

Le samedi 27 mai 1871, Faltot tente de négocier l’évacuation des 375 fédérés bloqués dans le fort et qui n’ont pris aucune part à la bataille de la semaine sanglante. Le général Vinoy refuse de leur délivrer des laissez-passer et exige la reddition sans conditions.

Les fédérés menacent de faire sauter le fort où d’énormes quantités de munitions sont amassées. Merlet, garde général du Génie et de l’Artillerie, est prêt à procéder à l’opération, mais on le retrouve mort dans sa chambre. Ce n’est pas un suicide ; en réalité, un traître nommé Bayard et un acolyte font arrêter les animateurs de la résistance.

Le lundi 29 mai, les portes du fort sont ouvertes et, à 2 heures de l’après-midi, le 90e de Ligne prend possession du, fort, la garnison désarmée est conduite à Versailles.

Plaque commémorative des assassinats par les versaillais, dans la nuit du 29 et 30 mai 1871, des défenseurs du fort de Vincennes.

Seuls sont retenus neuf officiers. Dans la nuit du 29 au 30, ils passent devant un conseil de guerre et sont condamnés à mort. L'exécution fut fixée à 3 heures du matin dans le fossé du château à cent mètres de l'endroit où tomba le duc d’Enghien. Ils furent inhumés un peu plus loin que le lieu de leur exécution. Parmi les fusillés : le capitaine Révol qui avait sauvé la vie de l’abbé Crozes lors du transfert des otages de Mazas à la Grande Roquette ; le lieutenant-colonel Delorme qui dit a ses bourreaux : « tâtez mon pouls, voyez si j’ai peur » ; un des frères Okolowicz, le prince russe de Bagration, capitaine, ancien aide de camp de Rossel. Voilà ce qu’étaient ces officiers, des hommes d’une certaine trempe…

Marcel Cerf