Les femmes

Le 2 avril 1871, Versailles attaque. Dans l’émotion, sans vraie décision politique ni préparation, les généraux de la Commune décident une sortie, le 3 avril, catastrophique (assassinat de gardes nationaux prisonniers, d’Émile Duval et de Gustave Flourens).

En 1897, vingt-six ans après la Commune, Félix Fénéon et la Revue blanche posent une série de questions à des « anciens » de la Commune et publient une Enquête sur la Commune.

La Revue blanche est disponible sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France. Un petit livre en a été tiré il y a quelques années. Bref, ceci n’a rien d’une nouveauté. Pourtant...

Le 16 avril 1871, Alix Payen s’engage comme infirmière au 153e bataillon de la Garde nationale. Elle a vingt-neuf ans, est née Alix Milliet, vient d’une famille bourgeoise (socialement) et républicaine. Elle et sa sœur ont été éduquées comme leurs frères. Illustration du fouriérisme de la famille : le degré de l’émancipation féminine est la mesure naturelle du degré de l’émancipation générale, a écrit Fourier (cité par Engels et Marx dans La Sainte famille).

"Si la Nation Française ne se composait que de femmes, quelle terrible Nation ce serait ! "
Le correspondant du Times en avril 1871
 

 

"Le jeudi 25 mai 1871 alors que les gardes nationaux abandonnaient la barricade de la rue du Château-d’eau, un bataillon de femmes vint en courant les remplacer.

Le 3 septembre 1870 fut le dernier samedi du Second Empire.
À la mairie du XVIIIe, place de l’Abbaye — aujourd’hui place des Abbesses —, comme ailleurs à Paris, un officier d’état civil nommé célébrait les mariages.

Les Archives nationales ont présenté récemment une exposition historique [1] consacrée aux grands procès faits aux femmes, à travers les comptes-rendus d’interrogatoires. Une salle était consacrée aux « pétroleuses » de la Commune.

La famille Cadolle est sans conteste dominée par la figure d’Herminie Cadolle. Elle n’est pas seulement à l’origine du soutien-gorge moderne, elle est la première à avoir occupé au début des années 1880 le poste de trésorière dans notre vénérable association.

La Galerie des bibliothèques [1], à Paris, a présenté jusqu’au 13 mars l’exposition « Photos, femmes, féminisme  », évoquant 150 ans de l’histoire des femmes (1860-2010) à travers 200 photos issues des collections de la Bibliothèque Marguerite Durand, qui possède un fonds important sur les femmes et la Commune.

Cette grande dame n’a pas écrit l’histoire de la Commune. Elle l’a faite ! Pas d’écriture de ses mémoires, pas de lettres, rien. Que sa signature parmi d’autres au bas des affiches de la Commune qui proclament comme nous le voyons sur la carte 2010 : « Nous voulons le travail pour en garder le profit, plus d’exploiteurs plus de maîtres ». L’année 2010 est donc placée sous l’effigie de cette grande figure. Une très belle occasion de faire sortir de l’ombre ce personnage qui consacra toute sa vie à la défense du monde ouvrier.

La Commune de Paris, c’est aussi une diversité de femmes qui à travers les clubs, les organisations, a trouvé la possibilité de s’exprimer, et le moyen de faire évoluer la condition féminine.

Nous ne pouvons que saluer le rôle joué par ces figures emblématiques que sont Louise Michel, Paule Mink, André Léo, Nathalie Le Mel…

Au fil des ans, Louise Michel est devenue la figure unique et emblématique du combat féministe des Communardes, ce qui est totalement injustifié. Si ses propos sont ceux d’une féministe, son combat est celui d’un soldat : ce qu’elle fut durant toute la Commune. On peut dire que son engagement féministe est parallèle à l’action des femmes qui mènent durant cette période un combat exemplaire. En effet, pour la première fois de leur histoire, les femmes créent durant la Commune une organisation féminine, large, populaire, rassemblant des milliers de femmes.

Entre leurs dirigeants, leurs pères, leurs patrons, et leurs compagnons, les chemins escarpés de l’émancipation des femmes sous le Second Empire

« Je vois deux peuples dans nos villes », avait écrit Jules Michelet dans « La Femme », mettant ainsi en confrontation ou en comparaison les prolétaires et « les prolétaires des prolétaires », leurs femmes.

Elisabeth Dmitrief est certainement la personnalité féminine russe la plus connue de la Commune.

A titre anonyme, la célèbre mathématicienne Sonia Kovalevskaia (1850-1891) s’est également dévouée à la cause de la Commune. Dans sa prime jeunesse, elle fut proche des nihilistes et de Dostoïevski.

Louise MichelJusqu’à maintenant n’étaient parus de Louise Michel que quelques paysages dans « Légendes et chants de geste canaques », réalisés en déportation entre le 10 décembre 1873 et le 14 juillet 1880. Avant d’arriver en Nouvelle-Calédonie, elle avait pris la précaution de dessiner la frégate Virginie qui les transportait et sans doute bien d’autres choses encore qui sont probablement perdues. Dans ce dessin la Virginie est un beau voilier trois mâts vu depuis le port, de profil, bien sagement posé sur les flots.

Institutrice passionnée de pédagogie, militante de l’Internationale, Marguerite Tinayre a joué sous la Commune un rôle important dans la réforme de l’enseignement et la laïcisation des écoles.

Marguerite Guerrier, appelée aussi Victoire (son second prénom), est née en 1831 à Issoire (Puy-de-Dôme) dans une famille républicaine.

Dans le n°531 de la Raison mensuel de la Libre Pensée, il faut signaler le très bel article de Madeleine Vincent, Une femme dans la Commune de Paris, André Léo.

Écrivain, journaliste, communarde, féministe et révolutionnaire, André Léo est très loin d'avoir chez tous les amis de la Commune (et même chez plusieurs historiens) la place qui lui revient. Et pourtant durant plus de trente ans, avant, pendant et après la Commune, elle a joué un rôle important dans l'histoire et la pensée du mouvement ouvrier français. André Léo a publié plus de vingt romans et collaboré régulièrement à plusieurs revues et journaux s'adressant aux socialistes, aux républicains, aux hommes et femmes de bonne volonté. Le seul nombre de ses écrits et de leurs lecteurs suffirait à lui reconnaître son importance, mais elle a également lutté activement contre l’Empire, puis pour la Commune, plus tard en exil avec Benoît Malon au sein de l'internationale. Elle a aussi divulgué ses pensées sur les mœurs et la morale socialistes opposées à celles de la bourgeoisie, sur l'éducation, le rôle et la condition des femmes et bien d'autres sujets. Mais commençons au commencement. (En annexe la bibliographie de André Léo)

On connaît le rôle important joué pendant la Commune par une jeune Russe, Élisabeth Dmitrieff. Notre revue a déjà évoqué cette figure [1].
On sait aussi qu'elle avait été fortement marquée par l'influence de Marx. Jacques Rougerie n'hésite d'ailleurs pas à la qualifier de « marxiste » [2] ce que confirment les liens particuliers qu'elle noua avec Frankel.