Le 9 décembre 2025, nous commémorions les 120 ans de la loi de 1905 relative à la séparation des églises et de l’État. Rappelons qu’en avril 1871, la Commune de Paris adoptait un décret précurseur.
Les Parisiennes et les Parisiens de 1789 et de 1871 se tendent la main par-dessus le XIXe siècle, les révolutions en France de 1830 et de 1848. De la liberté de conscience inscrite dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 au décret de la Commune de Paris publié le 3 avril 1871 relatif à la séparation de l’Église et de l’État, le chemin sera long. Selon la formule consacrée, l’alliance du sabre et du goupillon tentera de maintenir la société sous la coupe du dogme politique et religieux. Cependant des protestations issues des courants républicains et du monde ouvrier, socialiste, exigent cette séparation. Dès 1850, Victor Hugo l’exprime à l’Assemblée nationale : « L’Église chez elle, l’État chez lui ».
Un principe de liberté
En mars 1871, Paris se lève et le 26 mars, une Assemblée est élue. L’urgence est partout, les quartiers, les services publics. Pourtant dès le 2 avril 1871, la Commune de Paris promulgue le décret sur la séparation de l’Église et de l’État, voté à l’unanimité. Elle s’appuie sur la notion de liberté, rappelons les deux premiers considérants : « Considérant que le premier des principes de la République française est la liberté ; considérant que la liberté de conscience est la première des libertés ». En opposition, elle souligne que « le clergé a été le complice des crimes de la monarchie contre la liberté ».
Affiche de la Commune de Paris N°59 du 3 avril 1871 (source : La Contemporaine – Nanterre / argonnaute.parisnanterre.fr)
Aussi elle décrète dans son article 1 que « l’Église est séparée de l’État ». Certaines formules se retrouveront dans le texte de 1905. « Le budget des cultes est supprimé » et « les biens dits de mainmorte, appartenant aux congrégations religieuses, sont déclarés propriété nationale », ils feront l’objet d’une enquête administrative. Soulignons que la Commune considérait que ce budget des cultes était contraire à la liberté de conscience car il imposait « les citoyens contre leur propre foi » ou leur absence de foi. Gustave Lefrançais, élu à la Commune dans le 4e arrondissement, répond aux adversaires qui accusent la Commune de spolier les congrégations : « Quant à la reprise des biens de mainmorte, et de tous les biens appartenant aux corporations religieuses, il suffit de remonter à la source originelle de ces biens pour comprendre que le décret ne faisait que restituer à la Nation ce qui lui appartenait de droit et que détenaient indûment les corporations dépossédées ».
Une mise en œuvre immédiate
Malgré les assauts des troupes versaillaises, la Commune met en place ce principe de laïcité. Les lieux de culte sont ouverts aux pratiques religieuses dans la journée et réservés aux réunions des clubs notamment de femmes le soir. Les rivalités sont mineures.
Les délégués de la Société « L’Éducation nouvelle » ont remis le 1er avril une requête aux membres de la Commune. Ils demandent que l’instruction religieuse ou dogmatique soit laissée tout entière à l’initiative et à la direction des familles et qu’elle soit immédiatement et radicalement supprimée pour les deux sexes, dans toutes les écoles, dans tous les établissements dont les frais sont payés par l’impôt.
Par un décret du 19 mai 1871, la Commune crée l’école laïque, gratuite et obligatoire s’appuyant sur les initiatives des quartiers relayées par la Commission de l’Enseignement présidée par Édouard Vaillant. Auparavant les sections parisiennes de l’AIT dès le 23 mars exigent « une instruction gratuite, laïque et intégrale ». La municipalité du 20e arrondissement fournit gratuitement matériel scolaire, vêtements et repas. Le 23 avril, celle du 3e arrondissement confie la direction de trois écoles congréganistes à des instituteurs laïques.
Une commission est créée le 22 avril pour organiser l’enseignement dans les écoles de filles. Dans les hôpitaux, un appel est lancé pour recruter du personnel laïque. La gestion d’autres services, comme les bureaux de bienfaisance, seront laïcisés.
En 72 jours, les bases sont posées d’une société laïque, respectueuse des libertés. Après l’assassinat de milliers de personnes lors de la Semaine sanglante, la France subira le poids de l’ordre moral. La construction du Sacré-Cœur en reste un symbole. Pourtant, 120 ans après la Commune de Paris, l’idée est toujours debout grâce à la loi de 1905, mais restons vigilants.
FRANCIS PIAN







