La Commission nationale du patrimoine et de l’architecture d’île de France vient de voter l 'inscription du Sacré -Cœur de Montmartre aux monuments historiques et cela avec le soutien de la Ministre de la culture, Madame Bachelot. Outre le fait que la construction elle -même est loin de faire l’unanimité quant à son esthétisme, cette proposition à la veille du 150 eme anniversaire de la Commune de Paris, est   une véritable provocation. Il faut rappeler les nombreuses attaques que l’Église a portées contre la France républicaine et laïque et contre la Commune de Paris, et cela dès le début de la construction de cet édifice.

Dans un discours prononcé par  Mgr Félix Fournier le 4 septembre 1870, celui- ci déclarait que la défaite de la France était due à une punition divine suite au relâchement moral auquel le pays s’était laissé allé depuis 1789 – Pour comble, il tenait ce discours le jour de la proclamation de la IIIeme Republique!.

Square Louise Michel (pour honorer la Commune en 2004) Dès janvier 1871, Mr Le Gentil notable de Paris, réfugié à Poitiers pour fuir la guerre, fait le vœu (c’est-à-dire une promesse à Dieu), de faire construire un sanctuaire dédié au culte du Sacré- Cœur de Jésus- Christ. Ce vœu est un vœu fait pour Paris mais très vite l’église le transforme, sous l’impulsion de Mgr Guibert, en un vœu national.

Cet Archevêque de Paris, adresse une lettre au Ministre des Cultes pour lui demander d’appuyer ce projet qui « contribuerait à la protection divine de la capitale ». Pour que la protection soit visible aux yeux de tous, il décide de faire construire le monument sur une colline. C’est la butte Montmartre qui est choisie.  « Une fois debout au plus haut lieu de la grande cité, cet édifice dans sa muette immobilité parlera mieux que tout discours, et agira mieux que tout effort de l’homme » déclarera en 1873 Mgr Fournier.

Aujourd’hui, tous les sites internet catholiques consultés se défendent de l’accusation d’avoir voulue, par cette construction, punir le peuple parisien pour ses tentatives révolutionnaires et notamment pour avoir instauré la Commune à Paris. Leur argument imparable : le vœu prononcé par Mr Alexandre le Gentil a été rédigé avant la Commune, en janvier 1871. Si cela est évident, il n’en reste pas moins que l’utilisation qui en est faite au cours des années qui suivent, accrédite bien l’idée qu’il s’agit d’une tentative d’imposer le culte catholique à tous et de condamner la Commune de Paris. Pour preuve cette déclaration faite à Paray- le -Monial par Mgr Felix Fournier le 20 juin 1873, dont voici des extraits très significatifs. En réalité ce culte soi -disant « d’amour et de repentance » se veut vengeur et haineux.

Le R.P écrit « oui ce culte du Sacré -Cœur que nos pères ont défendu devant le Jansénisme, le Voltairisme et devant tous les rationalismes, nous héritiers de leur foi, de leur amour et de leur vaillance, nous voici le défendant en face de ces formes toutes plus hideuses les unes que les autres qui se nomment positivisme, matérialisme, socialisme, communisme voire même athéisme » (sic). Il note également dans ce texte son espoir de voir « la France entière mise publiquement et officiellement sous la protection du Sacré-Cœur par un acte authentique de l’autorité souveraine, de quelle que nom qu’elle se nomme, sous quelque forme qu’elle se produise et sous quelque gouvernement qu’elle fonctionne, royal, républicain, consulaire ou impérial. »

Les canons de la Commune gardés par les Gardes nationaux du 61e, au "Champs des Polonais" situé au sommet de la Butte. Les 171  canons avaient été payés par une souscription de Parisiens, pour la défense de Paris assiégé par les Prussiens. C'est à l'emplacement de la basilique qu'avaient été parqués les canons qui étaient menacés d'être repris par la volonté d'Adolphe Thiers.

C’est dans ce contexte qu’est votée le 24 juillet 1873, par l’Assemblée nationale à majorité monarchiste, la reconnaissance d’utilité publique de cet édifice. La droite par la voix de Monsieur Cazenove de Pradine déclare : « L’œuvre que nous projetons a le caractère d’une grande œuvre nationale. Vous devez à Mgr l’archevêque de Paris, à la mémoire de son prédécesseur et des autres otages assassinés, de vous associer d’une façon publique et officielle au grand acte d’expiation et d’apaisement qui va s’accomplir par l’édification de l’église du vœu national au sacré-cœur de Jésus.

Pour mémoire Mgr Guibert a succédé à Mgr Darboy fusillé le 24 mai   avec un groupe de 5 prisonniers, dans la cour de la prison de la Roquette. Durant toute la période de son emprisonnement des tentatives d’échange pour la libération de Blanqui (arrêté la veille de la Commune en dehors de Paris) avaient été entreprises sans succès par les Communards. Le vote sur les otages avait été mis en place par la Commune en riposte aux nombreux assassinats de prisonniers tels ceux de Flourens sabré et de Duval fusillé lors d’une arrestation par les versaillais début avril.

 

La reconnaissance d’utilité publique

Ce vote donne au clergé le droit d’exproprier les habitants de ce plateau convoité pour la construction de la basilique pour faire de la place à cette hideuse construction. Pour la réalisation du projet, un concours d’architecture est lancé sous la direction de Charles Garnier, architecte de l’Opéra. Le concours est gagné par Paul Abadie qui propose un bâtiment inspiré de la grande Mosquée d’Istanbul, Sainte-Sophie. Le plateau étant trop étroit, ils sont obligés d'orienter le bâtiment Nord -Sud contrairement aux autres églises tournées vers Jérusalem.

La construction débute en 1875. Elle devait être entièrement financée par souscription publique. Même si la somme de 46 millions de francs collectés par 10 millions de personnes peut paraître spectaculaire il est évident que cette construction, qui dure un demi siècle, est un gouffre financier. Les parisiens toujours moqueurs commencèrent à baptiser cet ouvrage du nom de Notre-Dame de la Galette, peut-être compte tenu de la proximité du Moulin de la Galette, peut- être aussi à cause de cette collecte financière ?

Toutes les déclarations de l’Église catholique qui se succèdent au long des 50 années que durent la construction, reprennent cette volonté de placer la France officiellement sous la dépendance de l’église catholique et réclament la nécessité (pas très catholique) de se venger de la Commune.        

 Mgr Guibert dans son discours pour la pose de la Première pierre le 16 juin 1875 le souligne «  c'est là où la Commune a commencé, là où ont été assassinés les généraux Thomas et Lecomte , que s’élève le Sacré -Cœur .Nous nous rappelons cette butte garnie de canons, sillonnée par des énergumènes avinés, habitée par une population que la haine de l'Eglise semblait surtout animer » Quel mépris pour ce peuple de Paris qu'il n’hésite pas à chasser de la butte pour construire l’ orgueilleux bâtiment.   Faut- il rappeler que les canons avaient été achetés par les parisiens par souscription populaire pour chasser les prussiens ?

Construction de l’église du Sacré-Cœur à Montmartre, le 10 mars 1882.

Le journal « Le Figaro » raconte ce jour mémorable de la pose de la première pierre. La foule qui se presse autour « des marchands qui vendent des médailles commémoratives, et des photographies du projet de l’église. Un petit étalage de prières imprimées est adossé à un vieux mur sur lequel est grossièrement dessinée la tête hideuse de la Marianne, coiffée du bonnet phrygien. Ce mur est tout ce qui reste du corps de garde des fédérés, dans lequel un groupe d’atroces coquins s’érigea en tribunal pour condamner à mort les deux premières victimes de l’insurrection »

Le ton est donné. Les criminels sont les communards et cela dès le premier jour de la Commune. Pourtant la première victime le 18 Mars c’est le garde national Turpin fusillé par les troupes de Thiers. Oublié les blessés mourants transportés à l’hôpital Lariboisière par exemple et exécutés dans leur lit par les troupes versaillaises, oublié aussi les fusillés sur les barricades. (52 Femmes sur la barricade proche de la mairie du 10 éme, siège de l'Union des femmes pour la défense de paris)

Jamais, durant ses nombreuses déclarations, l’Eglise n’a condamné les crimes commis par les troupes de Thiers qui assassinèrent dans Paris 20 OOO de ses habitants.

 

La protestation

Affiche du 150ème anniversaire de la Commune de Paris 1871 signée de l'artiste plasticien Ernest Pignon-ErnestDurant ces 72 jours, la commune a construit une œuvre d'une modernité extraordinaire. 34 ans avant la loi de 1905 elle a promulgué la loi de séparation de l’Église et de l’État, elle a reconnu la place des femmes, des étrangers dans la Société. Elle a combattu le chômage, protéger les sans -toits., développé l’enseignement pour tous.... géré la ville, s’érigeant en gardienne des valeur républicaines, laïques et sociales . Est -ce cela qu’ils veulent gommer ?

Aujourd’hui, à la veille du 150 -ème anniversaire de la Commune de Paris, alors que le 29 .Novembre 2016 l'Assemblée nationale «  juge nécessaire que soient mieux connues et diffusées les valeurs républicaines portées par les acteurs de la Commune de Paris 1871 et souhaite que la République rende honneur et dignité à ces femmes et à ces hommes qui ont combattu pour la liberté au prix d'exécutions sommaires et de condamnations iniques » inscrire aux monuments historiques cet ouvrage construit en hommage aux massacreurs de la Commune est, de la part du ministère de la culture, parjure et intolérable. C'est pourquoi nous vous invitons à faire connaître votre indignation en signant et en faisant signer autour de vous la pétition que vous trouverez sur ce site.

Aujourd’hui malgré tous les obstacles, la Commune de 1871 engendrera la Commune comme renaît la vie, comme l’illustre si bien Ernest Pignon Ernest avec l'affiche du 150 eme anniversaire.

 

Claudine REY