Juin 1871 : Paris retentit encore des salves des fusillades de mai. Echappé au massacre, recherché, Eugène Pottier, élu du deuxième arrondissement, écrit, dans une mansarde, L’Internationale. C’est encore un poème; il deviendra le chant de lutte du prolétariat grâce à la musique d’un ouvrier : Pierre Degeyter (1).
Si ces faits sont connus, les rebondissements du long conflit qui opposa Pierre Degeyter à son frère Adolphe revendiquant tous deux la paternité de la partition de L’Internationale, le sont moins (2).


Pierre Degeyter (1848-1932)Cet article se propose, d’abord, de rappeler cet épisode, souvent sordide. Ensuite, le récit de cette affaire fournit un exemple concret des blocages que rencontrent parfois les historiens du mouvement ouvrier en raison des implications politiques des faits, ou, si l’on préfère, illustre comment des prises de position partisanes empêchent la présentation objective des événements. Enfin, le signataire de cet article se trouve en possession d’un dossier sur le sujet, constitué par Amédée Dunois (3). En dépit de problèmes de lecture (il s’agit souvent de brouillons et de notes difficilement lisibles et lacunaires), il a semblé intéressant, essentiellement dans la troisième partie, de suivre de très près ce dossier qui revêt la forme d’une enquête. Cette formule permet de mieux saisir sur le vif le déroulement des faits et les problèmes de leur interprétation (4).
Le conflit relatif à l’auteur réel de la musique de l’Internationale s’est modifié au cours de son histoire. Sans doute est-il politique dès le début, mais il n’est plus que cela après le jugement de 1922. Avant la guerre de 1914, il peut être ramené à une opposition d’intérêts entre un individu, Pierre Degeyter, d’une part, et son frère et le parti socialiste à Lille, de l’autre. Après la Première Guerre mondiale, jusqu’à la mort de Pierre en 1932, la polémique change de nature : Pierre et Adolphe permettent entre autres thèmes, l’expression de l’opposition entre les partis communiste et socialiste.

1. — L’histoire d’une chanson locale

Gustave Delory (1857-1925), ouvrier à Fives Cail, fondateur de la section Nordiste du Parti Ouvrier Français, et maire de Lille. Un court rappel des faits s’impose. En février 1888, la section lilloise du Parti ouvrier français (guesdiste) fonde une chorale : « La Lyre des Travailleurs ». Elle se réunit rue de la Vignette, à l’estaminet de « la Liberté ». L’un de ses fondateurs se nomme Gustave Delory, le futur député-maire de Lille (5). Il possède les chants révolutionnaires d’Eugène Pottier, publiés en 1887 avec une préface de Rochefort afin d’honorer le vieux poète ouvrier et lui venir en aide. Il demande à Pierre Degeyter (ou lui fait demander) à l’intention de la chorale, des chants de Pottier, L’Internationale figure dans ce recueil.
Qui est Pierre Degeyter ? Militant du Parti ouvrier, il a alors quarante ans. Il appartient à une famille ouvrière de huit enfants. Il travaille depuis l’âge de sept ans. Il parvient néanmoins à suivre les cours du Conservatoire de musique de Lille. Très doué pour la musique (il joue de plusieurs instruments), il compose des morceaux et, assisté de son frère Adolphe forgeron, solide baryton, de son beau-frère Cassoret qui joue de l’harmonium, il fait des tournées militantes dans le Nord pour soutenir les luttes ouvrières.
Pierre compose sur-le-champ la musique de l’Internationale que « La Lyre des Travailleurs » décide de faire éditer à 6000 exemplaires chez Boldoduc, à Lille. La répression patronale étant féroce, Pierre, salarié d’usine, prend des précautions relatives et ne fait pas figurer son prénom sur la partition. Les indications sont ainsi les suivantes : Paroles de E. Pottier ; Musique de Degeyter. Elles seront les mêmes dans la deuxième édition en 1894 : Delory à Lille, 28, rue de Fives (Delory est alors le gérant d’une petite imprimerie qui édite des chansons à deux sous) et dans la troisième en 1898, chez Lagrange qui a succédé à Delory.
L’Internationale, chantée pour la première fois en public à Lille au mois de juillet 1888, lors d’une fête organisée par la Chambre syndicale des marchands de journaux, se propage dans le Nord : Roubaix, Tourcoing, Armentières... tous les centres ouvriers où s’implante progressivement le socialisme. Elle atteint Gand, patrie d’origine de la famille Degeyter. Elle n’est cependant, encore, qu’un chant régional (6).
En 1896, le XIVe Congrès du Parti ouvrier français se tient à Lille. De nombreux délégués étrangers sont présents parmi lesquels Wilhelm Liebknecht, Victor Adler, Pablo Iglesias... La présence des socialistes allemands déchaîne la fureur de la réaction cléricalo-nationaliste qui organise une manifestation contre les congressistes. Les ouvriers lillois mettent vigoureusement au pas les trublions aux accents de l’Internationale. De retour dans leurs fédérations, les congressistes ne l’oublieront pas et répandront le chant dans toute la France. Au Congrès général des organisations socialistes françaises de 1899, Ghesquière (7) délégué du Nord l’entonne, puis elle est reprise dans l’enthousiasme par la salle. Elle devient alors l’hymne du socialisme français. Après le Congrès international de Copenhague, en 1910, elle est adoptée par l’ensemble des partis socialistes. Mais c’est après son succès en France que commença le conflit opposant les deux frères, Pierre et Adolphe Degeyter.

2. — L’histoire d’un procès
Partition de l'Internationale sans prénom de DegeyterL’Internationale est devenue un « tube »... Le socialisme s’est fortement implanté en France. Au début du XXe siècle, il constitue une force politique avec laquelle il faut compter. Delory est maire de Lille ; il en sera bientôt le député. Un de ses employés, dans les services municipaux de la ville, se nomme... Adolphe Degeyter. Pierre, pour sa part, a quitté la capitale du Nord ; il est venu habiter à Saint-Denis. Dans l’interview qu’il donnera en 1928 à Amédée Dunois (cf. annexe 6) il affirmera avoir été recommandé à la Chambre syndicale des modeleurs par Delory. C’est alors qu’entre en scène Jean-Baptiste Clément, l’auteur du Temps des Cerises.
L’ancien membre de la Commune, revenu à Paris, après avoir été un très actif militant socialiste dans les Ardennes, a fondé une librairie de propagande socialiste. Il veut éditer l’Internationale et, par un acte sous-seing privé en date du 5 février 1901, achète les droits des paroles à la veuve d’Eugène Pottier. Il reste un problème qui est détenteur des droits de la musique ? Il cherche Degeyter (sans prénom) et s’adresse à Lagrange qui lui répond que Degeyter est mort et l’oriente sur Delory. Le 21 mai 1901 Clément écrit donc à celui-ci, faisant l’historique de ses démarches et en motivant les raisons (cf. annexe 1.) Cette lettre, très significative de cette époque du mouvement ouvrier, demeure sans réponse. Delory écrit enfin que l’imprimerie de la rue de Fives conserve le droit d’éditer l’Internationale dont l’auteur est Adolphe Degeyter. Sa réponse est du 7 juin... et la veille, Adolphe a cédé ses droits d’auteur au Parti socialiste et à Delory. Il faut dorénavant imprimer son prénom sur les éditions. J.-B. Clément imprimera sans mentionner de prénom, ce que font d’ailleurs tous les éditeurs à l’exception de Mme Napoléon Hayart, la veuve du roi des camelots. Et pourtant, Delory a enjoint aux imprimeurs de rajouter le prénom d’Adolphe dans les éditions populaires de l’Internationale. Tous, donc, à l’exception de Mme Hayart, refusent de s’incliner.
C’est alors que Pierre Degeyter vaguement informé de ce qui se trame, se rend chez la veuve de J.-B. Clément, mort en 1904. Il apprend que, désormais, par la grâce de Delory, l’auteur de la musique de l’Internationale se trouve être Adolphe ! Il produit le manuscrit authentique qui aurait plus tard été remis par Mme Clément à Camelinat, trésorier du Parti socialiste (plaidoirie de maître Sarrant au procès en 1914). Pierre Degeyter demande à Delory la constitution d’un jury d’honneur : pas de réponse.
fac-simile du programme de la fête internationale socialiste du 7 février 1904A ce moment se tient une fête international-socialiste à la salle des fêtes de la Maison du Peuple de Bruxelles. (Cf. fac-simile du programme.) Le programme musical et la causerie de Vandervelde sont clairs. Pour les Belges, voisins des Lillois, l’auteur est bien Pierre, qu’ils invitent d’ailleurs en compagnie de la veuve de J.-B. Clément. Delory ne proteste pas... Pierre est alors amené à s’adresser aux tribunaux. Il assigne en justice Mme veuve Hayart et il est contraint, en dépit de sa répugnance, à impliquer son frère Adolphe dans la procédure. Il est persuadé que celui-ci n’a été que l’instrument de Delory. (Interview à Louis Lumet dans la Petite République.)

Lettre écrite par Adolphe Degeyter et dictée par Delory (7 janvier 1904) Le procès commence, nous sommes en 1904. Il sera interminable. La presse s’intéresse à l’affaire, ainsi qu’en témoignent de nombreux articles comme ceux de Louis Lumet dans la Petite République le 20 janvier 1904 et dans Paris-Journal du 18 mai 1909.
Les témoignages sont contradictoires. Si Edmond Degeyter, un des frères, soutient le point de vue de Pierre, en revanche ses frères Henri et Robert, ses sœurs, Pauline, épouse Dubus et Virginie, qui a épousé Cassoret lui-même, Bergot, à qui Delory aurait remis le livre de Pottier, Gustave Devernay (8), ancien secrétaire de la Lyre, Delory, évidemment, et bien d’autres encore, tiennent pour Adolphe. Il faut reconnaître que cette avalanche de témoignages semblerait devoir incliner à soutenir leur thèse. Et cependant, la suite de l’affaire montrera que leur version n’était pas exacte. Comment peut-on expliquer cette situation ? La mauvaise foi, pour une question de gros sous ? Il y a là un pas qu’il ne faut pas franchir trop rapidement même si cette explication comporte un fond de vérité. Mais, « gros sous » pour qui ?
Dans l’état actuel de la connaissance de l’affaire, il est difficile de prendre nettement position, d’être affirmatif. Une des Voies possibles pour savoir la vérité résiderait peut-être dans un examen de la position politique de Pierre par rapport aux socialistes, ceux du Nord notamment; il pourrait éclaircir le problème. La plaidoirie de son avocat en 1914, comporte des arguments qui laissent le lecteur mal à l’aise. Que dit maître Louis Sarrant (9) ?
Il affirme qu’il défend un vieillard de 66 ans, usé, sans ressources, face au « puissant socialiste unifié ». Pour convaincre le tribunal maître Sarrant affirme que Degeyter a été choqué dans ses « sentiments patriotiques » par les « tendances antimilitaristes des nouvelles couches sociales » et la preuve en est qu’il « dénonce le danger allemand aux ouvriers de France et en appelle aux revanches futures » dans sa chanson, La Concurrence allemande (10), qui l’aurait fait exclure du Parti.
L’avocat s’efforce ainsi de convaincre le tribunal en faisant état des sentiments patriotiques de Pierre opposés aux thèses antinationales du Parti socialiste. Mais le tribunal n’en est pas pour autant convaincu et Pierre est débouté. Son avocat avait pourtant suggéré, avec beaucoup de bon sens, une procédure bien simple : soumettre les deux frères à une épreuve musicale ; ils « plancheraient sur un exercice et on verrait lequel était capable ou non de composer... » Mais le tribunal s’y refusa et ordonna une enquête, le 13 octobre 1911, à Paris, et le 30 octobre à Lille.
A Lille, Delory est député, maire, conseiller général... et la cascade des témoins est défavorable à Pierre. Dans des notes (annexe 7) Amédée Dunois fournit sa version : la Fédération du Nord du Parti socialiste entendait pouvoir éditer sans payer de droits l’Internationale, à la fois pour des raisons de principe (un chant socialiste ne saurait être la propriété d’un homme) et pratiques puisque ces fonds servaient à alimenter la propagande.
Quoi qu’il en soit, Pierre perd son procès et pourtant, la preuve va bientôt être faite que les témoignages en sa défaveur étaient des faux.
Pierre interjette appel du jugement mais la guerre arrive : elle va retarder la décision définitive de justice, mais lui fournit l’occasion de faire reconnaître son bon droit.

Lettre d'Adolphe Degeyter à son frère Pierre (27 avril 1927)Avant de se suicider en février 1916, Adolphe, en zone occupée par les Allemands, écrit pour son frère Pierre une lettre (annexe 2) que le beau-frère de celui-ci, Dubart lui fit parvenir après l’armistice. Adolphe y affirme : « Je n’ai jamais fait de musique, encore moins l’Internationale. » Il explique qu’il a signé une feuille préparée par Delory et fournit l’explication de cette attitude : « Comme tu sais, je travaillais pour la ville, et Delory étant maire, je n’osais rien lui refuser par crainte de renvoi. »
La question est donc tranchée et le tribunal reconnaît le 23 novembre 1922 que « Pierre Degeyter est l’auteur de la musique de l’Internationale »... près de vingt ans après le début du recours en justice.
Tout semble clair. Et, pourtant...

3. — L'histoire d’un conflit politique

Lorsque la guerre éclate, les appareils dirigeants du mouvement ouvrier français, tant politiques que syndicaux, soutiennent la politique de l’Union sacrée. Il en est de même pour la quasi-totalité des organisations socio-démocrates européennes qui, à l’exception des bolcheviks avec Lénine et du Parti ouvrier social-démocrate bulgare, « marcheront » dans le conflit impérialiste. Quelques groupes, isolés au début comme celui de « la Vie ouvrière » en France, et des rares responsables, à l’exemple de Karl Liebknecht et de Rosa Luxembourg en Allemagne, s’efforcent de lutter contre le social-chauvinisme et la trahison de la seconde Internationale. La révolution d’Octobre puis la création de partis communistes adhérant à la troisième Internationale permettront au mouvement ouvrier de reprendre sa marche en avant. La création du Parti communiste français au Congrès de Tours et le maintien de la S.F.I.O. par les minoritaires relanceront la polémique sur le compositeur de l’Internationale.
Il est possible de distinguer trois phases, la première de moindre importance, dans l’histoire de la période qui s’étend de la mort d’Adolphe, pendant la guerre, à celle de Pierre en 1932.
C’est alors que, de conflit sinon privé mais du moins interne au Parti socialiste, l’affaire Degeyter prend l’aspect d’une polémique entre le P.C. et la S.F.I.O. Pierre et Adolphe ne sont plus que des prête-noms. Les socialistes se réfèrent au jugement de 1914, les communistes à celui de 1922, postérieur à la lettre d’Adolphe. Les deux frères fournissent une des innombrables occa-sions que trouvent les deux partis pour en découdre.

A. — L’Après-guerre
Pendant la guerre, l’Humanité, mouture « union sacrée », annonce, le 4 juin 1916, la mort de « notre sympathique Degeyter Adolphe, auteur de la musique de la chanson l’Internationale (...) sensible perte pour l’organisation ouvrière ». La guerre terminée, la Fédération du Nord du Parti socialiste fait faire une sépulture à Adolphe... « Auteur de la musique de l’Internationale ». Le 1er mai 1920, une manifestation est décidée pour l’inauguration du monument destiné à lui rendre hommage. Un poème en chtimi de César Daussy lui est consacré. En voici un extrait :

Chétot un homme, ne portant que casquette
Eud. s’in métier chéto un forgeron,
Bien estimé par eus, franchise honnête,
Comm. instrumint i juo du piston.
Après s’journée y faijeot d’ l’ musique.
Il a fait nait’, chose qui n’est point banale
Un nouviau monde pus grand queul l’République
In écrivant l’air d’ « L’Internationale ».

B. — Le rebondissement de 1927-1928

Œuvre de Pierre Degeyter : "La cellule enfantine"La polémique rebondit fin décembre 1927 - début 1928... C’est à cette occasion que Dunois va entreprendre son enquête, que nous suivrons de très près, en ayant sur lui le double avantage de savoir au départ le fin mot de l’histoire et ensuite, mais ceci est surtout vrai dans la troisième phase, lors de la mort de Pierre Degeyter, de ne pas être astreint à la prudence que sa position politique l’amenait à observer...
La situation du mouvement ouvrier en France s’est profondément modifiée depuis l’inauguration du monument à Adolphe : le Congrès de Tours a vu la naissance du Parti communiste français ; le procès s’est définitivement terminé par la victoire de Pierre reconnu enfin comme auteur de l’Internationale. Or, Pierre Degeyter s’est rallié à la section française de l’Internationale communiste : au IVème Congrès du Parti, il dirige en personne l’orchestre qui joue 1a musique qu’il a composée ; en 1927, il fait partie des délégués français qui participent au VIème Congrès mondial de l’Internationale. Ces faits expliquent sans doute, en partie, l’obstination des dirigeants de la S.F.I.O. qui de plus, peut-être, pour des considérations de cuisine électorale locale, ne peuvent compromettre la mémoire de Delory dont le souvenir et le prestige sont encore vivaces chez les militants et les électeurs du Nord, puisqu’il n’est mort que depuis deux ans.
Amédée Dunois qui a quitté, sans esclandre semble-t-il, le Parti communiste en 1927, entrera au Parti socialiste en 1929 après un court passage au P.O.P. Son attention est attirée par un article du 4 décembre 1927 de Marcel Polvent, annonçant que le 15 février 1928, à Lille, la section lilloise de la S.F.I.O. va commémorer, pour l’anniversaire de sa mort, la mémoire d’Adolphe Degeyter, dont on explique comment Roger Salengro, alors secrétaire de la Fédération du Nord du Parti socialiste, retrouva la tombe après la guerre, ce qui permit de lui faire une nouvelle sépulture.
Le 18 décembre 1927, Dunois rédige une lettre destinée à Roger Salengro (cf. brouillon de la lettre en annexe 3) dont on peut être certain qu’elle fut envoyée, puisque dans le document publié en annexe 6, Dunois note : « Salengro ne m’a-t-il pas répondu ? » Dans cette lettre, il rappelle la conclusion du procès en 1922, et fait état d’un article publié dans l’Humanité en 1923, par Fernand Després (11) qu’il avait envoyé interviewer Pierre Degeyter. L’année suivante, dans la Correspondance internationale (publication de l’Internationale communiste) il en reproduisait les conclusions. Dunois demande à Salengro s’il ignore ces faits ou s’il ne les juge pas pertinents et lui annonce qu’il va s’efforcer d’entrer en contact avec F. Després pour retrouver Pierre Degeyter.

"Le Populaire"  du 12 février 1928 Le 12 février 1928, dans le Populaire, Bracke, leader socialiste dont Pierre Degeyter dira peu après (annexe 6) qu’il l’a connu enfant chez son père Desrousseaux, annonce la fête et reprend la version favorable à Adolphe. Avec une vertueuse indignation, il rappelle le jugement... de 1914 et écrit froidement : « Il a fallu, naturellement, que l’Humanité reprit cette mensongère contestation » (Celle de Pierre). Pas un mot sur le jugement de 1922 ! Détail piquant, Bracke annonce dans cet article, intitulé, « Un compositeur ouvrier : A. DEGEYTER, » la présence à la fête, « sous la présidence du maire aimé, Roger Salengro », d’Emile Vandervelde, l’orateur en 1904 de la causerie de Bruxelles, consacrée à Pottier et... Pierre Degeyter, auteur de l’Internationale. Comme quoi, les hommes politiques, différant en cela du bon vin, ne s’améliorent pas forcément en vieillissant...

"L'Humanité" du 9 février 1928

Pour sa part, l’Humanité titre un article du 9 février 1928 : « Comment ils écrivent l’histoire. Les socialistes du Nord escamoteront dimanche le véritable auteur de l’Internationale Pierre Degeyter. » Le déroulement des faits y est rappelé, sommairement, en dépit de quelques inexactitudes comme, par exemple l’affirmation selon laquelle Adolphe « a de son vivant, maintes fois reconnu que le seul musicien de l’hymne des travailleurs était son frère, notre vieux camarade Pierre Degeyter ».
La Dépêche de Toulouse du 16 février 1928 se fait l’écho de la polémique et, sous la signature de La Flèche, se veut impartiale dans son rappel des faits qu’elle conclut, au plan judiciaire, par le jugement de 1914 reconnaissant la paternité d’Adolphe : les sources de l’auteur devaient être socialistes, l’amnésie relative au jugement de 1922 semblant contagieuse.
Quoi qu’il en soit, Amédée Dunois se met en rapport avec Fernand Després, demeuré au Parti communiste. Le dossier comporte deux lettres de ce dernier (annexe 4 et annexe 5) intéressantes à plus d’un titre. Elles montrent les liens d’amitié qui subsistent entre les deux hommes en dépit de leurs divergences : « Je serais heureux de t’y rencontrer, ne fût-ce que pour polémiquer — verbalement — et connaître ta position politique actuelle. » (Lettre du 8 juillet 1928, annexe 5). Détail anecdotique, sans doute, mais qui a pour « les Amis de la Commune » un aspect émouvant, il y fait allusion au « Banquet » et aux « Communards survivants (12). Després apprend à Dunois (lettre du 29 décembre 1927, annexe 4) qu’il ignore l’adresse de Degeyter (il la lui fournira par le post-scriptum de la lettre du 8 février) ; cette adresse ne figure... ni dans les abonnements à l’Humanité ni dans le service du journal ! La seconde lettre, et cela mérite d’être signalé, même si le point est en marge de cet article, nous montre que Dunois, dont la préface au Lissagaray fait toujours autorité, ne savait pas alors grand-chose du rédacteur en chef de La Bataille, auquel il devait consacrer en 1929 l’étude biographique que l’on connaît, celle de l’édition Rivière de 1947.
Amédée Dunois, enfin en possession des coordonnées de Pierre Degeyter, se rend à son domicile, 2 rue de l’Alouette à Saint-Denis, le 18 février 1928. L’annexe 5 présente les notes prises à l’occasion de cette interview dont nous ignorons si elles donnèrent lieu à un article. Elles fournissent des précisions de détail, et les passages rédigés, vraisemblablement après l’interview, à l’encre par Dunois (le texte étant au crayon) indiquent que celui-ci se pose des questions sur l’attitude de Delory (« Pourquoi Delory a-t-il déclaré se désintéresser du litige ? ») et que Salengro ne semble pas lui avoir répondu.
Le dernier épisode de cette séquelle lointaine de la Commune de Paris aura lieu avec la mort de Pierre Degeyter en 1932. Il donnera à la polémique l’occasion de rebondir une nouvelle fois.

4. — La mort de Pierre Degeyter

Le 27 septembre 1932, le Nord Maritime, publié à Dunkerque, suggère que Pierre Degeyter qui vient de mourir ne serait pas l’auteur de l’Internationale (L’Humanité annonçait la mort survenue la veille, de Pierre à Saint-Denis). Une interview de Polydore Cassoret, le beau-frère, reprend la version Delory. Le 28 septembre 1932, sous le titre « Paris ouvrier rendra à Degeyter un puissant hommage révolutionnaire », Marcel Cachin rappelle les mérites passés et récents du disparu et le bureau de la région parisienne appelle en masse aux obsèques.

Le 29 septembre 1932, les obsèques sont annoncées pour le dimanche suivant. Une photo de Degeyter devant sa maison est publiée. L’article souligne le silence du Populaire, l’organe du Parti socialiste. Le même jour, Amédée Dunois signe un article dans ce journal.
Visiblement, il n’est pas très à l’aise. Il rappelle l’historique des procès et l’arrêt de 1922, qui infirmait le procès de 1914 en raison de la lettre d’Adolphe à Pierre. La lettre est citée, mais amputée de la phrase faisant allusion au rôle de Delory (cf. annexe 2. Dunois présente les deux points de vue, de façon nuancée, mais conclut par ce qu’il faut bien appeler une pirouette en suggérant qu’en définitive « ce qui fait la valeur de l’Internationale, ce n’est pas ce que Pierre ou Adolphe, Adolphe ou Pierre y a mis (...) Qu’importe que ce soit Pierre ou Adolphe qui l’ai faite ».
Ce qui était à prévoir se produit dans l’Humanité du 30 septembre. D.R. (Daniel Renoult) prend vivement à partie le Populaire et Amédée Dunois. Après avoir rappelé que le Parti communiste n’a « pas voulu prendre l’initiative de rappeler l’odieuse intrigue », il accuse les réformistes de « faire revivre l’affaire ». La raison de cette attitude tient à ce que Pierre Degeyter « fidèle à son passé, fidèle à son œuvre » s’est rangé dans sa vieillesse lucide derrière les étendards triomphants du communisme et de la Révolution soviétique », et « n’a pas suivi dans la trahison les chefs socialistes de Lille, les anciens comme Delory et Lebas, les jeunes comme Salengro ». Renoult publie in extenso la lettre d’Adolphe à son frère, avec le passage expliquant la pression de Delory... Il s’agit donc « d’une imposture inventée par les chefs S.F.I.O. contre le véritable auteur, coupable de ne les avoir pas suivis.
Avant d’en venir au projet de réponse de Dunois à cet article, il convient d’en terminer avec l’importance donnée à ces funérailles.
Dès le 28 septembre le Parti communiste entend faire (cf. ci-dessus l’article de Marcel Cachin) de l’hommage au disparu une puissante manifestation populaire. Les titres de l’Humanité et les appels des organisations de masse se multiplient dans ce sens : « Dimanche la foule ouvrière rendra hommage à Pierre Degeyter. Tous ceux pour qui l’Internationale est un chant de lutte et d’espoir seront fraternellement rassemblés » (29 septembre 1932) ; « Avec Degeyter, debout les damnés de la Terre ». « Appel des syndicats unitaires » (30 septembre 1932). Le Bureau régional parisien demande de reporter toutes les réunions prévues pour l’après-midi du dimanche 2 octobre. Les Jeunesses communistes lancent un « appel pressant à tous les jeunes communistes, socialistes, chrétiens, inorganisés pour qu’ils se rangent en un cortège vibrant ». Les mineurs du Nord et du Pas-de-Calais le saluent...

"L'Humanité" du 3 octobre 1932 : funérailles de Pierre Degeyter
La place manque pour donner la composition de l’ordre du cortège. Les noms des organisations et des individus cités constituent un résumé saisissant du mouvement révolutionnaire de cette époque. L’exemple que nous retiendrons ne saura surprendre dans la revue Commune : sous la signature de Edouard Chenel, son secrétaire, « l’Association Fraternelle des Vétérans et Amis de la Commune » invite tous ses adhérents à assister aux obsèques » (13).
Nouveau titre le 1er octobre : « Demain, à Saint-Denis, devant le cercueil de Degeyter, les travailleurs de la région parisienne affirmeront leur volonté que « Demain l’Internationale soit le genre humain ».
Le 2 octobre est publié un nouvel article de Marcel Cachin, illustré par un dessin de Steinlen : « Hommage à Degeyter ! Debout à son appel ! »
Le 3 octobre, à la une de l’Humanité se trouve le bilan de la manifestation : « A Saint-Denis-la-Rouge, le prolétariat parisien a fait à Degeyter de grandioses funérailles révolutionnaires. Plus de 50 000 travailleurs ont suivi le char funèbre au milieu de l’immense foule de la population dionysienne. »
Il est possible de retrouver des échos postérieurs de cette affaire. Alexandre Zévaes qui semble s’être fait une spécialité de ce sujet (et qui publiera aux Editions sociales internationales, en 1936, Eugène Pottier et « l’Internationale » (14)), écrira par exemple deux articles dans la France judiciaire en 1933 et dans La Tribune du 1er juillet 1936.
Avant de conclure cet article, quelques mots sur le projet de réponse de Dunois à l’article de Daniel Renoult du 30 septembre. Si nous écrivons « projet » c’est que nous ne l’avons pas retrouvée dans le Populaire des quatre mois suivants. A-t-elle été publiée plus tard ou ailleurs ? Peut-être un lecteur de la revue pourra-t-il le préciser. D’ailleurs, le moins que l’on puisse dire, pour rester serein, c’est que le lendemain des funérailles, le Populaire du 3 octobre n’est pas très bavard... Entre deux titres, à la rubrique faits divers, page 3, l’un de six lignes « Huit taureaux échappés tuent deux personnes et font plusieurs blessés » et l’autre de neuf lignes « Six militaires arrêtés pour cambriolage », il consacre sept lignes à la manifestation de la veille : « Les obsèques de Pierre Degeyter. A l’occasion des obsèques de Pierre Degeyter qui se prétendait l’auteur de l’Internationale, le Parti communiste avait organisé une manifestation à Saint-Denis, qui s’est déroulée sans incident. Plusieurs milliers de personnes avaient répondu à leur (?) appel. » C’est maigre.
L’annexe 7 présente le brouillon de ce qui aurait dû être (ou a été ?) l’article d’Amédée Dunois. Le texte est présenté aux lecteurs à l’état brut, avec les ratures déchiffrables et en signalant (ce qui a été le cas pour les autres documents joints, quand il y avait lieu) les passages et les mots illisibles. Sa lecture n’est donc pas facile. Cela est volontaire, car plutôt que d’en extraire ce qui semblait symptomatique au signataire de cet article, il a paru plus objectif de laisser à chaque lecteur le soin et la peine de se poser lui-même des questions et d’y apporter ses éléments de réponse... On se contentera de remarquer qu’Amédée Dunois se trouvait, en raison de ses nouvelles positions politiques, dans une position bien difficile, où il voulait concilier ses scrupules d’historien et les impératifs de sa solidarité de parti. Il n’a pas été le seul dans une telle situation.

Conclusion
Première page du manuscrit de "l'Internationale" écrite par Pierre Degeyter
La « conclusion » de cet article ne sera qu’un résumé des faits incontestables et des incertitudes auxquels les lecteurs de la revue Commune sont invités à apporter éventuellement leur contribution.
Pierre Degeyter est l’auteur de la musique de l’Internationale. Delory ne pouvait pas l’ignorer. Les témoignages suscités de son fait en faveur d’Adolphe étaient faux. Questions : Etait-ce uniquement pour des raisons financières afin de conserver les droits d’auteur de la musique au bénéfice des organisations socialistes du Nord, telles qu’elles existaient avant la guerre de 1914 ? Pierre Degeyter a-t-il connu avant 1914 une éclipse de sa conscience politique qui a motivé ou facilité l’attitude de la Fédération du Nord ?
Après le jugement de 1922, nul ne pouvait contester, compte tenu de la lettre d’Adolphe, le bon droit de Pierre. Or, la S.F.I.O. a relancé l’affaire en 1928. Question : Cette attitude était-elle liée à des considérations locales et à l’état des rapports avec le Parti communiste ? La thèse de l’ignorance des faits ne peut pas tenir car la prudence la plus élémentaire aurait eu pour conséquence une information à la disposition des responsables. La lettre de Dunois à Salengro a-t-elle eu des suites ? La polémique avec le Parti communiste était-elle souhaitée ? La manifestation de février 1928 était-elle destinée à fournir un prétexte ?
En ce qui concerne les obsèques de 1932, il n’y a pas lieu de se poser des questions le Parti communiste en fait une manifestation de masse ; le Parti socialiste, s’en tenant à ses positions, veut les escamoter. Dunois, qui connaît bien le dossier, est pris entre deux feux. Mais la polémique a-t-elle resurgi plus tard (15) ?

Les auteurs de 'l'Internationale" : Eugène Pottier et Pierre Degeyter
En 1932 était fêté le soixante et unième anniversaire de la Commune. Soixante et un ans : le temps qui nous sépare du début de la Première Guerre mondiale... Il y avait encore bon nombre de survivants des barricades à l’enterrement de Pierre Degeyter. Ils avaient peut-être combattu aux côtés de Pottier qui n’aurait certainement pas soupçonné que son poème, écrit en pleine répression versaillaise, devenu le chant universel du prolétariat par la musique de Pierre, serait à l’origine d’un conflit au sein du mouvement ouvrier français. Car ce poème était un appel à l’union. C’est ce qu’exprimait Marcel Cachin dans son discours à Saint-Denis :
« Le Coolie de Shang-Haï et le nègre de Harlem, le marin de Londres comme le paysan russe, l’ouvrier parisien comme le fellah d’Egypte, tous les travailleurs du monde se reconnaissent comme des frères, comme des soldats d’un même combat lorsque éclatent dans leurs foules les six strophes vengeresses. »

Jacques Tint

L’article de Jacques Tint est paru dans La Commune Revue d’Histoire de l’Association des Amis de la Commune 1871, N° 4 – septembre 1976.

(1) Les variations de l’orthographe du nom de Degeyter ont été respectées dans les documents et les citations.
(2) Ils ont fait, à plusieurs reprises, l’objet d’articles de presse entre 1904 et 1936. L’ancien Bulletin des Amis de la Commune publia en 1971 une étude d’une page, faute de place pour une présentation plus approfondie.
(3) DUNOIS Amédée-Gabriel (1878 - 1945). Pseudonyme de CATONNÉ. Après des études à la faculté de Droit et en Sorbonne, collaboration avec les milieux libertaires, notamment aux Temps nouveaux de Jean Grave. Rejoint bientôt le syndicalisme révolutionnaire et collabore de 1908 à 1912 à la Bataille syndicaliste. Il adhère en 1912 à la S.F.I.O. et entre à l’Humanité. Il condamne la politique d’Union sacrée et publie en 1915 Au-dessus de la mêlée, de Romain Rolland, qu’il fait précéder d’une préface que la censure mutile. En octobre 1918, nommé au secrétariat de l’Humanité. Favorable au ralliement à la Troisième Internationale, il vote dans ce sens au Congrès de Tours et se trouve élu au Comité directeur du Parti communiste qui vient de se créer. Il demeure, en dépit de divergences, secrétaire général de l’Humanité jusqu’en 1925. Il quitte le P.C. en 1927, adhère en 1929 au Parti ouvrier et paysan, puis, en 1930, à la S.F.I.O. où il milite activement. Hostile aux accords de Munich. Il entre dans la Résistance. Arrêté par les nazis, déporté le 4 juin à Oranienbourg, il est transféré début 1945 à Bergen-Belsen, où il succombe peu avant la libération du camp.

(4) Le dossier Dunois se termine fin 1932. Les lecteurs de La Commune, ceux du Nord notamment, pourraient-ils rectifier des erreurs, combler les lacunes, apporter éventuellement leur témoignage, fournir la suite de l'histoire... si celle-ci en comporte une ? Cette collaboration permettrait une utile mise à jour du dossier.
(5) DELORY Gustave (1857-17 août 1925). Fils d’un ouvrier filtier. Il travaille à treize ans dans la même profession que son père. Délégué au Congrès de Marseille en 1879, il est alors réformiste. Il se rallie en 1883 au guesdime. Delory est dès lors l’animateur actif de la Fédération du Nord (P.O.F., P.S., S.F.I.O.). Après le Congrès de Tours, il reste à 1a S.F.I.O. Maire de Lille de 1896 à 1904, puis de 1909 à 1925, date à laquelle il laisse le poste à Roger Salengro. Député de 1902 à sa mort.
(6) La preuve en est fournie par le procès auquel elle donna lieu et qui passa d’abord inaperçu. Un militant du P.O.F., Armand Gosselin, ancien instituteur, secrétaire de la mairie de Caudry, la publia dans une édition populaire à l’intention des militants du Cambrésis. Il fut poursuivi pour provocation au meurtre et incitation de militaires à la désobéissance en raison du couplet des généraux... déjà imprimé par Dentu en 1887 avec les autres chants révolutionnaires et réédité dans les éditions lilloises. Gosselin est condamné à un an d’emprisonnement (peine subie à la maison d’arrêt de Valenciennes) et à cent francs d’amende. Lors d’une collecte à Calais, Guesde devra expliquer ce qu’est l’Internationale qui n’est pas mentionnée ni dans la motion de soutien à Gosselin et Plekhanov votée par le douzième Congrès du P.O.F. le 14 septembre 1894 à Nantes, ni dans les textes de Pottier cités par Henri Pecry dans La Jeunesse socialiste de mai 1895.
(7) GHESQUIÈRE Henri (1863-1918). Entre à dix ans en usine. Il devient colporteur de journaux puis journaliste. Guesdiste. Conseiller municipal et conseiller général de Lille. Député de 1906 à 1918.

(8) DEVERNAY Gustave (1867-1912). Ouvrier du textile puis employé. Il épouse la sœur de Delory. Il est élu en 1896, pour cinq ans, conseiller général de Lille.
(9) Cf. La Revue judiciaire (3), 25 mars 1914.
(10) En voici le dernier couplet :

Console-toi, France chérie,
Tu peux compter sur tes enfants.
Si par l’Allemand tu es meurtrie,
Comme des Français nous marcherons
Pour les chasser de nos frontières.
Que le canon, d'un ton sonore,
Fasse courber leurs têtes fières
Pour saluer le drapeau tricolore.
         Refrain
Au nom de la République,
Sachant que nous sommes tes enfants,
Il faut par un effort unique,
Chasser les produits allemands.

A l’occasion de l’audition des témoins à Lille, le 11 octobre 1911, Polydore Cassoret déclara que « Pierre Degeyter n’a jamais composé de musique, sinon quelques modifications à une chanson intitulée Nini t’en souvient-il ? Au contraire, selon- lui Adolphe avait composé en 1886, entre autres œuvres, Le danseur rigolo, Femmes aimées, Pour le salut de la France et... La concurrence allemande. » Cassoret, dans son désir de bien faire, en faisait trop...

(11) DESPRÉS Fernand (1879-1949). Cordonnier. Il fait en 1896 la connaissance d’Almereyda le journaliste anarchiste (il prendra soin après la mort de celui-ci de son fils Jean Vigo, le merveilleux metteur en scène de Zéro de conduite et de l’Atalante). Il se consacre à la politique et au journalisme dans La guerre sociale, Le Libertaire et collabore alors parfois à l’Humanité. En 1912, « il se consacre à La bataille syndicaliste (sous le pseudonyme de A. Desbois) qu’il abandonnera en 1915 en signe de protestation contre la ligne « Union sacrée ». Il adhère en 1920 au Parti communiste et écrit dans l’Humanité, où il poursuivra sa collaboration entre les deux guerres, en dépit de divergences. Il meurt à Alger en 1949.

(12) Signalons qu’à l’occasion de cet article, Jean Braire a retrouvé dans les archives des Amis de la Commune que Després avait été membre du bureau de l’Association lors de sa reconstitution en 1930. Il faudra bien un jour écrire cette histoire.

(13) En voici le texte publié par l’Humanité : « L’Association Fraternelle des Vétérans et des Amis de La Commune, douloureusement émue par la mort de l’ouvrier tourneur Pierre Degeyter, l’immortel compositeur de la musique de l’Internationale, qui sut donner aux strophes du communard d’Eugène Pottier l’envolée capable de soulever tous les peuples, s’incline respectueusement devant le corps du vieux militant, invite tous ses adhérents. à assister, demain dimanche, à ses obsèques, derrière 1e drapeau des vétérans, et leur donne rendez-vous à 14 heures, face à l’hôtel de Ville de Saint-Denis. Le secrétaire : Ed. Chenel. »
(14) Il avait auparavant déjà publié des articles à ce sujet dans Monde. Toutes ces études sont à utiliser avec précaution car, comme souvent chez cet auteur, il est possible de relever de nombreuses inexactitudes et des approximations.

(15) En tout cas, elle a laissé des traces chez les historiens. Dans l’excellent Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, publié sous la direction de Jean Maitron (auteur d’un article dans le troisième numéro de La Commune), ouvrage que nous avons utilisé pour cet article, on trouve à DEGEYTER (tome 11) la version favorable à Adolphe, se référant au procès de 1908, et à POTTIER (tome 8), la version qui fait, à juste titre, de Pierre fauteur de l’Internationale.