Une biographie rapide

Alexis Rieutord naît à Chamborigaud (Gard), le 2 septembre 1837, dans le quartier de l’Apostoly. Son père, Alexis Rieutord, venait du Mas d’Amalet, commune de Génolhac, à quelques kilomètres ; sa mère Geneviève Pontet, était native de Chamborigaud.

Il se marie le 23 juillet 1866, au Collet-de-Dèze (Lozère), avec Marie, Ursule, Apollonie Maurin. Leur premier fils, Némorin, Emile, Samson, est né à Chamborigaud en 1867.

Alexis ouvre un commerce à Chamborigaud, mais ses affaires ne sont pas florissantes, d’où le départ de la famille pour Paris. Ils s’installent d’abord dans le Ve arrondissement, où leur fils Alexis naît le 30 septembre 1869. Ils habitent ensuite dans le XIIIe, 21 rue Dunois, puis au 75 boulevard de la Gare (actuel boulevard Vincent-Auriol). Alexis travaille successivement à la gare de Bercy, à la Compagnie des chemins de fer d’Orléans (à l’emplacement actuel de la Très Grande Bibliothèque François-Mitterrand), puis aux raffineries Say.

En 1870, il entre dans la Garde nationale du XIIIe. Il sera sergent, lieutenant, puis capitaine de la 1ère compagnie du 184e bataillon. Il aurait adhéré à la franc-maçonnerie, Grand-Orient de France, à une date qui nous est inconnue.

Avec son bataillon, il participe à la défense de la redoute des Hautes-Bruyères, au sud de Paris. Sa compagnie est ensuite signalée à l’Archevêché puis à la Préfecture de police.

Le 26 mai 1871, lors des derniers combats sur la rive gauche (place Jeanne-d’Arc), il dépose les armes et échappe aux massacres perpétrés par l’armée versaillaise. Il quitte Paris le 15 juin, avec l’aide de l’abbé Parguel, curé de la paroisse Notre-Dame-de-la-Gare (actuellement église Jeanne d’Arc), avec son fils Némorin, pour se réfugier à Chamborigaud où il se croit à l’abri. Son épouse et son deuxième fils, Alexis, le rejoignent quelques jours plus tard. Il avait été dénoncé comme communard par Mme Lefèbvre, sa propriétaire de la rue Dunois, à qui il n’avait pas payé son loyer, en application du moratoire. Il sera arrêté le 31 août 1871 à Chamborigaud. Les habitants de Chamborigaud font parvenir au conseil de guerre une pétition en sa faveur. Ramené à Versailles, il est traduit devant le Ve Conseil de Guerre qui, le 1er décembre 1871, le condamne à la déportation simple en Nouvelle-Calédonie. Il avait demandé le soutien du Grand-Orient.

Embarquement des prisonniers à Brest

Il est d’abord enfermé sur les pontons de Saint-Martin-de-Ré. Le 1er janvier 1873, il est embarqué sur la goélette L’Orne, en direction l’île des Pins, après des escales à Quiberon et à Brest pour embarquer d’autres communards déportés. Son épouse et ses enfants le rejoignent. Ils auront deux autres enfants, Marthe Estelle, le 5 novembre 1875, et Jules René, le 5 mai 1878, tous les deux nés à l’île des Pins. Il obtient une grâce partielle, avec obligation de résidence, en 1878, avant d’être gracié en 1879. Il quitte, avec sa famille, la Nouvelle-Calédonie, sur la goélette La Creuse, le 17 octobre 1879.

Au même moment sa famille à Chamborigaud n’a aucune information. Son frère Jean-Baptiste écrit au ministère de la Marine en octobre 1879. Après leur retour il semble qu’ils n’aient pas repris contact avec Chamborigaud. Ils s’installent à Paris, 148 boulevard de Ménilmontant, dans le XXe. Une fille, Louise Charlotte, leur est née le 8 mars 1881, et certainement un autre enfant ou des jumeaux, puisque fin 1881, à leur arrivée en Algérie, la famille compte six enfants.

En effet, étant donné les difficultés de leur vie à Paris, ils demandent le 3 janvier 1881, l’attribution d’une concession de terrain, dans la Mitidja, au Zaccar ou à Khalloul. Pour obtenir cette parcelle, Alexis sollicite et obtient le soutien de Gambetta, président de la Chambre des députés. Est-ce au titre d’ancien communard, puisque Gambetta s’était battu pour l’amnistie ? Est-ce au titre de liens maçonniques ? Gambetta veut-il favoriser l’installation de bons républicains en Algérie dans le cadre d’une colonisation de peuplement ?

Fiche de déportation de Rieutord

Toute la famille arrive en Algérie en novembre 1881, reçoit en avril 1882 une terre et une dotation de mille francs pour acheter du matériel agricole, mais semble vivre dans une très grande pauvreté et un état sanitaire alarmant : les documents parlent d’enfants atteints de fièvres. Un dernier enfant, Herminie Valérie, naît à Tipaza, le 19 février 1888.

Alexis meurt à Tipaza le 15 avril 1889, six jours après son fils aîné, Némorin, qui est décédé à l’hôpital de Marengo le 9 avril. Ses enfants feront souche en Algérie. Ses descendants vivent actuellement en France. Jusqu’il y a peu de temps, bien qu’il dispose d’une notice dans le Dictionnaire du Mouvement ouvrier, la mémoire d’Alexis Rieutord avait complètement disparu tant à Chamborigaud que dans sa famille. On ne peut que regretter que Jean-Pierre Chabrol, auteur du Canon Fraternité, originaire lui aussi de Chamborigaud, n’ait pas eu connaissance de l’existence d’Alexis Rieutord.

 

ROBERT MALCLÈS